Alien: Earth
5.2
Alien: Earth

Série FX (2025)

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Marrant. À l’époque du rachat du catalogue de la Fox par Disney, Mickey ne jurait que par Star Wars. Une trilogie bâclée et le four d’un Solo plus tard, il a préféré transférer toute cette "galaxie lointaine" sur le petit écran avec Din Djarin, Andor and co. Et puis bien sûr, on se doutait que les suites d’Avatar étaient aussi dans ses priorités pour remplir le coffre-fort de son banquier Picsou.

Star Wars, Avatar... Deux sagas de SF grand public qui ont quelque peu déçu sous l’égide de Disney.

A contrario, et contre toute attente, quand Disney s’intéresse à deux franchises de SF adultes et violentes, bizarrement, ça fonctionne mieux. Tellement mieux que Mickey en devient ambitieux, jusqu’à vouloir réunir les deux franchises dans un cross-over comme le fit un tant un certain tâcheron. En attendant, la saga Alien garde une chronologie plombée par un gros trou noir en son milieu. Un putain de gouffre scénaristique entre la fin de l’imparfait Covenant et le début du Huitième passager.

Est-ce que Alien Earth viendra le combler ? Au vu de ces deux premiers épisodes, c’est très peu probable. D’autant plus que Noah Hawley (Legion, Lucy in the sky), le créateur de la série, a déclaré qu’il ne prendrait pas trop en compte les préquelles de Scott. Mais on commence à connaître les fake infos distillées par Hollywood pour essayer de tromper les fans. C’est un peu comme lorsque Marion Cotillard disait avant la sortie de The Dark Knight Rises, qu’elle n’y jouerait pas Talia Al Ghul. Ordre des producteurs est de mentir. Pour essayer au moins de maintenir le suspense face à des fans qui spéculent beaucoup et devinent de mieux en mieux les intentions des scénaristes. Et c’est bien normal.

Donc il est toujours possible que Noah Hawley ait menti (nous verrons bien), d’autant plus qu’Alien Romulus raccrochait clairement une partie des wagons avec la mythologie de Prometheus.


Quoiqu’il en soit, dans un souci de cohérence, Disney se devait donc de minimiser les prises de risques (après l’échec financier de Covenant sous l’ère de la Fox) en proposant une préquelle non pas cinématographique mais télévisuelle. Cela ne l’aura pas empêché d’investir un budget important dans sa production. Et c’est aussi pour ça qu’on bouffe 300 pubs d’Alien Earth par jour sur les écrans depuis deux mois. Et que les critiques presse, visiblement peu fiables (ou achetées) sont pour la plupart dithyrambiques.


À première vue, le pitch d’Alien Earth est aussi intrigant que contradictoire : alors que l’enjeu principal des quatre premiers films Alien (l’arc Ripley) était d’empêcher les xenomorphes d’atteindre la Terre, Noah Hawley aura fait le choix plutôt curieux et contre-productif de faire s’écraser sur Terre un vaisseau bourré de bestioles inconnues et d’un xenomorphe, chronologiquement deux ans avant les événements du Huitième passager.

Ceci, peut-être afin d’expliquer l’origine de l’intérêt et des connaissances de la Compagnie Weyland-Yutani sur la créature ?

Mais alors, quid de l’épave du Derelict sur LV-426 ?


Nous sommes en l’an 2120 sur Terre. Les nations n’existent plus, les continents de la planète étant divisés en territoires appartenant chacune à une mégacorporation (vive le cyberpunk !), dont Prodigy, la puissance émergente, et la fameuse Weyland-Yutani. Chacune de ces corporations ambitionnent de détenir plus de pouvoir dans un but d’hégémonie territoriale et technologique.

Prise en charge sur une île isolée appartenant à Prodigy, Marcy est une jeune fille atteinte d’une maladie incurable. Encadrée par Dame Sylvia et le synthétique Kirsh (Timothy Olyphant), elle semble avoir accepté (ou a-t-elle été influencée...) de devenir la première hybride : c’est à dire de transférer son esprit de gamine de quinze ans dans un corps synthétique à l’apparence de jeune femme adulte (les corps synthétiques ne pouvant bien évidemment pas grandir). L’opération est un succès, Marcy choisit de se rebaptiser Wendy (en référence à l’héroïne de Peter Pan) et essaie de prendre le temps de s’approprier ce nouveau corps, tout en jouant le rôle de "grande soeur" pour d’autres enfants dont les esprits sont transférés dans des corps artificiels. C’est alors qu’un vaisseau de la Weyland-Yutani se crashe sur Prodigy City en New Siam, créant une hécatombe. Des soldats sont mobilisés pour porter secours aux survivants et explorer le mystérieux vaisseau. Ils vont rapidement découvrir que celui-ci transportait des formes de vies inconnues, collectées par l’équipage durant une mission ayant duré 65 années terrestres, à différents endroits de l’univers, et qui s’avéreront bien sûr très dangereuses. L’une d’entre elles, incroyablement hostile, semblera d’ailleurs à l’origine du crash du vaisseau (devinons laquelle...). Alors que les soldats sont rapidement confrontés aux créatures et surtout au xenomorphe, Boy Kavalier, le dirigeant de Prodigy, accepte la proposition de Wendy, envoyer sur place son groupe de prototypes hybrides, en s’assurant qu’ils soient supervisés par l’androïde Kirsh. Par cette mission, Wendy espère bien sauver son frère aîné, Joe Hermit, un jeune soldat-infirmier coincé sur les lieux.


Alien Earth a quelque chose d’ironique. Comme précisé ci-dessus, elle contredit tout l’enjeu de l’arc Ripley. Probablement déjà sur le Nostromo, Ripley ignorait qu’une de ces saletés avait déjà foulé le sol de la Terre. C’est ce qui pouvait faire grincer des dents aux fans : comment justifier la découverte du xenomorphe sur Terre deux ans avant les événements du premier film sans contredire l’odyssée de Ripley ?

À vrai dire, pour Noah Hawley, la question n’a pour l’instant pas l’air d’avoir la moindre importance. Dès son premier épisode, l’objectif avoué du showrunner est non seulement d’explorer l’univers d’Alien sous un angle inédit (à quoi pourrait ressembler la Terre et l’humanité dans un siècle ?) mais d’en resituer la mythologie pour un tout nouveau public, c-a-d les générations qui découvriront cette franchise via Alien Earth et les yeux de la jeune Marcy/Wendy. D’où l’abus de placements produits et quelques références populaires dès le premier épisode que Hawley justifie par une nostalgie du XXème siècle, plutôt incohérente en 2120 (entre aujourd’hui et ce futur, les films d’animation n’ont pas dû manquer mais les enfants regardent encore Peter Pan et L’âge de glace).


En tout cas, le spectateur n’a pas longtemps à attendre dès le premier épisode pour constater que Noah Hawley emboite le pas à Ridley Scott sur ses questionnements autour de la définition d’humanité et sur sa relative vulnérabilité. Et c’est là où les haters de Prometheus feront peut-être la gueule. Dès son exposition, Alien Earth donne le ton : il y aura des monstres certes, mais le thème de l’humain et de son simulacre occupera probablement une place centrale. Quand on sait l’importance des êtres synthétiques dans la saga cinématographique et leur dévotion à leurs créateurs/propriétaires (David 8 restant l’anomalie) et qu’on considère les questionnements actuels sur les progrès de l’IA, du transhumanisme et des projets de colonisation spatiale soutenus par Musk, il était impossible pour Hawley de passer sous silence cet aspect et de ne pas en proposer un raisonnement plus poussé via une troisième proposition entre la machine pensante et l’humain augmenté (cyborg) : l’esprit humain transféré dans la machine, gagnant de la sorte son passe-port pour l’immortalité. C’est en cela que le jeune PDG de Prodigy, Boy Kavalier, sous ses airs avenants mais pas moins ambitieux que feu Peter Weyland, fait fort : affranchir l’humain de ses limites biologiques pour lui permettre de continuer à avancer dans le temps et l’espace. Ce qui était en creux le sous-texte d’Alien Romulus via une méthode différente et plus horrifique (l’hybridation due à l’huile noire conduisant à l’adaptation à tous les climats hostiles mais aussi à la perte totale de discernement humain).

Pour Boy Kavalier, "l’enfant prodige", l’avenir appartient aux enfants. La technologie qu’il a inventé permet à l’être humain de vaincre la mort. En d’autres termes, Kavalier a réussi à exaucer le voeu de Peter Weyland. Le fait est que ce sont seulement les enfants qui peuvent prétendre à l’immortalité, les corps adultes n’étant pas sensibles à cette technologie du transfert.

Le parallèle avec le Pays imaginaire (titre du premier épisode) et l’île du début d’Alien Earth fait ainsi du personnage de Boy Kavalier une sorte de Peter Pan milliardaire sauvant des enfant malades (les "enfants perdus") pour mieux les étudier et les instrumentaliser (ne demande-t-il pas à Wendy si elle est capable de suivre des ordres ?). Le titre de l’épisode Le pays imaginaire est d’ailleurs très ironique vu que dans ce futur, les méga-corporations continentales ont remplacé les pays.


Le simulacre humain, l’androïde, se retrouve donc face à un autre type d’entité, l’humain devenu machine. Ce qui pour Noah Hawley ouvre la voie à une réflexion sur la définition de l’humanité. D’autant plus que, privé de ses hormones et de certaines émotions, mais gardant un comportement et un enthousiasme de gamine, Wendy en vient rapidement à questionner son état. Est-elle toujours humaine ou bien représente-t-elle la prochaine étape de l’évolution de notre espèce ?

La thématique est toujours aussi séduisante à aborder certes et Hawley ne s’en prive pas dès ces deux premiers épisodes. Le problème étant que, pris entre ses ambitions auteurisantes et les impératifs horrifiques du show, il n’apporte pour l’instant que peu d’argumentation nouvelle à un sujet déjà abordé sous presque tous les angles par l’auteur Philip K.Dick, et de façon bien plus pertinente et élégante par Mamoru Oshii dans ses Ghost in the shell (où Kasanagi était qualifiée de cyborg alors qu’en fait, elle n’avait plus vraiment grand chose d’organique. Elle peut donc être comparée à Wendy).


Reste cette confrontation larvée entre l’humain et l’androïde. Rappelons que dans les films Alien, la plupart des humains méprisent ou détestent les êtres synthétique et n’ont pas confiance en eux. Et vice-versa, l’androïde obtenant vengeance dans les préquelles de Scott. En ce sens, le premier épisode se clôt sur un monologue intéressant de l’androïde Kirsh, le mentor de Wendy : "Vous étiez seulement de la nourriture...

L’humanité. Vous aviez des vies courtes et dominées par la terreur, puis vos cerveaux ont grossi. Vous avez fabriqué des outils pour dompter la nature et bâti d’incroyables machines et... conquis l’espace. Vous n’êtes plus seulement de la nourriture. Enfin... je devrais plutôt dire que vous vous êtes convaincus que vous n’étiez plus uniquement de la nourriture. Mais dans le royaume animal, il y a toujours une bête plus grosse ou plus petite qui vous dévorera tout cru si jamais vous leur laissez l’occasion. C’est ça la condition animale. Vous naissez, vous vivez, vous mourrez."

Par ce monologue, un rien simpliste (les dialogues pour l’instant ne sont pas exceptionnels), Kirsh n’est pas loin d’exprimer le même mépris que manifestait David pour l’espèce humaine, la reléguant au règne animal.

"Je vivrai, vous mourrez" osait dire David à son créateur lors du prologue d’Alien Covenant. D’où l’ambiguité toujours pregnante des androïdes dans la saga Alien, y compris dans cette série. Une ambiguité soutenue par ces quelques mots de Kirsh, prononcés avec un semblant d’empathie : "Ils meurent tous, génération après génération. Et on peut seulement les regarder et se souvenir d’eux."

En ce sens, Kavalier reprend les craintes de notre époque et semble se poser comme l’anti-Weyland. Sa crainte est que les machines finissent par s’affranchir et dépasser complètement l’homme. D’où l’alternative de l’hybridation qui consiste, selon lui, à "dynamiter le potentiel humain".


Déjà, le propos de Hawley se précise. L’humanité, quoiqu’on en pense, restera toujours bien trop fragile. Sa vulnérabilité la limitera dans ses ambitions (l’immortalité dans Prometheus, l’expansion spatiale dans Alien Romulus). Elle reste un organisme parmi tant d’autres. Et par sa prétention à vouloir savoir, elle s’est crue supérieure à toute autre forme de vie. Jusqu’à ce que le crash du Maginot et l’apparition du xenomorphe (ou la découverte de l’existence des Ingénieurs dans Prometheus) ne viennent littéralement ravager cette croyance. L’humain est loin d’être une créature adaptée à l’univers. Elle est adaptée à la Terre.

En deux épisodes, Noah Hawley semble appuyer sur la vulnérabilité de l’humain et relativise sa place dans l’univers. Bref, il suit à sa façon le propos principal de toute la saga. Quelque chose qu’un auteur comme H.P. Lovecraft s’est employé à faire durant toute son oeuvre. À l’échelle universelle, l’humanité n’est probablement pas grand chose. Elle reste prisonnière d’elle-même. D’où la fascination des androïdes Ash, Rook et Bishop pour le xenomorphe, une créature parfaite dans la mesure où elle agresse sans remords, colonise instinctivement, et s’adapte à tous les environnements hostiles. Ironique quand on sait que la bestiole a été créée par un autre androïde.


On en vient donc à la partie monstrueuse de la série qui, dès la fin de son premier épisode, et tout au long du deuxième, nous gratifie de quelques visions horrifiques souvent bien sanguinolentes, histoire de contenter les fans. En cela Hawley se débarrasse vite du suspense entourant la star attendue, l’équipage du Mangelot étant rapidement bazardé (il était juste un prétexte pour faire un vague parallèle avec le film de 1979 via une scène de déjeuner). La première apparition du xenomorphe intervient ainsi à même pas une demi-heure de visionnage du premier épisode et son aspect nous est pleinement montré lorsque, après une attaque particulièrement violente, le bestiau révèle lentement son profil au travers d’une lucarne. Hawley sait qu’il n’y a plus grand mystère à faire sur l’apparence du monstre, et défragmenter ses apparitions comme l’avait fait Ridley Scott il y a 45 ans ne servirait à rien, l’iconographie de l’alien étant aujourd’hui profondément inscrite dans la mémoire collective.


Parallèlement à cette monstrueuse star, la série élargit le champ des possibles en matière de créatures horrifiques, en nous teasant trois autres bestioles extra-terrestres dès ces deux premiers épisodes.

Et c’est précisément dès le deuxième épisode que la série semble hélas révéler ses faiblesses : quelques jump-scares foireux, des entrées dans le champ dispensables (le xenomorphe en arrière-plan, sa longue queue qui disparait dans le plafond juste avant le passage des soldats), une surenchère de gore désamorcée par un manque de tension évident, et une grosse incohérence, le xenomorphe n’attaquant ici que lorsqu’il ressent la peur de ses proies (dans les films, ni Brett, ni Clemens n’ont eu le temps d’avoir peur). Ces parti-pris scéniques paraissent déjà critiquables mais sont tout de même rattrapés par quelques très bonnes idées visuelles, le xenomorphe retrouvant tout de même sa dimension furtive originelle (son apparition sur la statue), se fondant parfois à merveille dans le décor et commettant déjà quantités de massacres en hors-champ. À côté de lui, les autres bestioles extra-terrestres font office de curiosités bien craignos, dont on ne sait pas encore trop à quoi on doit s’attendre (cela nourrira-t-il la mythologie Alien ?) mais dont les aspects n’ont rien d’aussi iconographique que celui du superbe xenomorphe.


À côté de ça, Noah Hawley aligne les fautes de goût, et développe une approche peu convaincante du péril alien. Son idée d’envoyer une bande de gosses (dans des corps de jeunes adultes) faire face à des monstres est intéressante en cela qu’elle renvoie à nos cauchemars d’enfants (remember Newt) mais un peu ridicule à l’écran, considérant les personnages des films antérieurs.


Ces deux premiers épisodes peinent donc à convaincre et même, déçoivent, par leurs parti-pris visuels et scénaristiques. En cela, le cliffhanger de la fin du second épisode fait un peu l’effet d’un gros foutage de gueule, tant elle parait ridicule.

Mais bon, il reste encore six épisodes d’ici la fin septembre. Espérons que Hawley rattrape ces quelques scories dans ce qui va suivre. Autrement, Alien Earth sera une parenthèse à oublier dans la franchise.

Wait and see...


Peut-être mettrai-je à jour ce billet selon mon intérêt pour la série (en imaginant qu’elle devienne plus intéressante).


Et souhaitons qu’un jour, on nous explique enfin les origines du Derelict.


MISE À JOUR DU 24 SEPTEMBRE, CRITIQUE DE LA PREMIÈRE SAISON (SPOILERS) :


Au sortir du visionnage de ce huitième et dernier épisode de la première saison, je ne sais plus trop quoi penser d’Alien Earth : énorme pétard mouillé bourré d’incohérences et de facilités narratives, ou première salve d’épisodes aux idées audacieuses, et au scénario plus ambitieux qu’il n’y parait. Je dirais un peu des deux, la saison se révélant clairement inégale, souvent agaçante, mais également intéressante pour certaines nouveautés qu’elle propose.

Ce qui est sûr, c’est que les puristes de la saga Alien, dont je fais partie, auront tendance à considérer cette saison comme une parenthèse dispensable et même plutôt sacrilège au vu du traitement "amiable" réservé au fameux xenomorphe.


Dès son premier épisode, l’objectif avoué de Noah Hawley est non seulement d’explorer l’univers d’Alien sous un angle inédit (la Terre du futur) mais d’en resituer la mythologie, voire la bousculer, à l’adresse d’un tout nouveau public, c-a-d les générations qui découvriront cette franchise via Alien Earth et les yeux de la jeune Marcy/Wendy.

D’où l’abus de placements produits Disney et références pop dès le premier épisode. Le procédé est malin en terme commercial, et plutôt retors en terme moral, puisqu’il s’agit ici d’ouvrir un univers horrifique à une nouvelle génération de jeunes spectateurs appatés par l’importante campagne de pub entamée deux mois avant la diffusion de la série.


En tout cas, les premiers fans n’auront pas longtemps à attendre pour constater que Noah Hawley emboite le pas à Ridley Scott sur ses questionnements autour de la définition d’humanité et sur sa relative vulnérabilité. Dès son exposition, narrée de façon non linéaire, Alien Earth donne le ton : il y aura des monstres certes, mais aussi des designs plus froids et aseptisés que ceux du premier film, quelque chose que certains reprochaient à Prometheus (en oubliant que le vaisseau du film était un vaisseau scientifique de luxe et non un remorqueur fatigué comme le Nostromo). Pour en rester sur les similitudes avec Prometheus, le thème de l’humain et de son simulacre occupera une place centrale dans la série, à ceci près que Hawley insistera sur la notion d’identité. Quand on sait l’importance des êtres synthétiques dans la saga cinématographique et leur dévotion à leurs créateurs/propriétaires (David 8 restant l’anomalie) et qu’on considère les questionnements actuels sur les progrès de l’IA, du transhumanisme et des projets de colonisation spatiale soutenus par Musk, il était impossible pour Hawley de passer sous silence cet aspect et de ne pas en proposer un raisonnement plus poussé via une troisième proposition entre la machine pensante et l’humain augmenté (cyborg) : l’esprit humain transféré dans la machine, gagnant de la sorte son passe-port pour l’immortalité mais perdant aussi, peut-être, une part de son identité. C’est en cela que le jeune PDG de Prodigy, Boy Kavalier, sous ses airs arrogants mais pas moins ambitieux que feu Peter Weyland, fait fort : affranchir l’humain de ses limites biologiques pour lui permettre de continuer à avancer dans le temps et l’espace. Ce qui était en creux le sous-texte d’Alien Romulus via une méthode différente et plus horrifique.


Pour Boy Kavalier, "l’enfant prodige", l’avenir appartient aux enfants (hybrides, lesquels lui appartiennent). La technologie qu’il a inventé permet à l’être humain de vaincre la mort. En d’autres termes, Kavalier a réussi à exaucer le voeu de Peter Weyland. Le fait est que ce sont seulement les enfants qui peuvent prétendre à l’immortalité, les corps adultes n’étant pas sensibles à cette technologie du transfert.

Le parallèle avec le Pays imaginaire (titre du premier épisode) et l’île du début d’Alien Earth fait ainsi du personnage de Kavalier une sorte de Peter Pan milliardaire sauvant des enfant malades (les "enfants perdus") pour mieux les étudier et les instrumentaliser. Cela suffit-il à faire de ce "sauveur" un chic type ? Disons qu’il ne faut pas oublier que Peter Pan, dans le conte original, n’hésite pas à assassiner ses jeunes protégés lorsque ceux-ci gagnent en âge et donc, en indépendance...

Par ailleurs, le titre de l’épisode Le Pays imaginaire est très ironique vu que dans ce monde futuriste, les pays n’existent plus et les méga-corporations continentales ont remplacé les nations.


Bref on l’aura compris, les "étrangers" d’Alien Earth ne sont pas que les xenomorphes ou autres extra-terrestres, ce sont aussi ces enfants "hybrides". Le simulacre humain, l’androïde, se retrouve donc face à un autre type d’entité, l’humain devenu machine. Ce qui pour Noah Hawley ouvre la voie à une (très légère) réflexion sur la définition de l’humanité et de l’identité, les hybrides troquant leurs anciens noms contre des nouveaux sans s’imaginer qu’ils participent à renier leur ancienne identité pour devenir la propriété de Boy Kavalier. D’autant plus que, privée de ses hormones et de certaines émotions, mais gardant un comportement et un enthousiasme de gamine, Wendy en vient rapidement à questionner son état. Est-elle toujours humaine ou bien représente-t-elle la prochaine étape de l’évolution de notre espèce ?

La thématique est toujours aussi séduisante à aborder certes et Hawley ne s’en prive pas. Le problème étant que, pris entre ses ambitions auteurisantes et les impératifs horrifiques du show, il n’apporte finalement que peu d’argumentation nouvelle à un sujet déjà abordé plusieurs fois, tant en littérature (Philip K.Dick, Richard Matheson), en BD (Masamune Shirow, Yukito Kishiro) qu’au cinéma (les Ghost in the Shell).


Reste cette confrontation larvée entre l’humain et l’androïde, le maître et son serviteur (Weyland/David, Kavalier/Kirsh). Rappelons que dans les films Alien, la plupart des humains méprisent ou détestent les êtres synthétiques et n’ont pas confiance en eux. Et vice-versa, l’androïde obtenant vengeance dans les préquelles de Scott. En ce sens, le premier épisode se clôt sur un monologue intéressant de l’androïde Kirsh, le mentor de Wendy tendant alors par ses propos à se rapprocher de l’opinion méprisante de David 8 sur l’humanité.

Cela fait-il de Kirsh le digne successeur de David ? En tout cas, tous deux manifestent la même ambivalence, la même curiosité scientifique, et le même dédain pour ses créateurs.

En ce sens, Kavalier reprend les craintes de notre époque et semble se poser comme l’anti-Weyland. Sa crainte est que les machines finissent par s’affranchir et dépasser complètement l’homme. D’où l’alternative de l’hybridation, un type de transhumanisme qui consiste, selon Kavalier, à "dynamiter le potentiel humain". La thématique du transhumanisme est ce qui distingue Alien Earth du reste de la saga. Un transhumanisme prôné par Prodigy et qu’on ne retrouve pourtant pas dans les films qui se déroulent après la série et dont les intrigues se déroulent sous l’hégémonie de la Weyland-Yutani. Celle-ci, probablement grande vainqueuse du conflit l’opposant à Prodigy, aura certainement préféré la corvéabilité des synthétiques au problème de résistance morale que pose l’esprit humain.


Déjà, le propos de Hawley se précise. L’humanité, quoiqu’on en pense, restera toujours bien trop fragile. Sa vulnérabilité la limitera dans ses ambitions (l’immortalité dans Prometheus, l’expansion spatiale dans Alien Romulus). Elle reste un organisme parmi tant d’autres. Et par sa prétention à vouloir savoir, elle s’est crue supérieure à toute autre forme de vie. Jusqu’à ce que le crash du Maginot et l’apparition des xenomorphes (et des Ingénieurs dans Prometheus) ne viennent littéralement ravager cette croyance. L’humain est loin d’être une créature adaptée à l’univers. Elle est adaptée à la Terre. La solution est peut-être le transhumanisme.

En quelques épisodes, Noah Hawley s’échine à souligner la vulnérabilité de l’humain et relativise sa place dans l’univers via la mise en présence d’organismes parasites tout aussi hostiles que redoutablement intelligents. Bref, il suit à sa façon le propos principal de toute la saga.

À l’échelle universelle, l’humanité n’est probablement pas grand chose. Elle reste prisonnière d’elle-même. D’où la fascination des androïdes Ash, Rook, Bishop et Kirsh pour le xenomorphe, une créature parfaite dans la mesure où elle agresse sans remords, colonise instinctivement, et s’adapte à tous les environnements hostiles. Ironique, quand on sait que la créature gigerienne, présente sur la fresque du temple de Prometheus, a été (re)créée par un autre androïde...

Il n’y a toujours pas de consensus sur les origines du xenomorphe tant Ridley Scott a foutu un beau merdier avec ses incohérences. Pourtant, en cherchant bien, il semble que le xenomorphe existait depuis des milliers d’années, probablement créé par les Ingénieurs à partir du liquide pathogène noir. À la fin de Alien Covenant, David recrée l’espèce via le Prétomorphe, une créature intermédiaire, très proche mais pas tout à fait similaire physiquement au xenomorphe puisque plus grand, musculeux, le métabolisme plus rapide, et le corps dépourvu d’éléments biomécaniques.


Cette parenthèse scottienne mise à part, on en vient donc à la partie monstrueuse de la série qui, tout au long du deuxième épisode, et dès le cinquième, nous gratifie de quelques visions horrifiques souvent bien sanguinolentes, histoire de contenter les fans d’horreur. En cela Hawley se débarrasse vite du suspense entourant la star attendue : la première apparition du xenomorphe intervient à même pas une demi-heure de visionnage du premier épisode et son aspect nous est pleinement montré lorsque, après une attaque particulièrement violente, le bestiau révèle lentement son profil au travers d’une lucarne. L’iconographie du xenomorphe étant aujourd’hui profondément inscrite dans la mémoire collective, Hawley sait qu’il n’y a plus grand mystère à faire sur son apparence. De plus, il lui redonne sa dimension furtive originelle dès le second épisode, la créature se fondant parfois à merveille dans le décor et commettant déjà quantités de massacres en hors-champ. À côté de lui, les autres bestioles du Maginot font office de curiosités bien craignos et leur aspect n’a bien sûr rien d’aussi iconographique.


Car parallèlement au sempiternel xenomorphe, la série élargit le champ des possibles en matière de créatures horrifiques, en nous présentant trois autres créatures extra-terrestres dès les deux premiers épisodes. De l’aveu-même de Hawley, introduire ces nouvelles bestioles dans le show était une façon de créer de l’inconnu pour briser la rengaine du xenomorphe. Bref, c’est ce qu’avait déjà voulu faire Ridley Scott dans Prometheus (les "Anathèmes" ou mutants humanoïdes, les Ingénieurs, la Naïade, le Trilobite, le Deacon) et Alien Covenant (avec les neomorphes, les prétomorphes). Donc, rien de vraiment innovant de ce côté-là. Juste de nouvelles bestioles avec leurs particularités rebutantes pour rajouter au mystère et aux frissons. Une en particulier, l’Ocellus (ou "l’oeil") s’avérera tout aussi redoutable que le xenomorphe, tout en faisant preuve d’une intelligence remarquable pour développer des stratégies (voir la scène où l’Ocellus tape sur les parois de son bocal pour distraire Chibuzo tandis qu’une autre créature s’échappe). Il faut dire que la bestiole est aussi bien aidée par la stupidité de certains personnages humains. Gardant un oeil attentif sur ses geôliers, l’Ocellus est une sorte de parasite instrumentalisant ses hôtes en s’implantant dans leur système nerveux et en supplantant leur conscience par la sienne. Et dont on devine l’intérêt que lui porte "l’enfant prodige" quand celui-ci attire son attention derrière la vitre d’isolement. Kavalier se confiant plus tôt à Dame Sylvia sur son ennui de ne pas trouver d’intelligence équivalente à la sienne, celui-ci jubile lorsqu’il se rend compte de l’intelligence avancée et des connaissances mathématiques de la créature (la scène du nombre Pi). On peut supposer que les scénaristes n’oublieront pas de confronter les deux personnages via un futur dialogue riche en promesse.


Bien évidemment, le risque aurait été que la série ne s’engouffre à nouveau dans le modèle des films de monstres à couloirs. D’ailleurs c’est précisément lors du second épisode que le scénario semble hélas révéler ses faiblesses : quelques jump-scares foireux, entrées dans le champ inutiles, surenchère de gore désamorcée par un manque de tension évident. Qui plus est, le xenomorphe n’est désormais censé attaquer ses proies que lorsqu’il ressent leur peur. Une incohérence absolue vis-à-vis des précédents films où il attaquait des personnages (Brett, Bishop, Clemens, Andrews, Lopez) sans même qu’ils aient le temps de comprendre. Sur le moment, il est évident qu’il s’agit juste d’un prétexte pour une scène de tension où des soldats se font décimer en arrière-plan par la bête derrière Morrow.

Plus tard, le cliffhanger de la fin du second épisode fait un peu l’effet d’un gros foutage de gueule, tant elle parait ridicule (le frère tout juste retrouvé se fait illico enlever) et n’ouvre que sur une confrontation expédiée pour passer d’une unité de lieu à une autre. Une transition qui révélera les facultés télépathiques de l’héroïne, une idée purement dickienne là aussi, mais à double tranchant (communiquer avec les xenomorphes revient à essayer de faire ami-ami avec une bête enragée avec de l’acide qui coule dans ses veines). Par ailleurs, Noah Hawley n’a en rien innové. Il a juste piqué l’idée aux comics Guerre pour la Terre (1991) et à Alien Resurrection. Il semblerait que Hawley affectionne l’élément télépathique (voir aussi le lien entre Morrow et Slightly) et se sert de cet élément SF pour démarquer sa série du reste de la saga.


Ces parti-pris peuvent paraître critiquables. D’autant plus qu’à côté de ça, Noah Hawley se permet quelques fautes de goût, multiplie les incohérences, peine à imposer un rythme soutenu à son intrigue (l’énorme ventre mou des 3ème, 4ème et 6ème épisodes) et développe une exposition un peu longuette du péril alien. Mais au fond, la structure de la saison est intéressante : les deux premiers épisodes renouent avec la menace xenomorphe, la suite déroule une intrigue basée sur le sens moral, le flashback du Maginot recontextualise les enjeux, et la dernière partie "ose" inverser les rôles et faire du xenomorphe un allié de l’héroïne et de ses amis.

Que l’on apprécie ses idées ou non, Hawley n’a pas l’air d’avancer à l’aveugle dans son intrigue. Certes, son idée d’utiliser une bande de gosses (dans des corps de jeunes adultes) afin de faire face à des monstres, si elle renvoie à nos cauchemars d’enfants (remember Newt), parait un peu ridicule à l’écran, considérant le comportement et les dialogues puérils des hybrides. Mais cet aspect du scénario n’est là encore pas là par hasard, Hawley tenant à mettre tout d’abord en valeur son héroïne pour les facultés "surnaturelles" qui font toute sa singularité, sa capacité à contrôler non seulement la technologie mais aussi le xenomorphe, une créature biomécanique.

Le principe-même du transfert/hybridation humain-machine met à l’index l’instrumentalisation de jeunes enfants par des adultes et les ambitions d’une mégacorporation en pleine course au progrès technologique. Cela pose aussi la question de l’adaptation de la psychée humaine à une apparence et à un corps artificiel dans laquelle elle ne se reconnait pas (voir le personnage de Nibs) et qui renforce son sentiment de non-appartenance à l’humanité. À côté de ces jeunes hybrides dont le regard-même, en tant que propriétés, appartient à leur "sauveur", il n’y a pas que l’ambivalent Kirsh qui parait moins humain qu’eux, celui-ci les observant d’ailleurs avec un mélange de curiosité et de froideur dans le regard. Le personnage d’Atom Eins se révèle lui-même être un larbin sans humanité dévoué à son patron. Quant au personnage de Kumi Morrow, dont on tarde à saisir les motivations, il est lui-même un homme, un cyborg, au comportement glacial, et dont le calme dès le premier épisode l’assimile à un synthétique. Endeuillé par le sacrifice de toute l’existence qu’il a abandonné sur Terre (sa défunte fille) pour servir Weyland-Yutani, il avoue plus tard rêver de devenir une machine. Il en a déjà la froideur, l’absence d’empathie et l’obéissance. "Quand est-ce qu’une machine n’est plus une machine ?" demandera-t-il à un des hybrides. Une colle à poser à Alex Murphy ou à Motoko Kusanagi. Comme si Morrow exprimait là, la frustration de ses faiblesses humaines et le désir de passer à un état plus en phase avec son époque. Il symbolise à lui seul la déshumanisation d’un monde en transition et dont les maîtres ne rêvent que de tuer leur ennui par le défi qu’implique leurs avancées sur celles des autres puissances (le monde d’aujourd’hui quoi). Il suffit de voir l’arrogant Boy Kavalier, un grand gamin jouant sans arrêt nonchalamment de ses pieds pour exprimer son inconséquence et son dédain, se réjouir de voler les "jouets" de Yutani au détriment des milliards qu’il vient d’investir sur ses hybrides. On peut d’ailleurs voir avec quelle aisance il retourne à son avantage les négociations avec sa rivale lors d’une scène du sixième épisode.


Les questionnements, passionnants, sont donc là : le devenir d’une humanité se diluant dans la technologie, la menace concurrentielle de l’intelligence artificielle, l’insignifiance humaine, une science ouvrant sur l’immortalité, la guerre froide des méga-corporations pour le pouvoir, l’humain voulant devenir machine, la machine méprisant l’humain, l’humain possiblement surpassé en intelligence par une espèce extra-terrestre, la communication via "le langage xenomorphe"...

Particulièrement audacieux, Hawley se sert de ces thématiques pour confronter l’humanité à son ambition (la création, le pouvoir et l’immortalité) ainsi qu’à d’autres types d’intelligences possiblement plus redoutables (êtres synthétiques, créatures aliens) .

Il y a donc beaucoup d’idées intéressantes dans cette première saison d’Alien Earth. La série ouvre en effet des perspectives fascinantes, notamment sur le sujet du transhumanisme, mais qu’elle n’exploite pas pleinement, malgré ses huit heures de show. Le scénario préfère au final se contenter de revisiter le sempiternel thème de l’hubris et de la nemesis, de l’humanité arrogante face à des créatures qui s’imposent comme son châtiment. Bref, de la révolte de la créature face à son créateur et du confinement du danger voué à l’échec.

Cependant, on n’en est qu’au début de la série et tout ce potentiel thématique sera peut-être bien mieux exploité lors de la prochaine saison.


En outre, le principal problème de cette première saison est qu’elle pâtit de baisses de rythme fréquentes qui donnent parfois l’impression que l’histoire fait du sur place. Il faut attendre le flashback du cinquième épisode expliquant les événements s’étant produit sur le Maginot pour reprendre quelque peu confiance dans le potentiel narratif et horrifique de la série.

Car si la première partie de la saison mise tout sur les quelques scènes gores du second épisode pour excuser ses longs tunnels narratifs, la série dévoile pleinement ses enjeux dès ce cinquième épisode, relevé par la singularité d’autres monstres au potentiel horrifique certain.

Un bon point, hélas plombé par des personnages d’équipage aux actions souvent stupides (la laborantine qui boit tranquillement sa gourde à côté d’un bocal mal fermé contenant des micros parasites extra-terrestres inconnus, des mécanos pas très stressés face au crash imminent du vaisseau, un pervers pas du tout angoissé par l’urgence de la situation, etc...).

Là se trouve également un gros défaut d’Alien Earth : la bêtise de certains de ses protagonistes. Il suffit encore de voir dans l’épisode 6 la bêtise exaspérante de Tootles préférant prendre le risque d’ouvrir la cellule de parasites insectoïdes (les "mouches") pour les nourrir plutôt que de réfléchir posément au danger que cela représente. Ou de repenser à Chibuzo qui aligne les négligences dans son labo.


Le travail sur la caractérisation d’autres personnages est plus intéressant et on pourra apprécier l’ambivalence d’un Morrow qui n’a plus rien à perdre (surtout pas son humanité), le calme d’un Kirsh plus pragmatique et méticuleux que son créateur (mais qui reste un personnage sous-employé), et l’arrogance toute détestable d’un Kavalier, jubilant devant une créature possiblement plus intelligente que lui, et probablement destiné à payer le prix de son inconséquence. Yutani, elle, plus que secondaire, devient le visage (probablement temporaire) d’une Compagnie jusqu’ici parfaitement détestable parce qu’elle n’était personnifiée dans les films que par des larbins cupides et un vieillard souffrant d’un complexe divin.

Quant à la protagoniste, Wendy, elle se présente tout d’abord comme une sorte de nouvelle héroïne Disney, se démarquant par sa singularité, mais dont la candeur parfois agaçante peine à en faire un personnage réellement intéressant. Du moins jusqu’au sixième épisode, où elle finit par acquérir une dimension plus ambigüe depuis son contact prolongé avec le xenomorphe. Car, tout comme lui, Wendy se découvre tout aussi étrangère à l’humanité. Elle n’hésitera d’ailleurs pas à se servir plus tard de la créature pour tuer les soldats qui lui barreront la route.

En cela, on adhèrera ou pas au lien qu’elle tisse avec cet allié attendu (on voit venir l’idée dès la fin du quatrième épisode au moment où elle caresse le chestbuster), une idée qui pourra agacer plus d’un puriste, mais qui avait pourtant déjà été exploitée dans d’anciens comics Aliens : Éloïse, une synthétique, y devenait une sorte de Reine Alien dans les comics Aliens Purge et Aliens vs Predator : Poursuite, contrôlant par sa seule volonté des hordes de xenomorphes dans un but ambivalent.


Bref, au-delà de sa caractérisation et de ses idées plus ou moins critiquables, Alien Earth soigne tout de même son contexte futuriste, liant subtilement l’esthétisme 70’s du film de 79 à des visuels plus originaux. Même la mise en scène, plus ou moins inspirée, se réclame de son modèle via ces longs travellings angoissants dans les corridors et ses longues coupes au noir servant de transition. En ce sens, la série nous offre quelques belles visions dont celle de la silhouette d’un xenomorphe se détachant dans la clarté déclinante du jour. Une autre le montre s’avancer vers un cadavre sur une plage, et observer avec curiosité le crabe qui lui fait face (une référence au xenomorphe contemplant le chat dans sa cage dans le premier film). Deux images belles et inédites, à contre-courant de la saga, et qui en dit long sur la démarche de Hawley : brainstormer tout ce qui n’a pas été fait, explorer de nouvelles pistes visuelles et thématiques (les hybrides, l’enfance sacrifiée, la télépathie, les autres créatures, les corporations rivales, le xeno en liberté dans des paysages terrestres), tout pour essayer de se démarquer de ses prédécesseurs, y compris en bouclant ses épisodes sur des chansons rock détonnantes. Et ce, jusqu’à pencher parfois vers la pure sottise scénaristique (des enfants en mode mission de secours mais complètement incompétents, l’héroïne capable de parler le xenomorphe en langue vivante 2 et qui... caresse un chestbuster comme un mignon petit chaton, Tootles qui déconfine le compartiment des "mouches", Kavalier qui se balade nonchalamment dans son complexe alors qu’il sait que les créatures y sont libres...). À trop vouloir chercher l’originalité, le risque est parfois de flirter avec le ridicule. Le pire, est qu’a contrario des intentions de Hawley, qui semble se croire plus créatif que Scott ou Alvarez, le scénario de la série devient hélas de plus en plus prévisible jusqu’à l’assaut mené par le Capitaine Crochet/Morrow et ses sbires. Un assaut qui sera rapidement contrecarré par celui dont Morrow a fait son ennemi et qui ouvrira sur une belle confrontation en fin de saison.


Cette première partie d’Alien Earth n’est donc pas la "géniale" série vendue par la presse professionnelle, probablement soudoyée par Disney. Un peu partout, on a vu passer des titres comme "La série de l’été", "Alien Earth apporte un coup de jeune à la franchise", "Noah Hawley fait mieux que ses prédécesseurs", des titres racoleurs probablement écrits par quelques rédacteurs complètement largués et payés pour écrire des inepties.

"Noah Hawley réussit là où Ridley Scott a échoué" : ce titre-là en particulier m’a bien fait rire... si seulement l’horreur dans Alien Earth réussissait à être aussi stressante que les scènes d’horreur d’Alien Covenant.

À croire que certains pigistes découvrent l’univers d’Alien juste par le biais de cette série...


Ceci dit, cette version télévisuelle d’Alien n’a rien de honteuse non plus. Elle peut être vue comme un moyen d’aborder cet univers sous un angle nouveau. Mais ce n’est simplement pas, pour l’instant, une série que je prendrais personnellement plaisir à revoir, au vu de son trop peu de scènes marquantes.

Le show imaginé par Hawley s’avère pourtant être une parenthèse audacieuse, principalement destinée aux spectateurs peu familiers de cet univers, mais croulant sous le poids de ses trop lourdes ambitions. Alien Earth nous propose un questionnement sur le futur de l’humanité via des thématiques passionnantes mais traitées avec maladresse, les sujets abordés se voyant étouffés par un développement fastidieux et frustrant.

En 2012, certains ont adoré ou détesté Prometheus pour des raisons quasi-similaires. D’autres fans, depuis 1992 et Alien 3, ne rêvent toujours que d’un Aliens 2.


On peut toutefois supposer, surtout au vu du huitième épisode de la série et de sa conclusion, un développement plus prometteur pour la deuxième saison.

La dernière phrase de Wendy : "On prend le contrôle", alors que les troupes de Yutani approchent, peut éventuellement annoncer un conflit entre les hybrides (aidés des deux xenomorphes) et Yutani.

Et imaginons que... la série voit assez grand pour oser faire de Wendy (l’immortelle "étrangère" à l’humanité), la future patronne de Weyland-Yutani ? Cela pourrait alors expliquer cette volonté irresponsable de la Compagnie de mettre la main sur de nouvelles espèces xenomorphes durant tous les films cinématographiques qui vont suivre chronologiquement. Imaginons que, se sentant proche des xenomorphes, mais voyant les deux créatures de la fin de saison tuées durant les événements qui vont suivre, Wendy tienne à tout prix à retrouver d’autres de ces créatures coûte que coûte. Cela permettrait de voir les films de l’arc Ripley sous un tout nouveau jour. Et de donner enfin un visage immortel derrière les manigances de la Compagnie.

C’est une idée qui m’a traversé l’esprit. Et à la place des scénaristes, c’est ce que je ferais. Car ce serait intéressant d’expliquer toutes les tentatives suivantes d’appropriation des xenomorphes de la Weyland-Yutani par cette seule volonté de Wendy l’immortelle. Mais cela reste bien sûr à voir.

Quant à l’Ocellus, gageons qu’il aura certainement beaucoup plus de poids et de choses à dire lors de la prochaine saison.


En attendant de savoir si cette deuxième saison d’Alien Earth sera meilleure et si elle fera la liaison avec le premier opus de Scott (tout ça ne se déroule pas deux ans avant les événements du Nostromo pour rien), souhaitons que Disney fasse un jour le lien, via cette série ou une autre oeuvre, avec la fin de Covenant. Et, pourquoi pas, avec le Derelict ainsi que sa précieuse cargaison. Les aliens ayant la vie dure, ce serait intéressant qu’on sache aussi ce qu’est devenu le xenomorphe issu de l’immense Space Jockey (le fameux "Ultramorphe" prévu à l’origine dans le scénario Alien Engineers de Jon Spaihts). Ceci histoire de raccrocher tous les wagons, afin que la saga Alien n’ait pas juste l’air d’un produit mal torché sur la fin, mais d’une oeuvre à la continuité cohérente, et ce peu importe la taille de la lucarne.

Buddy_Noone
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le 13 août 2025

Modifiée

le 25 sept. 2025

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Buddy_Noone

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