Il y a des moments où Netflix devrait au moins faire semblant de faire du révisionnisme à la sauce progressiste, et de réinviter des faits historiques ou culturels qui n'auraient jamais pu exister à un moment T. Dénoncer un monde phallocrate, malsain car sous la domination d'hommes abjects et vils, cela ne me pose aucun problème à la condition que cela soit un minimum crédible à défaut d'être réaliste. Aema est un drama format (trop)court, et il ne fallait pas se louper. Si les 3 premiers épisodes ont une certaine saveur et qualité indéniable, l'autre moitié du récit s'égare dans un scénario à la ramasse où l'on se perd totalement, foisonnant entre inepties historiques et problématiques sociétales 2.0 que l'on voudrait transposer aux années 80 en Corée du Sud, sous l'ère de Chun Doo-hwan, le pire dictateur du pays. Et non Netflix, on est pas à Hollywood sous l'ère nauséabonde d'Harvey Weinstein qui faisait la pluie et le beau temps auprès des actrices, on est à Chungmuro, le cœur du cinéma coréen des années 1970/80.
Contrairement à ce que dit le synopsis, Aema n'est absolument pas une comédie dramatique. C'est une satire visant à dénoncer le comportement de certains hommes de pouvoir dans les sphères des milieux culturels, et à fortiori du cinéma des années 80 qui s'accordaient un "droit de cuissage" sur de jeunes actrices. Cela pourra surprendre certains, mais sous la dictature coréenne, en plus des films gouvernementaux, ceux évoquant le monde sportif et les récits érotiques avaient pignon sur rue, et cela même avec le frein de la loi martiale qui imposait aussi un couvre feu dès 22h. Aema est tout simplement le titre du premier film de Kwak In-U(Cho Hyun-Chul) et produit par le faiseur de rois du métier, le producteur Ku Jung-Ho(Ku Jung-Ho), le boss des films érotiques coréens, un homme répugnant. A l'origine c'était Jeong Hee-Ran(Lee Ha-Nee, toujours sublime) qui devait tenir le rôle, mais ayant tendance à trop se prendre pour une diva, elle sera écartée du rôle principal au détriment d'une jeune débutante, Shin Ju-Ae(Bang Hyo-Rin) à la poitrine opulente tout droit sortie d'un film de Russ Meyer. On va pas tourner autour du pot, son talent réside avant tout dans sa paire de seins car Aema n'est pas un film sur la reproduction des mollusques en mer du Japon au cas où tu ne l'aurais pas encore compris.
Cette plongée au cœur du cinéma érotique coréen marque d'abord la fin de l'âge d'or des années 70 incarnée par la divine Hee-Ran. Shin Ju-Ae a été recrutée pour incarner la nouvelle vague et surtout plus docile. Manque de bol, sous la nouvelle dictature de Chun Doo-hwan, les seins sont désormais interdits à l'écran sous peine de censure et seuls chute de rein, décolleté pigeonnant et paire de fesses sont autorisés. Format court, j'ai quand même trouvé dommage que des évènements marquants le règne de la pire dictature de Corée ne soient évoqués que de manière succincte, le temps de 2 ou 3 scènes. Hee-Ran est peut être l'ex star des films érotiques, mais après plus de 15 ans de carrière, elle a de la bouteille et du répondant, elle ne se laisse pas marcher dessus. D'abord rivale de Ju-Ae, elle va finalement l'aider à déjouer les pièges de ce métier sans pitié et ne pas se vautrer dans la luxure, ce qui la conduirait à sa perte. Les deux femmes vont s'allier pour faire évoluer le script et transmettre un message, anti-conformiste. Et comme le dit à juste titre à un moment Hee-Ran à Ju-Ae: "Ne joue pas à être une pétasse, apprends plutôt à en être une”. Et au fait, si tu cherches du sexe dans le drama, tu es tombé à la mauvaise adresse.
Ce qui séduit avant tout dans Aema c'est la photographie et la retranscription des années 80 assez réussie avec une musique électro pop qui colle bien. Par contre contrairement aux dernières productions Disney, on a pas mis énormément de budget dans les décors extérieurs et les figurants, c'est un peu décevant. Dans cette série on va mettre en avant Hee-Ran incarnée par la magnifique Lee Ha-Nee, qui vient nous démontrer qu'une femme peut être à la fois un canon de beauté mais aussi un cerveau avec du tempérament. Après des années d'asservissement, elle va se rebeller contre ce système corrompu et composé de pervers et autres hommes lubriques. Par contre mettez vous bien dans la tète que tout cela n'est que du fantasme Netflix pour marteler un message simpliste qui veut te faire croire que transposer des solutions de 2025 en 1980 c'est aussi facile qu'un claquement de doigts. Ce n'est vraiment pas très subtil et surtout crédible. On a totalement occulté le fait qu'on soit sous la dictature, et qu'à cette époque les femmes avaient surtout le droit de fermer leur gueule, surtout dans le monde du cinéma, un monde fait par des hommes pour des hommes. On ne va pas refaire le match ni transformer les mœurs de l'époque.
Aema est donc basiquement une histoire romancée qui à défaut de plausibilité, dénonce des situations choquantes envers les actrices et les femmes qui refusent un système essentiellement dominé par les hommes. Il faut tout le talent de Lee Ha-Nee pour nous faire avaler certaines couleuvres scénaristiques. D'ailleurs j'aime bien la citation de Groucho Marx qui disait que "les hommes sont des femmes comme les autres". Des séquences humoristiques sont habilement distillées pour apporter un peu de légèreté sur un sujet assez grave quand même. Malheureusement le scénario a tendance à partir en sucette dès le 4e épisode avec des situations improbables ou surréalistes qui ont tendance à nous perdre, Hee-Ran se muant en redresseuse de tort. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris, la force et aussi la faiblesse de Aema repose sur un seul nom: Lee Ha-Nee. Sans cette formidable actrice qui en impose, j'aurais mis sans douter un point de moins. Après je mentirais si je disais que je n'ai pas été insensible à la plastique de Bang Hyo-Rin, assez atypique pour une coréenne, mais qui s'investit pour donner de la crédibilité à son rôle.
Cette mini série relate un fait de société grave, puisqu'elle gravite autour de la dénonciation de violences physiques et morales faites aux femmes, qui ne pouvaient même pas s'appuyer sur le droit pour les défendre. Etonnamment, ce n'est pas dénué d'un certain charme, emprunt à la fois d'un certain malaise, de dureté, de toxicité mais aussi paradoxalement, d'un ton léger, voire absurde par moments. L'idée de départ est très originale et très bien amenée, puisque dénonçant les conditions de travail, mais aussi de traitement de la femme dans le milieu scénique. Mais elle va rapidement tomber dans des poncifs dans la 2eme partie, employant un ton faussement subversif. La conclusion repose sur du grand n'importe quoi, à la limite de la parodie tellement elle n'est pas crédible. C'est quoi cette fin minable? On aura certes dénoncé que l'époque était très misogyne, mais pour quel résultat au final?
La logique aurait été que Jeong Hee-Ran finisse "coulée dans le béton" par la police politique, et Shin Ju-Ae empêchée de quitter le territoire à minima, mais non on fait dans la facilité.
A part les 4 acteurs principaux tous excellents, tous les autres n'ont aucune incidence sur le déroulement de l'histoire. Au bout du compte, les 5h30 du scénario sont aussi bancales que le film fictif Aema si on y réfléchit bien. Le format court n'est pas du tout adapté ni assez étoffé pour raconter un tel récit. Ça manque de profondeur et d'authenticité, malgré un effort de sincérité. Dommage parce qu'il y avait la place pour du très bon. Il y a quelques répliques savoureuses, mais elles sont peu nombreuses. On force souvent le trait, et même sans le vouloir, c'est avant tout une ode à Jeong Hee-Ran que fait Aema. A titre personnel je suis retombé amoureux de Lee Ha-Nee, qui incarne la femme fatale par excellence...La Fièvre au corps
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