Après Breaking Bad et El Camino, il était évident que j'allais m'attaquer à Better Call Saul. Cela fait plaisir de retrouver Saul Goodman, cet avocat aux méthodes peu scrupuleuses, mais incroyablement charismatique et drôle.
La série reprend la même philosophie que Breaking Bad : elle ne livre jamais toutes les réponses immédiatement. Les scénaristes nous donnent quelques pièces du puzzle, puis les assemblent progressivement au fil des saisons. C'est sans doute l'un des meilleurs spin-off jamais réalisés. La photographie est superbe, la mise en scène toujours aussi soignée.
Retrouver des personnages déjà connus de l'univers de Breaking Bad est un vrai plaisir, mais la série ne se contente pas de vivre sur la nostalgie. Elle apporte de véritables réponses à des questions laissées en suspens, comme les origines de l'état d'Hector Salamanca ou la manière dont Mike s'est retrouvé au service de Gus Fring. Elle enrichit également notre regard sur des personnages que l'on pensait déjà connaître.
La saison 4 est, selon moi, la moins réussie. J'ai parfois eu l'impression qu'une saison de moins aurait permis d'éviter certaines longueurs. Malgré cela, Better Call Saul finit par trouver sa propre identité et ne cherche jamais à copier Breaking Bad.
Le plus grand point fort de la série reste l'écriture de ses personnages. Personne n'est totalement bon ou mauvais. Tous sont nuancés, complexes et profondément humains. Jimmy McGill n'est jamais présenté comme un simple futur Saul Goodman. Il oscille constamment entre son envie de devenir quelqu'un de bien et sa facilité à retomber dans les combines. Cette ambiguïté le rend particulièrement fascinant.
Les nouveaux personnages apportent eux aussi une véritable plus-value. Kim Wexler est sans doute la plus belle réussite de la série. Intelligente, brillante et indépendante, elle ne se résume jamais au rôle de petite amie du héros. Au contraire, elle révèle peu à peu une personnalité capable, elle aussi, du meilleur comme du pire. Howard Hamlin, que l'on croit d'abord arrogant et antipathique, devient progressivement l'un des personnages les plus touchants. Nacho impressionne par son humanité et son courage. Chuck, malgré son caractère détestable, avait perçu avant tout le monde la part sombre de Jimmy. Enfin, Lalo Salamanca est une véritable révélation. Son mélange de charme, d'humour et de violence imprévisible en fait l'un des meilleurs antagonistes de cette série. Chacun joue un rôle essentiel dans le récit.
Je comprends également ceux qui reprochent à la série de consacrer beaucoup de temps au cartel. C'est parfois le cas, même si ces intrigues restent importantes pour maintenir la tension. Il m'est arrivé de trouver que Mike et Gus Fring volaient un peu la vedette à Jimmy et Kim. Le seul véritable défaut de ce préquel est qu'il laisse parfois deviner le destin de certains personnages. Ceux qui n'apparaissent pas dans Breaking Bad semblent condamnés d'avance, ce qui enlève parfois une partie de l'effet de surprise.
La conclusion est frustrante, mais elle est surtout nécessaire. Nous sommes tellement habitués aux happy ends qu'une fin comme celle-ci peut désarçonner. Pendant des années, Saul Goodman n'était qu'un masque derrière lequel Jimmy se cachait. Dans le dernier épisode, il choisit enfin d'abandonner ce personnage et d'assumer pleinement ses actes. Sa rédemption ne vient pas du fait qu'il efface ses erreurs, mais du fait qu'il cesse enfin de se mentir à lui-même. C'est une fin profondément mélancolique, mais parfaitement cohérente avec tout son parcours.
Better Call Saul prouve qu'une série n'a pas besoin d'enchaîner les scènes d'action pour captiver son public. Son écriture, sa mise en scène et ses personnages suffisent largement à maintenir l'attention. Je ne comprends toujours pas comment une série ayant reçu autant de nominations a pu repartir avec si peu de récompenses. Au vu de sa qualité, c'est aussi surprenant qu'injuste.