Autant le dire tout de suite : la série est remarquable par sa réalisation,

la force de ses personnages et sa construction narrative. Zendaya est

troublante en jeune usagère de drogue bien partie pour le rester. Sa vision

sombre et dépressive du monde rappelle l'héroïne de Clean d'Assayas

(2004) — on retrouve la même absence de regard moralisateur.

Pourtant, je me suis arrêté assez vite, et ma gêne tient à deux ordres de

raisons, que je veux distinguer.

La première est formelle. Là où Clean s'en tenait à une forme sèche,

presque documentaire, Euphoria enveloppe l'addiction d'une esthétique de

clip saturé : ralentis, néons, maquillages glitter, bande-son léchée. Le

reproche lui a été fait, et il me paraît fondé : on ne filme pas impunément

la défonce comme une campagne de parfum. La forme dit l'inverse du fond,

ou plutôt elle le double d'un message contradictoire — ces vies abîmées

deviennent photogéniques, presque désirables. C'est là, je crois, que la

série se trahit.

La seconde est plus personnelle et je l'assume comme telle. À cinquante

ans passés, je ne me sens pas légitime à me divertir d'une série qui expose

l'intimité adolescente dans ce qu'elle a de plus trouble. Les scènes de

sexe, très appuyées, ne relèvent pas pour moi d'un intérêt documentaire :

elles assignent ces jeunes à un triste rôle — pour nous spectateurs. La

question du destinataire reste d'ailleurs ouverte : interdite aux moins de

16 ans, diffusée sur une chaîne à péage, la série ne touche qu'obliquement

les adolescents qu'elle met en scène. Que venons-nous chercher, nous,

adultes, dans leurs chambres à coucher ?

Le reproche n'est pas neuf : on l'avait adressé à Skins (2007-2013) en

son temps. Il n'est pas facile, il est vrai, de définir ce que serait une

fiction adolescente juste — ni lénifiante, ni éducative, ni racoleuse, ni

sinistre. J'avais trouvé cet équilibre dans Veronica Mars (2004-2007),

qui ne méconnaissait ni les contradictions ni les dangers de cet âge, mais

les confiait à une héroïne capable de les traverser. Peut-être est-ce cela

que je cherche au fond : non pas une morale, mais une forme de résilience

face aux errances adolescentes…

Francois-Hamon
5
Écrit par

Créée

le 22 avr. 2026

Critique lue 27 fois

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