Dans la série des oeuvres opportunistes, je choisis Goblin Slayer, tout droit sorti de la grosse usine White Fox. Moins ambitieux narrativement, moins subtil moralement, moins travaillé psychologiquement si on le compare aux autres séries produite par le studio (Re:Zero, Akame ga Kill, Steins;Gate), cette série a tout d'un produit de commande pour lequel on a choisi de croire de manière opportuniste qu'une idée forte suffirait à masquer une exécution paresseuse dans l'ensemble.
En effet, Goblin Slayer, c'est l'histoire d'un type bresom en armure qui massacre des gobelins par vengeance et... C'est tout. Au fond, l'idée demeure prometteuse si on la prend comme point de départ. Le souci, c'est que la série ne prend pas le risque d'aller plus loin. Elle vous fait croire à une œuvre de dark fantasy impitoyable: violence crue, monde hostile, nihilisme latent... Pour finir par donner un anime fantasy très générique. L'écriture reste ainsi ultra-simpliste, tant du côté de l'intrigue que du côté des personnages. Elle ne se complique que pour les scènes de combat bien rythmées, où le côté stratégique peut accrocher les inconditionnels des RPG comme moi. J'ai vu que la série est surtout critiquée pour les scènes de viol qui sont globalement gratuites ou trop mal mises en scène pour qu'on ne soupçonne pas du fan service. Mais je pense que le problème de la violence dans cette série est plus profond, qu'il est lié au traitement de l'idée de base même.
On compare souvent la série à Berserk, et on sent bien qu'elle-même voulait surfer en partie sur le succès de celui-ci. Sauf qu'il ne suffit pas de prendre un personnage principal traumatisé et bad ass pour faire quelque chose qui approche le traitement de la violence dans Berserk. Dans Berserk, le mal est intérieur, diffus, et souvent humain; les monstres sont des humains qui ont sombré dans la violence au point de changer d'apparence. Guts est lui-même pris dans cette transformation, car chaque massacre qu'il commet le rapproche de ce qu'il combat. Dans Goblin Slayer, le mal est extérieur et identifié: ce sont les gobelins. Donc forcément, tout devient plus simple: tu les nettoies comme de la vermine et tu dors mieux ensuite. Le seul obstacle pour parvenir à tes fins, c'est qu'ils sont trop nombreux pour une seule personne. C'est la différence entre une approche qui prend la violence au sérieux et une approche qui la naturalise pour ne pas la prendre au sérieux. Ca se reflète dans le traitement très simpliste des gobelins: une race de créature qui vit de pillages et qui se reproduit en violant des humaines. Ce qui rend les scènes de viol insupportables, ce n'est pas tant la mise en scène que l'idée fausse et puante qu'elle charrie : il n'y a pas de différence entre un comportement sexuel reproducteur et un viol. Quant à leur mode de vie, à part leur apparence, il n'y a rien qui les distingue concrètement de pilleurs humains, en fait. Et c'est par-là que ce traitement de la violence contient un propos politique assez puant puisque qu'est-ce que ces "gobelins" finalement, sinon des criminels qu'on déshumanise pour mieux justifier leur massacre à grande échelle par une espèce de "justicier de l'ombre" qu'on porte aux nues ?
Je ne veux pas dire par-là que la série tient ce propos. Si on pouvait le résumer en resserrant la focale sur le seul personnage vraiment développé de la série, celui du Goblin Slayer, ce serait que le traumatisme enferme dans une spirale de violence d'autant plus profonde que personne n'est là pour s'en occuper. Il y a en creux une critique de l'indifférence sociale: personne ne s'occupe des "petits problèmes" jusqu'à ce qu'ils deviennent graves. Le mal n'est pas si grandiose, il est au contraire très banal, et il persiste. Seulement voilà, c'est pauvre, c'est très convenu, ça ne va pas très loin, et donc ça emprunte des schémas narratifs forts sans les interroger dans leur idéologie, juste pour compenser l'absence d'originalité.