J’ai regardé la première saison d’Empathie, la série québécoise portée par Florence Longpré et Thomas Ngijol. Dès les premiers épisodes, j’ai été séduite par l’ambition du projet : un hôpital psychiatrique comme décor, une héroïne atypique, et une volonté claire de traiter des enjeux sociaux et culturels. Mais à mesure que la saison avance, l’enthousiasme se tempère.
Les réussites : réalisme et féminisme
La série a le mérite de rompre avec certains clichés. Les personnages féminins ne correspondent pas aux standards de beauté habituels, ils sont d’âges variés, et leurs vêtements collent de manière crédible à leur statut social. Cela renforce l’impression de réalisme, de même que le décor institutionnel bien rendu.
On apprécie aussi le ton féministe de la série : Suzanne est directe, sans filtre, émotionnellement intelligente, et elle bouscule des comportements masculins souvent misogynes. On sent que l’écriture lui donne une vraie autorité et une voix singulière.
Les limites : surcharge et héroïne « sauveuse »
Le problème, c’est que la série veut trop en dire. Elle aborde la pauvreté, les traumatismes, la diversité, l’anti-psychiatrie, le féminisme, l’adoption… mais au lieu de les développer en profondeur, elle accumule les thèmes. On finit par avoir le sentiment d’une démonstration, plus que d’un récit organique.
Cette tendance se retrouve dans la construction de Suzanne. Son personnage concentre tant de drames personnels — bébé abandonné, alcoolisme, deuil de sa femme et de son enfant — qu’elle en devient presque une figure « sauveuse » attendue par tout l’hôpital. On comprend que sa douleur est censée nourrir son empathie, mais ce côté messianique affaiblit la crédibilité du personnage et fait parfois perdre en nuance.
Conclusion
Empathie est une série ambitieuse et sincère, qui ose aborder de grands thèmes et propose une héroïne forte, ancrée dans un environnement réaliste. Mais cette ambition est aussi son défaut : trop de thèmes, une héroïne parfois trop chargée de symboles, et une représentation culturelle un peu lissée.
Cela n’enlève rien à la valeur du projet, qui ouvre des pistes importantes et mérite d’être vu. Mais il reste le sentiment que la série aurait gagné à dire moins, mais mieux.