J'ai commencé Andor par curiosité, sans trop savoir à quoi m'attendre. Une série Star Wars de plus, sur un personnage dont Rogue One avait déjà raconté la fin. Je m'y suis pourtant laissé prendre, et j'ai découvert une œuvre bien plus subtile que je ne l'imaginais.
Ce qui m'a frappé d'abord, c'est le traitement de l'espace. Les décors ne sont jamais de simples toiles de fond. La façon dont ils sont filmés, cadrés ou encore habités, participe pleinement au récit. Ferrix, avec ses ruelles de brique et ses habitants qui s'interpellent d'une fenêtre à l'autre, ressemble à une vraie ville. On finit par en connaître les rues, les ateliers, la place où tout se joue. L'Empire, lui, vit dans des bureaux froids où l'on devine les rapports de force à la place que chacun occupe dans l'espace. À Coruscant, l'appartement luxueux de Mon Mothma ou la boutique d'antiquités de Luthen sont des décors où chacun cache ce qu'il est vraiment. Et sur les plaines d'Aldhani, les personnages deviennent minuscules sous un ciel immense, un peu comme ils le sont face à l'Empire. Chaque lieu raconte quelque chose de ceux qui l'habitent.
Il y a aussi les corps. À Narkina 5, les prisonniers pieds nus travaillent à la chaîne sur un sol qui peut les électrifier à tout moment. Pas besoin de barreaux. La contrainte passe directement par la peau. On les voit s'épuiser, se courber, puis peu à peu se redresser ensemble. Mon Mothma se tient toujours droite, souriante en société, alors que tout en elle semble retenu. Un corps qui joue un rôle à chaque instant. Cassian, lui, est un corps en fuite, toujours sur ses gardes, prêt à disparaître. Et face à eux, les officiers de l'Empire paraissent figés dans leurs uniformes, raides, presque sans chair.J'ai trouvé là une manière très juste de montrer la politique par ce qu'elle fait aux corps plutôt que par les discours.
Le rythme m'a un peu dérouté au début. La série prend son temps, observe, prépare, et il m'est arrivé d'attendre que les choses s'accélèrent. Avec le recul, cette patience me semble essentielle. Le casse d'Aldhani est d'autant plus fort qu'on a vécu les jours qui le précèdent. Et puis l'on sait, dès le départ, où tout cela mène. Ce compte à rebours donne du poids à chaque scène. On regarde moins pour savoir ce qui va arriver que pour comprendre comment on y arrive.
Ce qui me reste surtout, c'est le regard que la série porte sur la Rébellion. Derrière les héros que l'on connaît, elle montre tous ceux dont on ne retiendra pas le nom. Des ouvriers, des espions, des prisonniers. Tous ont tout donné sans jamais voir le résultat.
Andor n'est pas une série facile. Elle n'offre pas l'évasion qu'on attend de Star Wars. Il n'y a ni Jedi ni sabre laser. Peu de grandes batailles mais beaucoup de silences. Elle ne renie pas pour autant la saga. Elle en garde l'univers. L'Empire, la Rébellion naissante mais les regarde à hauteur d'homme. Au fond, c'est une série qui prend son sujet au sérieux et fait confiance à son public. Elle ne surligne rien. Elle laisse les scènes respirer et nous laisse tirer nos propres conclusions. C'est peut-être pour cela qu'elle m'est restée en tête bien après le dernier épisode.