Il y a Albator et il y a Harlock
Il y a un corsaire et il y a un pirate
Il y a un Français et il y a un Japonais
Ils ont beau tout les deux être dans le même bateau, le voyage de Cipango vers l'Hexagone a vu la naissance du premier, la mort de l'autre. Mais ça, je ne l'ai compris que 2 décennies plus tard.
1978, je découvre Albator dans RécréA2, une émission pour nous, les gamins de l'école primaire qui n'avons pas cours le mercedi après-midi.
J'aime pas du tout.
Faut dire aussi que le corsaire vient prendre le créneau horaire de mon héros préféré, ce dernier ayant décider de repartir chez lui après avoir terrassé les forces de Véga.
Et qu'est ce donc que ce balafré qui ocarine de concert avec une pochtrone sans visage et joueuse de harpe ? Il ne se passe rien, je m'ennuie ferme et laisse tomber la série.
Une vingtaine d'années plus tard, je décide de revoir cette série, par le truchement d'une réedition DVD. Un oeil neuf, un tantinet plus adulte et, cerise sur le gâteau, un regard plus technique car je travaille maintenant dans l'audiovisuel.
Verdict : C'est immonde !
Les voix sont insupportables, les musiques totalement hors de propos (c'est pas aussi catastrophique que Capitaine Flam, mais pas loin...) et l'histoire pâtit de dialogues indigestes et
ampoulés... Pourtant, j'aime l'histoire. D'incompréhensible à l'âge de 7 ans, elle devient intéressante, les personnages aussi, les pièces du puzzle commencent à s'imbriquer. Mais alors, pourquoi ça ne colle toujours pas ?
C'est en grattant la surface qu'on découvre la supercherie : La VF a saccagé l'oeuvre.
Et pour permettre une diffusion à l'heure du goûter, il aura fallu édulcorer, beaucoup, trop, quitte à pondre de la ligne de texte qui ne veut pas dire grand chose et qui ne fait que remplir des silences. Sans parler de cette escroquerie intellectuelle, un classique à cette époque, qui fait que la musique originale est remplacée par une soupe qui à la fois remplit vos oreilles de mièvrerie et les poches des auteurs remplaçants de cash (tout le monde n'est pas perdant, quand même...).
Pour la petite histoire, le summum sera atteint avec Capitaine Flam, qui balance du "caaaaaaaaaaaaapitainflam tu n'es paaas..." absolument tout le temps, même lorsque "Tadoussami Joanne" lui demande "un sucre ou deux dans le café" ?
Bref...VF direction poubelle, place à la VO.
Et là, révélation.
Voix qui vont bien, musique vraiment originale, fini les dialogues albatorèsques, ça devient direct, dur, tranchant, le corsaire est parti se rhabiller, le pirate lui taille des croupières.
L'histoire devient elle aussi plus mature, adulte. On est dans l'économie de mots et d'un coup, les situations lentes deviennent des respirations nécessaires entre les affrontements.
Certes, l'animation a pris un sacré coup de vieux, on se retrouve parfois nez à nez avec des dessins faits à l'arrache, des perspectives complètement foirées mais la "photo", les choix de couleurs et certaines prises de risque dans le découpage de l'image sont, pour l'époque, très osés.
Alors, comment ne mettre qu'une note à une oeuvre qui a deux niveaux de visionnage diamétralement opposés ?
Ca sera un 5, qui combine le 1 de la VF (et encore, je suis large) avec le 9 de la VO.
Albator est mort, vive Harlock !