Personne n’y croyait vraiment. Faire une série entière autour de l’avocat comique de Breaking Bad semblait être un coup de marketing de plus. Et puis Better Call Saul a fait quelque chose d’inattendu — il a pris le temps, refusé la facilité, et livré l’une des œuvres les plus riches et les plus mélancoliques de l’histoire de la télévision.
Là où Breaking Bad est une descente aux enfers portée par une tension permanente, Better Call Saul est une tragédie grecque qui avance lentement, presque doucement. On sait dès le départ où Jimmy McGill va finir. Et pourtant, regarder cet homme intelligent, drôle, profondément humain, se saborder méthodiquement par orgueil et manque d’amour propre est d’une tristesse qui ne lâche pas.
Bob Odenkirk est phénoménal — il joue simultanément la comédie et le drame avec une précision chirurgicale, et sa transformation progressive est peut-être encore plus nuancée que celle de Walter White, parce qu’on comprend chaque étape sans pouvoir l’arrêter.
La réalisation atteint des sommets. Les épisodes muets, les séquences en noir et blanc, la façon dont la caméra prend son temps sont autant de preuves qu’on est face à des cinéastes au sommet de leur art.
Kim Wexler est l’une des meilleures créations de personnage des vingt dernières années. Rhea Seehorn joue cette femme tiraillée entre ses convictions et son amour avec une subtilité et une intensité qui laissent sans voix.
Better Call Saul n’est pas Breaking Bad — rien ne l’est. Mais il s’en est approché plus que n’importe quelle autre série. Et ça, c’est déjà immense.