« Lion par-devant, serpent par-derrière, chèvre au milieu », ainsi Homère décrivait la chimère.
En 1984, un tueur en série utilise un procédé de réactions chimiques pour flamber ses victimes, abandonnant auprès d’elles le symbole d’une chimère gravé sur un briquet. Incriminé pour ces autodafés, un père de famille, chimiste et communiste, finira par se suicider.
Mais voilà, trente-cinq ans plus tard, La Chimère refait surface et de nouveaux meurtres sont perpétrés. Les enquêteurs découvrent alors que le coupable désigné en 1984, avait été forcé par des policiers corrompus à rédiger des aveux, avant de succomber sous la violence de leurs coups (un grand classique).
Une époque où les bavures, les abus de pouvoir et les injustices s’avéraient monnaie courante et, de surcroît, un sujet dramatique cher aux scénaristes coréens. La nation marquée par les tragédies d'une dictature crapuleuse, des décennies plus tard, les nouvelles générations portent encore les stigmates de leurs anciens.
Malgré certaines ficelles de rebondissements un peu faciles et convenues et quelques instants-pub sans intérêt, Chimera demeure une bonne surprise. Un thriller sombre et une intrigue minutieusement construite, avec quelques passages d’une belle sensibilité ; notre attention est maintenue, sans faillir, durant 16 épisodes.
Pour faire court, je vous épargnerai le développement des détails philosophiques liés à cette figure de la mythologie grecque ; comme l’illusion, l’impossible et le triomphe de la raison. Je ne m’attarderai pas non plus sur la psychologie des personnages ; comme les blessures d’abandon et d’injustice, la quête d’identité ou encore la vengeance dévorante guidée par de vieux démons. Bien que présentes dans le déroulement de l’histoire, ces analyses intellectuelles ne reflètent qu’en partie les rouages de la machination.
Côté acteurs, comme dans la série The Scarecrow, on applaudit la remarquable complicité de jeu entre Park Hae-soo (le détective) et Lee Hee-joon (le médecin), les deux font la paire.
Quant aux rôles féminins, on note la justesse d’interprétation de Soo-hyun (A Normal Family) et de Cha Joo-young (The Glory / Sister). Sans oublier la mère du détective, l’admirable Nam Gi-ae, qui nous offre un moment dramatique époustouflant dans les derniers épisodes.
Quoi qu’il en soit, si vous avez envie d’un bon polar coréen sans prétention, qui vous tient en haleine du début à la fin, alors celui-ci est assurément à inclure dans votre panier.