Je m’attendais à une rom-com mignonne et basique mais Mon rêve pour toi m’a finalement surprise en allant chercher quelque chose de plus adulte et de plus mélancolique. Certes, ce n’est pas une totale réussite car la scénariste (ou la prod ?) a cru bon d’ajouter des éléments afin de cocher le plus grand nombre de clichés convenus.
C’est dommage car derrière les rêves de jeunesse, les premiers amours et les secondes chances, la série pose à mon sens une question beaucoup plus intéressante : que faisons-nous de ce que nous désirons lorsque notre désir rencontre celui de quelqu’un d’autre ?
On peut vouloir réaliser un rêve sans mesurer ce que ce choix va provoquer chez ceux qui nous entourent. On peut aussi croire aimer quelqu’un en voulant le protéger, jusqu’à oublier que protéger n’est pas décider à sa place.
C’est probablement ce que j’ai préféré dans la relation entre Woo Su-bin et Joo Yi-jae. Dix ans après leur séparation, ils se retrouvent autour d’un scénario commencé dans leur jeunesse et qu’ils vont enfin écrire à quatre mains. En travaillant ensemble, ils ne reconstruisent pas seulement un film : ils sont obligés de regarder autrement ce qu’ils étaient à 19 ans, leurs décisions et les conséquences qu’elles ont eues sur l’autre.
Su-bin découvre notamment que certains de ses choix ont laissé des traces beaucoup plus profondes qu’il ne l’imaginait. Sa culpabilité l’amène alors à vouloir protéger Yi-jae, quitte à recommencer, avec les meilleures intentions du monde, une erreur qu’il avait déjà commise autrefois : décider pour elle. La scène des baskets en est l’exemple. C’est une scène toute simple et pourtant probablement l’une de celles qui m’ont le plus touchée.
« Je serai là si tu as besoin de moi » n’est pas la même chose que « je sais ce qui est bon pour toi et je vais agir à ta place ».
Les deux autres couples permettent d’explorer autrement cette rencontre entre nos propres désirs et ceux des autres.
Ha-na est une actrice qui rêve d’une vie banale, loin de tout projecteur. Yoo-geon, lui, se bat pour devenir acteur. L’un rêve donc précisément de ce dont l’autre voudrait s’échapper. J’ai également beaucoup aimé les clins d’œil au cinéma hongkongais.
Enfin, le producteur In-uk et la scénariste apportent une tonalité plus adulte mais également plutôt rafraîchissante. Après leur coup d’un soir, le désir de l’un n’engage pas automatiquement celui de l’autre. Leur relation, anecdotique au départ, devient finalement une troisième romance qui apporte encore un autre regard.
Quant aux femmes, elles ne sont ni écervelées ni réduites à attendre qu’un homme décide de leur avenir. Chacune, à sa façon, revendique le droit de déterminer ce qu’elle veut faire de sa vie.
Le casting participe beaucoup au charme de cette série. J’ai trouvé Hyeri très sincère et émouvante. Elle possède une présence « terrienne » qui contraste avec les silhouettes habituelles et donne beaucoup de crédibilité à Yi-jae.
Mais ma vraie surprise reste Hwang In-yeop. Je l’aime beaucoup physiquement puisqu’il appartient à ma liste des acteurs qui me font chavirer. C’est ainsi. Mais je n’hésite pas pour autant à fustiger une interprétation fragile, comme j’ai pu le faire avec Jung Hae-in, voire à abandonner si je juge le jeu et/ou la série trop mauvais.
Je savais déjà que Hwang In-yeop pouvait apporter beaucoup à un personnage. Mais Woo Su-bin lui permet de montrer une palette que ses rôles précédents n’avaient jamais vraiment réunie : sensuel, taquin, drôle mais surtout beaucoup plus mature.
Il peut encore aller plus loin et j’aimerais maintenant le voir sortir de la romance et surtout de cette image de « belle gueule » que les dramas continuent parfois à lui imposer.
En revanche, la photographie m’a piqué les yeux un bon nombre de fois. Les filtres rosés, la lumière douceâtre, les visages trop lissés et le maquillage parfois excessif correspondent davantage à une rom-com sucrée qu’aux personnages adultes et aux thèmes que la série développe. Par moments, je me suis demandé si le photographe n’avait pas un peu trop joué avec les filtres, comme un assistant qui utilise toutes les options de PowerPoint.
C’est d’autant plus dommage que la réalisation utilise beaucoup les regards et les gros plans.
Mais le principal défaut tient dans l’écriture. On dirait que la scénariste ne fait pas toujours suffisamment confiance à la subtilité de son propre sujet. Elle possède des conflits adultes, ambigus et très intéressants, mais croit devoir leur ajouter deux ou trois couches de pathos et des intrigues secondaires. Le père de Su-bin, la violence conjugale, la mère de Ha-na… Le tout sera résolu avec une facilité déconcertante. Et pour apporter quoi à l’histoire, sinon le poids de pages inutiles ?
Alors que les scènes les plus fortes sont justement les plus simples : un homme qui regarde une femme en comprenant enfin quelque chose qu’elle ne lui avait jamais dit.
À partir de l'épisode 8, la série commence malheureusement à perdre cette finesse, même si les prémices étaient déjà là. Les événements s’accélèrent, des décisions semblent davantage répondre aux besoins du scénario qu’à ceux des personnages et les résolutions deviennent beaucoup trop faciles et prévisibles.
Je n’ai rien contre une fin heureuse. Mais il n’est pas nécessaire de saupoudrer autant de sucre sur sa conclusion.
C’est finalement une série plus adulte et plus amère dans ce qu’elle raconte que dans la manière dont elle choisit de se présenter : rose bonbon à l’image et sucre glace sur la fin.
Avec davantage d’humilité et de réalisme dans sa réalisation, une photographie débarrassée de ses artifices et un récit plus resserré, elle aurait sans doute gagné ce point supplémentaire.
Techniquement j'aurais mis 6 mais elle me laisse malgré tout quelques très beaux moments, trois couples que j’ai pris plaisir à suivre et surtout la confirmation que Hwang In-yeop mérite désormais qu’on lui propose des personnages qui cessent de compter simplement sur son joli visage.