(Vu entre le 02/09/26 et le 30/09/26)
Dix pour cent, malgré une dernière saison en deçà, à cause d'une volonté d'imprégner avec trop de sérieux un aspect social mal amené et d'un sentiment d'écriture trop rapide qui simplifie les personnages et leurs aspérités, est une série vraiment attrayante, pétillante et feel-good. Le milieu dont elle traite, celui d'un cabinet d'agents pour acteurs et actrices, est original et fascinant. L'œuvre contient beaucoup d'autodérision sur le monde du cinéma et des stars. Chaque star invitée dans les épisodes s'amuse de sa propre identité et de sa propre persona qui s'est imposée à travers ses rôles dans le septième art. Chacune amène également une problématique sur le monde dur et parfois cruel du cinéma : le vieillissement des comédiens, la peur de perdre sa place, les relations houleuses entre les comédiens, l'ego et la célébrité, le décalage entre la vie publique et la vie privée, la reconversion et le renouvellement professionnel, l'obsession et l'esquive d'un rôle, les rapports de pouvoir entre comédiens, réalisateur et producteur, le sexisme et les inégalités dans le cinéma, la fin de carrière, etc. Nous sommes donc forcément excités à chaque nouvel épisode puisque le concept de la série permet de nouvelles surprises à chaque fois et permet de s'amuser face à la façon dont les acteurs et les actrices malmènent leur propre image.
Jamais ennuyeux, Dix pour cent nous tient en haleine grâce à son style méta, mais sans trop en faire, ses dialogues piquants et mordants, son ironie dramatique, sa satire assumée sans jamais négliger l'aspect intime des personnages, la forme ubuesque, absurde et insolite des situations, l'efficacité d'une bonne sitcom à la The Office avec cette immersion cocasse dans l'univers d'un métier (on jongle entre les bureaux d'ASK, les rues de Paris, le monde fantasmé, mais séduisant du milieu artistique parisien et les plateaux de tournage) et en même temps l'élégance d'une série plus dramatique et feutrée. Évidemment, ce qui fait le sel principal de l'œuvre, ce sont les agents et leurs personnels. La série expose l'épuisement moral, la solitude et la pression monstrueuse que leur agenda impose. Il se fait donc ressentir un manque de temps pour soi, des priorités carriéristes qui prennent le pas sur la vie de famille et une impossibilité de pouvoir dire la vérité que cela soit dans le métier ou avec ses proches. Chaque agent magouille, détourne et ment pour se sortir de situations délicates avec les caprices de leurs comédiens vis-à-vis de leurs productions et par conséquent, vu que mentir pour eux est comme respirer, ils ne peuvent s'empêcher de mentir dans le quotidien. Andréa, avec son côté borderline et son caractère bien trempé, n'arrive pas à naviguer entre son travail et sa présence avec sa femme et son enfant ; Matthias, présenté comme un requin, ayant longtemps renié Camille au profit du boulot et de sa vie parisienne ; Gabriel, dont la tendresse et la trop grande gentillesse ne lui permettent pas de s'affranchir et d'être celui qu'il voudrait être ; et Arlette, l'agente expérimentée avec son petit chien, celle qui s'est sacrifiée toute sa longue vie pour ses comédiens et qui ne parle pas beaucoup, mais dont chaque phrase fait mouche.
Les assistants sont autant intéressants : Camille (malgré le jeu bancal de l'actrice), l'innocente qui découvre la jungle implacable du monde des agents, Hervé, l'hypersensible et sa quête absolue de vouloir être agent avant de découvrir qu'il est fait pour être acteur et Noémie, l'assistante farfelue et fantaisiste de Matthias, complètement gaga de ce dernier avant de devenir une compagne fusionnelle pour lui et celle qui va le changer et l'aider dans sa rédemption. Nous pouvons noter la présence de Sofia, la standardiste qui rêve d'une carrière d'actrice et qui noue une relation à la fois belle et compliquée avec Gabriel ou encore Isham, le cliché du startupeur businessman rachetant l'agence pour la sauver, mais qui ne comprend rien au monde de l'art. Leur présence est assez tronquée vers la fin de la série, ce qui peut être dommage. Même s'il manque un peu de profondeur entre les assistants et leurs agents (excepté Noémie et Matthias), ils ont tous des cheminements intérieurs qui les font évoluer avec beaucoup d'humour mais aussi d'attachement. Au final, à force de mentir sans fard dans leur métier (ce qui en soi est le cœur même du métier de comédien) pour se démener avec leurs problématiques, progressivement, ils apprennent tous à dire la vérité, que cela soit avec leurs comédiens, leurs collègues, leurs proches et surtout eux-mêmes.