"La meilleure série Star Wars", "saluée par la critique" etc. : dès la promotion de la saison 2 de Andor, on avait le sentiment que Disney tentait de nous faire croire que cette série allait fondamentalement se démarquer des autres titres produits depuis l'ère Disney+, quitte à rappeler en sous-texte que leurs autres séries n'avait pas vraiment convaincu tout le monde. The Mandalorian avait été, au moins dans la moyenne de ses deux premières saisons, un bonne surprise mais The Book of Boba Fett, Ashoka, Obi-Wan, The Acolyte et j'en oublie étaient des purges. Cela donne le vertige quand on songe que la trilogie Star Wars originale peut se regarder en près de 6 heures, et que tout ce contenu Disney+ est désormais long de plusieurs dizaines d'heures.
Mais non, Andor allait se démarquer, Andor c'était pour les adultes, c'était sérieux, politique, sale et méchant, pas pour les "fanboy" qui n'aiment que les sabres qui font bzzzzzt et les tie-fighter qui font pew pew. Andor c'était du cinéma, ok ? Sur le papier j'achète.
Il faut dire que la saison 1 était tout de même assez convaincante en dépit d'un problème de rythme. 12 épisodes qui aurait pu tenir en 6 ou 8, mais pas de fautes de scénario majeures. Des acteurs convaincants, une direction artistique très propre, une musique marquante. J'étais donc dans la team Andor en attendant la sortie de la saison 2.
Malheureusement, arrivé au 3/4 de celle-ci, je ne peux plus vraiment cacher ma déception. La DA est toujours belle, les acteurs toujours bons dans leur majorité, et spécialement Denise Gough en glaçante agent du BSI qui doit avoir des crampes aux zygomatiques à force de maintenir sa bouche complément à l'envers. Le rythme et certains éléments du scénario, en revanche, sont complétement aux fraises. Chaque arc s'étire sur trois épisodes quand il pourrait tenir sur un ou deux, et certains points majeurs de la construction narrative sont finalement totalement bâclés.
A partir d'ici je SPOILE allégrement une partie du contenu des épisodes 1 à 9 de la saison 2.
1-3 : Andor vole un prototype de Tie indestructible qu'on ne reverra jamais, puis tombe dans une embuscade entre des factions rebelles dont on ne comprend pas les motivations. Tous ces éléments ne servent à rien, et la ficelle du Tie à trois places est tellement grosse qu'un des amis d'Andor est forcé de mourir dans l'épisode 3 pour être sûr que tout le monde rentre bien dans le vaisseau. Scénaristiquement, c'est tout de même faiblard. Reste le mariage de la fille de Mon Mothma : c'est bien construit même si je n'avais personnellement pas besoin d'en savoir autant sur les coutumes nuptiales de Chandrilla. L'événement sert de contexte à l'élimination d'un contact un peu trop gênant à deux doigts de faire chanter la sénatrice. Très bien mais pourquoi alors ne pas avoir saisi la piste de l'abus de boisson signalée plusieurs fois pour simuler un accident ? Une occasion manquée. Pendant ce temps là, Dedra confronte la mère de Syril, et là on peut dire qu'on s'en fout carrément. Quant à Bix, que je pensais sérieusement qu'on ne reverrait pas après le final de la première saison, elle résiste à une tentative de viol, ce qui est la scène de tension la plus réussie de ces trois premiers épisodes. Tout le monde s'est empressé de saluer cette incursion de la violence de genre dans l'univers Star Wars, oubliant peut-être un peu vite le comportement libidineux de Jabba le Hutt dès 1983 et sa sanction par une strangulation en bonne et due forme par notre regrettée princesse préférée. Ce qui était à l'époque symbolisé doit aujourd'hui être exposé plus crûment. En devenant plus réaliste, Star Wars ne joue plus uniquement dans la cour des aventures spatiales, perte de légèreté assumée et bien dans l'ère du temps. Dommage cependant de ne pas avoir développé ensuite les conséquences et traumatismes de cette agression dans l'arc de Bix.
4-6 : Andor se rend sur Ghorman pour juger de la capacité des habitants à mener des actions de rébellion. Il n'est pas chaud et repart. Dommage que la moitié de l'action se joue sur la même et unique place de Palmo, où Tarkin a massacré 500 habitants il y quelques années pour un motif obscur - ici répétez bien l'information 3 fois pour que tout le monde ait le temps de comprendre qui est Tarkin -. Le parallèle des Ghors avec la résistance française sous l'Occupation, que les médias se sont empressés de souligner, aurait pu être habile mais elle est tellement caricaturale qu'elle devient lourdingue. Entre les acteurs français (qui ne jouent pas très bien), le faux langage à l'accent français (qui n'aide pas les acteurs qui ne jouent pas très bien à être convaincants tant ils récitent un texte qu'ils ne comprennent pas), les vêtements et bérets style années 1940 et les bâtiments pseudo-haussmanniens de Palmo, je n'aurais même plus été surpris de voir surgir une baguette et un camembert. Ce n'est plus de l'hommage, c'est du pastiche. Bref tout ça se finit en eau-de-boudin avec les deux rebelles cul-et-chemise de la saison 1 qui viennent étaler leur romance brisée, dont on se fout un peu au vu du peu de profondeur des deux personnages, et aider les Ghormans à voler quelques caisses de fusils. Pendant ce temps-là, une intrigue bien plus intéressante se joue avec Syril infiltré sur Ghorman par sa chère et tendre, laissant presque penser à un retournement d'opinion du personnage. Sur Coruscant, Bix a des problèmes de drogues, dus non pas la tentative de viol mais aux séquelles de la torture subie dans la saison 1, dont j'avais tout oublié. Le comportement de Luthen laisse penser qu'elle pourrait devenir un problème, un rouage défaillant sa conspiration contre l'Empire : Cassian devra-t-il l'éliminer ? Luthen le fera-t-il, causant la rupture entre les deux hommes ? En fait pas du tout, elle s'en sort en allant tuer son bourreau, le dr. machin, à grand renfort d'explosions cathartiques ; un autre arc prometteur bien bâclé.
7-9 : On nous promet du sang et des larmes sur Ghorman et c'est réussi. Du sang parce que l'Empire massacre à tour de bras, des larmes parce que la trame scénaristique de Syril est totalement bâclée par une fin minable. Quel était l'intérêt de développer ce personnages sur 21 épisodes pour ça ? Si il avait été tué dans la mêlée par un soldat de l'Empire, ça aurait pu prendre tout son sens : la machine broie même ses propres fidèles, mais non. Passons la faiblesse narrative du moment ou Cassian ramasse un droïd K2, en plein combat, sans aucune justification apparente autre que l'impératif de l'apparition du robot sarcastique dans Rogue One. C'est grossier et devrait enterrer toute les éloges sur la qualité scénaristique de la série. En parallèle sur Yavin, Cassian et Bix vive dans un Airbnb en pleine jungle (où sont les monstres du premier arc ? vous savez, ceux qui bouffent tout le monde la nuit ?) et vivent le parfait amour jusqu'à ce que Bix quitte la planète pour ne pas que Cassian abandonne la rébellion pour elle. Voilà l'ombre dans le passé d'Andor. Il s'est fait plaquer, et en plus en vidéo. C'est quand même très décevant au regard de ce qu'aurait pu apporter cet arc. Et si je peux me permettre, suffit-il de prendre le bus le matin pour quitter Yavin en disant "non, la rébellion moi j'arrête." ? Ce n'est pas sensé être une base secrète, nom d'un bantha ? On laisse partir tout le monde ? On est plus à ça près à ce stade. Pendant ce temps là des pans entiers de la logique de la Rébellion sont passés sous silence. Qui finance ? Qui dirige ? Moi qui imaginait voir arriver les transfuges de l'Empire suite au massacre de Ghorman, les Wedge Antilles, Biggs Darklighter, permettant d'aborder le fait qu'une grande partie des soldats de la Rébellion était des déserteurs... loupé ! Ah oui, et Mon Mothma fait un discours mollasson : "Palpatine est méchant". Ok. Exfiltrons-là et laissons la refaire son discours dans un épisode de la série Rebels. Mention spéciale de la stupidité du personnage de l'espion du BSI qui grille sa couverture à chaque action, en contactant de son plein gré ses supérieurs alors qu'elle est à 3 mètres de l'homme de Bail Organa. Totalement con. Mais ce n'est pas grave, à la fin il y a K2SO ramené au forceps, tout le monde est content.
A ce stade, je suis donc plus que mitigé sur Andor, saison 2. La série apporte bien sûr des éléments intéressants, et est bien portée par ses acteurs. Mais le scénario que beaucoup trouvent "adulte" et d'une finesse sans précédent me semble à l'inverse bien poussif, plombé par un rythme de série mollassonne et ponctué par des grosses ficelles narratives et des occasions manquées qui me sortent littéralement du récit et de ce que la série a de qualitatif. La trame se noie et se dilue dans ce qui devient finalement un énième contenu, vite regardé, vite oublié. Elle est la série préquelle dérivé d'un spin-of, dont la durée dépasse celle combinée des Star Wars originaux, et dont chaque seconde de visionnage me donne juste envie de regarder Rogue One, ne serait-ce pour me rappeler qu'une bonne histoire et des personnages suffisamment développés peuvent tenir en un film de 2h, sans avoir besoin de 24 épisodes préalables pour comprendre un background qu'on imaginait aisément à cette seule phrase : "tu penses être la seule à avoir tout perdu ?"
Il reste donc 3 épisodes que je vais aller regarder après avoir vomi mon fiel amer en espérant qu'ils me fassent un peu changer d'avis. J'aime Star Wars, vraiment beaucoup (trop), et je suis sans doute devenu aigri au fil des contenus qui raniment à chaque fois un nouvel espoir de voir quelque chose de bien sortir de l'ère Disney. Rogue One avait été une belle exception, mais je doute de plus en plus que Andor le soit.
10-12 : Voilà, Andor c'est fini et il n'y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat. L'épisode 10 offre curieusement l'un des meilleurs moments de la série en développant enfin les personnages de Luthen et de Kleya, quasi-figurante jusqu'alors. Pour une fois, une intrigue est portée sur 50 min seulement et on n'a pas le temps de s'ennuyer. C'est même touchant dans on final. On repasse dans le plus classique avec les 11 et 12 qui voient Cassian et sa bande aller sauver Kleya sur Coruscant. Passons le fait qu'on puisse garer un U-Wing sans souci (pas de contrôle, rien !) sur la capitale impériale... K2SO est bien rigolo, c'est ce qu'on attendait de lui et il sauve tout le monde comme un bon deus ex machina. Ce qui se trame au BSI est plus intéressant avec la chute aux enfers de Dedra face à ses collègues et à un Krennic en forme qui lui remonte salement les bretelles. Une fois encore, AUCUNE mention de Syril dans ces trois épisodes : c'est comme si le personnage n'avait jamais existé et que sa mort n'avait eu aucun impact sur l'acharnement de Dedra à retrouver l'axe. Belle feignantise de scénariste. Une fois le sauvetage achevé, c'est la lente préparation vers l'introduction de Rogue One, sans tension et sans saveur. On sait bien qu'il ira sur Kefrene, on l'a vu en 2016, pas la peine de monter tout un suspens... Alors qu'on est en droit d'attendre le générique, arrive comme un vilain coup dans les roustons une petite surprise bien désagréable avec la conclusion de Bix dans un cachoterie que j'ai trouvée particulièrement minable, et dont je ferai abstraction en revoyant Rogue One.