"J'ai été interrogé par un employé du Recensement. J'ai dégusté son foie avec des fèves au beurre et un excellent chianti !". Beaucoup de personnes se souviennent de cette réplique glaçante de Monsieur Hopkins, alias Docteur Lecter, dans l'excellentissime "Le Silence des Agneaux".
Un film que j'ai mis du temps à comprendre, du temps à décrypter en profondeur (j'étais encore trop jeune à l'époque)... Et plus j'arrivais à saisir l'épaisseur psychologique de chaque personnage, plus je me retrouvais à avoir vraiment peur. Rares sont les films qui permettent de procurer un tel effet.
Un brin extravagant dans "Hannibal", un peu mis à l'écart dans "Dragon Rouge", totalement insipide dans "Les Origines du Mal" (Ulliel tu ne fais pas peur, c'est comme ça...), on ne pouvait que s'interroger quant à l'adaptation du célèbre psychiatre sur format série. Mais les premières images promotionnelles sont séduisantes, le nom de Mads Mikkelsen s'affiche... Et là, on a envie d'être au rendez-vous.
Et après avoir ingurgité cette première saison avec une faim incessante, je n'ai pas peur de dire que ce "Hannibal" version série et l'un des meilleurs mets audiovisuels qui m'est arrivé de consommer ! Moi qui pensait me retrouver sur le carreau après la fin de "Breaking Bad"...
A vrai dire, c'est un matériau difficile à décrire, mais facile à juger. C'est ce qui en fait sa force et sa singularité.
Dès la première scène de l'épisode pilote, on comprend que "Hannibal" a d'abord misé sur son esthétique. La réalisation est très soignée, faisant la part belle aux multiples hallucinations et aux pouvoirs télépathiques de l'un des personnages principaux. Will Graham, profiler du FBI, capable de reconstruire les scènes de crime en se mettant dans la peau du tueur. Ce qui le rend totalement instable et fragile. Le Docteur Lecter s'occupera de son cas. En attendant, chaque scène de reconstitution est sublimée par une mise en scène calibrée et inspirée, malgré le caractère cru et violent des images exposées.
Mais Hannibal, c'est aussi un récit immersif torturant notre propre esprit. Il est question de meurtres sordides et malsains, de manipulations, de non-dits, de sous-entendus, d'indices, de craintes, de peurs, de méfiance... Bref, autant d'éléments à l'origine d'un scénario complexe, aussi terrifiant que séduisant. Chaque détail compte. Détail qui peut être traité dans un épisode, abandonné dans le suivant, pour revenir dans celui d'après, avec une logique et une précision implacables.
On n'échappe malheureusement pas à quelques invraisemblances intensifiant le suspense, où à quelques meurtres un peu tirés par les cheveux (l'ange tueur, ou encore le totem de corps). Mais après tout, "Hannibal" côtoie parfois un univers fantastique fait de strates de rêves, ce qui peut justifier ces accentuations criminelles.
"Hannibal" est donc une série terriblement cinématographique, mais surtout une série intelligente et maîtrisée. Mads Mikkelsen campe un Hannibal captivant, à la fois sociable et lisse, mais également glacial et inquiétant. On devine son activité secondaire, sa folie compulsive, mais on ne la voit jamais, ou presque... Toutefois, on ne peut s'empêcher de se lécher les babines en découvrant les festins concoctés par le Docteur, tout en se demandant quelle partie du corps humain il vient de cuisiner et d'offrir à ses convives...
Le reste du casting n'est pas en reste... Toute la distribution assure un travail de qualité. On retiendra surtout le jeu démentiel de Hugh Dancy et la maîtrise totale de Laurence Fishburne, de plus en plus convainquant dans le rôle de l'inspecteur.
Cette série a du goût, un parfum particulier et un dressage des plus réussis. Alors prenez le temps de la déguster, c'est Chef Lecter qui est en cuisine !
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