Je n’aime pas spécialement tirer sur l’ambulance, donc je vais essayer de ne pas faire trop long sur cette dernière partie de l’émission, où nous allons donc aborder « Alien Earth », une série créée par Noah Hawley, et produite par Disney. Malgré la déconvenue que fût « Alien Romulus », l’annonce d’une série, qui plus est une préquelle, était assez peu rassurant. Mais à l’annonce de Noah Hawley au poste de showrunner, d’un coup, l’intérêt était titillé. Noah Hawley, c’est le showrunner à l’origine de l’excellente série « Fargo », dérivée du film des frères Coen, et qui a connu cinq saisons vraiment incroyables. Donc, ben, pourquoi pas ?
Le récit de « Alien Earth » se passe en 2120, soit deux ans avant les incidents du film de 1979. Et c’est à partir de là que ça commence déjà à partir en cacahuète. Rien dans toute la série ne justifie que les événements se déroulent deux ans plus tôt, et elle prend en plus une tournure qui ne fait absolument aucun sens avec les différentes péripéties qui permettent à « Aliens » et « Alien3 » d’exister. Pourquoi ne pas avoir déplacé la série plutôt après le troisième opus, puisqu’à partir de là c’est open-bar, rien n’a d’incidence avec le reste de la franchise, mais non, visiblement, c’est mieux de venir faire n’importe quoi avec ce qui existe déjà au risque de tout gâcher.
Dans une démarche identique à « Alien Romulus », « Alien Earth » arrive donc pour mettre son grain de sable dans la continuité de l’univers et dans son canon. De l’aveu même de Noah Hawley, la série ne respecte pas la chronologie des événements, ni même la continuité. Il a décidé de mettre complètement de côté ce qu’il se passe dans « Prometheus » et « Covenant » et sa série a été développée en parallèle à « Romulus », donc il n’y a pas non plus de cohérence entre ces deux œuvres. Mais à quoi bon ? OK « Prometheus » et « Covenant » sont nazes, mais ils existent, et font partie tant bien que mal de la franchise, ce qu’ils apportent n’est pas ouf, mais c’est là…
Plutôt que de corriger le tir, Hawley décide donc de purement et simplement effacer ces deux entrées. Si encore derrière il y avait une volonté d’offrir une meilleure cohérence à la trilogie originale, où pourquoi pas même la rattacher aux événements de « Resurrection » d’une certaine manière, ben ouais, pourquoi pas. Mais non, « Alien Earth » devient donc une sorte d’énième spin-off, qui raconte sa propre histoire, dans l’univers de la franchise. La Weyland-Yutani est une nouvelle fois très présente, davantage à la manière d’un « Alien v Predator » qui se mouche avec le canon, qu’à la manière de « Romulus » qui veut à tout prix trouver sa place dans la saga.
Bon, dans la mesure où ces deux tentatives sont de toute manière ratée, encore une fois, est-ce que la bonne démarche n’aurait pas été de proposer des œuvres situées après l’arc d’Ellen Ripley ? Elles auraient pu offrir leurs propres visuels, leurs propres spécificités, leur propre univers tout simplement, plutôt que d’essayer de coller coûte que coûte à celui d’« Alien » premier du nom, en venant gâcher l’expérience. Comme si le film de 1979 était la seule et unique
Ce qui me fait un peu rire, c’est la prétention de Noah Hawley, qui dit qu’en gros « Prometheus » et « Covenant » c’est de la merde (avis que je partage), et en même temps, il propose exactement la même chose. Tout ici tourne autour d’une quête d’immortalité par trois multinationales qui contrôlent le monde. C’est à nouveau bourré de pseudo philosophisme existentiel à deux balles, avec des apprentis sorciers qui essayent de créer de nouvelles formes de vie. C’est exactement ce que faisait David, le droïde. Donc je ne veux pas tirer sur l’ambulance, mais là c’est l’hôpital qui se fout de la charité.
À tout point de vue, « Alien Earth » répète exactement les mêmes erreurs, et les seuls rares moments où c’est plutôt pas mal, c’est quand ça assume d’être un « Alien » quand le xénomorphe est de sortie pour faire un carnage. Le problème est que c’est rare, et noyé sous un déluge de blabla inintéressant sur la condition humaine. Les acteurices ne sont pas terribles, l’actrice principale choisie pour une apparente ressemblance à Sigourney Weaver, est une népo-baby sans charisme ni talent. D’ailleurs, niveau charisme, c’est un peu la misère. À part Babou Ceesay et Tymothy Olyphant, plutôt convaincants en droïdes ambiguës, malgré l’écriture de leurs personnages faite avec les gencives d’une mâchoire édentée.
Le pire est certainement le CEO d’une des multinationales. Il est tellement poussé à l’extrême du cliché, qu’il est difficile à croire que ce soit une vraie personne. Et c’est beaucoup le cas dans la série : un manque de vraisemblance. En parallèle de tout ça, les épisodes se résument à des intrigues beaucoup trop complexes pour être crédible, donc il est réellement compliqué d’adhérer à ce qu’il se passe à l’écran. Se rajoute à ça une mécompréhension totale de l’univers « Alien ». On se retrouve face à des expériences scientifiques, qui croisent des espèces extra-terrestres, pour fabriquer l’organisme parfait. Tout ça ressemble davantage à un « Resident Evil » futuriste qu’à « Alien ».
Pour le coup, ça aurait fait une excellente série « Resident Evil », mais à quel moment « Alien » se résume à des expériences scientifico-industrielles ? Ça, c’est dans « Prometheus » et « Covenant », ce qui est ironique, puisque Noah Hawley en a rejeté l’héritage, pour finalement faire pareil, voir même pire. Si, oui, dans « Resurrection », il y a bien une histoire de clonage, c’est dans un futur lointain, ce qui fait que ça fonctionne. Encore une fois, si « Alien Earth » se passait entre le trois et le quatre, ben ouais, OK, pourquoi pas ! Ce serait un renouvellement de l’univers et non pas une remise en question de ce dernier, et là, il y avait des chances que ça marche.
Il y a quand même une chose positive à souligner, comme quoi ! Ce sont les génériques de fin de chaque épisode. Les chansons choisit sont plutôt cools, et rendent plutôt épique la conclusion des épisodes. C’est malheureusement le seul truc positif que j’ai trouvé à dire sur la série, voilà, les chansons en générique illustrent les évènements de chaque épisode et ouais, c’est plutôt cool.
Toujours est-il que la prétention de la série joue en sa défaveur, à vouloir casser les attentes, pour quand même faire du fan service à tout bout de champ, ben ça la rend malhonnête dans sa démarche. Au bout du compte, c’est une énième déception, qui démontre bien que la franchise n’a plus aucune direction viable. Une seconde saison a déjà été annoncée, puisque les critiques ont été plutôt positifs, et le public a suivi, même si l’avis public est bien plus mitigé. Il reste à voir ce qu’ils proposeront, si c’est quelque chose d’un tant soit peu correct, ou bien encore une tentative de se repaître goulument sur le cadavre fumant d’un xénomorphe qui n’en demandait pas tant.
-Stork_