Fargo est une bonne série et une brillante adaptation. En plus de revendiquer un fier succès critique (9.1 Imbd ; 8.3 RT ; 7.6 Allociné ; 8.1 SC), elle peut également se vanter d’avoir accompli un exercice périlleux ; je m’explique.

Comme beaucoup, j’ai apprécié le long-métrage des frères Coen. Un film atypique, original, soigné, qui malgré quelques faiblesses rythmiques a su affirmer une identité propre et imposer ce que j’appellerais « un style ». Même si on considère que les parents de l’ainé ont participé au projet en tant que producteurs délégués, l’adaptation reste une épreuve complexe, qui plus est quand il s’agit d’un Coen. Sur ce point, le feuilleton (car c’en est un) de Noah Hawley est tout simplement bluffant. Malgré la constance des archétypes et de la mise en scène, les personnages diffèrent et l’intrigue ne contient que de rares clins d’oeil destinés aux initiés. On retrouve tout de même un Minnesota inhospitalier et froid, des personnages perdus, traqués par un monde qui les dépasse et un humour noir, toujours sur fond blanc. Si Fargo est le cadet véritable de Fargo, c’est surtout parce qu’il a réussi à identifier et conserver ce qui fait l’essence du film : une ambiance et un propos, un tout qui ne se résume finalement pas à grand-chose. Je me surprends aujourd’hui à confondre certaines scènes, certains plans, certains souvenirs et je ne peux m’empêcher de penser que, compte tenu de la beauté de la sépulture, tuer le père peut être un éloge et « Au suivant » une épitaphe.

Passé la question de l’adaptation, le feuilleton repose sur des valeurs sûres qui lui procurent non seulement une vraie richesse mais aussi une certaine autonomie. La musique, la colorimétrie et l’étalonnage (hérités du long métrage) mais aussi la qualité du scénario et la justesse rythmique de la narration servent une bonne histoire de gangsters, noire et prenante, drôle et dérangeante. Les acteurs sont dans l’ensemble très corrects, avec une mention spéciale pour Billy Bob Thornton, aussi impeccable que ses répliques, et Martin Freeman qui m’avait certes ennuyé en auto-stoppeur et désolé devant Smaug mais qui exploite ici remarquablement bien la transformation que son personnage subit au fil des épisodes. Ce couple d’antagonistes fonctionne tant à l’écran que sur le papier et produit finalement une certaine synergie dans la construction du chaos qui s’empare de ce petit coin perdu du Midwest.

Fargo est indéniablement un très bon feuilleton, une anthologie qui, comme True Detective, révèle le potentiel des séries télé au-delà de leurs histoires, de leurs personnages, de leurs péripéties. On a longtemps pensé que le principal atout du format serait de fidéliser un public à des personnages majeurs (House, Dexter, Heisenberg…) afin d’en tirer des demi douzaines de saisons ; on se rend compte aujourd’hui que, même lorsque ces derniers changent ou meurent (GG R.R.), le spectateur peut s’attacher à des mondes, des ambiances, des styles.

En cette période de crise de l’originalité dans laquelle les spin-off, les prequels et les sequels sont rois, on ne peut que se réjouir de voir que le recyclage ne produit pas que des déchets.
Oneiki
9
Écrit par

Créée

le 10 déc. 2014

Critique lue 1.2K fois

Fargo

Fargo

9

LongJaneSilver

le 18 juin 2014

Suivre

Did you know the human eye can see more shades of green than any other color?

Je pourrais transformer cette critique en compilation de citations de Lorne Malvo, je crois. Coup de coeur pour ce tueur cynique qui, avec sa philosophie de loup sauvage, va jouer le rôle du...

Fargo

Fargo

9

Strangelove

le 20 juin 2016

Suivre

On ne fait pas d'omelettes sans battre les oeufs en neige

Il y a des séries qui te font réfléchir. Pas parce qu'elles ont une quelconque portée philosophique ou autre piste de réflexion, mais parce qu'une fois que tu as terminé le visionnage, tu te...

Fargo

Fargo

8

Vivienn

le 22 juin 2014

Suivre

Animal Kingdom

Saison 1 À l'heure où la frontière qualitative entre le cinéma et la télévision est presque totalement effacée, les adaptations de films en format série fourmillent de plus en plus : rien que cette...

Une belle fin

Une belle fin

5

Oneiki

le 18 janv. 2015

Suivre

Still Death

Le problème quand un film raconte la vie d'un personnage solitaire, c'est que bien souvent, on s'ennuie. Certains pourtant arrivent, à force de mise en scène ou de personnages secondaires, à donner...

Ex Machina

Ex Machina

7

Oneiki

le 4 févr. 2015

Suivre

Turing Drips

Non, le dénouement ne sera pas l'éponyme du film. Au contraire, le scénario ne sera jamais surprenant, laissant court à une abondance de symboles éparpillés comme pour justifier ou légitimer la...

Whiplash

Whiplash

10

Oneiki

le 15 janv. 2015

Suivre

Stop! Visual Double Swing!

Si Whiplash m’a tant marqué, ma note en témoigne volontiers, ce n’est pas seulement grâce à cette histoire de combat, de travail, de persévérance, mais bien parce que c’est une prouesse filmique rare...