Des vivants
7.4
Des vivants

Série France 2 (2025)

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Avec Des vivants, Jean-Xavier de Lestrade s’aventure sur un territoire où la fiction française avance d’ordinaire à pas comptés : celui de la mémoire traumatique encore à vif. Le choix est clair, presque radical : ne pas raconter l’événement, mais ce qui lui survit. Le hors-champ devient alors le véritable cœur de la série — un hors-champ mental, intime, fait de silences, de gestes suspendus et de paroles impossibles.

La mise en scène privilégie une sobriété quasi clinique. Plans fixes, rythme étiré, refus du spectaculaire : Des vivants semble constamment craindre l’indécence, comme si chaque effet dramatique potentiel était immédiatement neutralisé par une retenue morale. Cette prudence est à la fois la plus grande qualité et la principale limite de la série. Elle confère à l’ensemble une dignité rare, mais elle installe aussi une distance émotionnelle qui empêche parfois l’identification pleine et entière.

Le regard de Lestrade reste profondément marqué par son passé documentaire. Les personnages sont traités comme des porteurs de vécu plutôt que comme des figures romanesques. Ils existent davantage par ce qu’ils ont traversé que par ce qu’ils désirent encore. Cette approche donne lieu à des moments d’une justesse bouleversante — notamment dans la représentation du corps traumatisé, de la culpabilité du survivant, ou de l’inadéquation entre souffrance intime et réponses sociales — mais elle fige parfois les trajectoires dans une forme de gravité permanente, presque programmatique.

Le casting, d’une précision remarquable, parvient pourtant à injecter de l’humanité là où l’écriture reste volontairement contenue. Chaque acteur semble jouer à l’économie, dans un registre mineur, refusant l’explosion émotionnelle au profit d’une tension sourde et continue. C’est une interprétation de la douleur qui ne cherche ni à séduire ni à soulager le spectateur.

Au fond, Des vivants pose une question inconfortable : comment représenter un traumatisme collectif sans le transformer en récit consommable ? La série choisit de ne pas trancher, avançant sur une ligne de crête entre nécessité de témoigner et peur de trop montrer. Elle ne bouleverse pas toujours, mais elle impose le respect. Et dans un paysage audiovisuel souvent prompt à instrumentaliser l’émotion, ce choix a quelque chose de profondément politique.

Une œuvre exigeante, parfois frustrante, mais essentielle — qui préfère le silence à l’effet, et la responsabilité à l’impact immédiat.

acalvi06
8
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le 5 janv. 2026

Critique lue 8 fois

acalvi06

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