"Hellsing" a une place chère dans mon coeur car il fut l'un des premiers anime que je découvrais il y a bien plus de 16 ans lors des "Nuits du manga" qui passaient tard le week-end sur Plug RTL. Je devais avoir 10 ans à tout casser et les dessins animés que je connaissais étaient tout public. Ainsi, je fus choqué qu'il en existait flanqués d'une interdiction aux -10 ans, -12 ans, -16 ans, etc... Pour Hellsing, c'est le -12 qui sera d'application. Et comme à cet âge, on est un peu aventurier. On trouve ça classe de regarder quelque chose qui n'est pas adapté à notre âge pour faire comme les adultes. Je ne pouvais contenir ma joie et ma curiosité, surtout qu'on me laissait dormir à l'heure que je voulais chez mon père (le seul endroit où je pouvais espérer voir ça).
Un générique de début horrifique avec une OST splendide. Tout démarrait bien. Je me rappelle que j'étais tombé comme un chien dans un jeu de quilles à l'épisode 9/13 et, par chance, ça secouait assez bien. Pas suffisamment pour me faire peur mais pour m'impressionner. Du sang dans un dessin animé, non je devais halluciner mais c'était bien réel, si j'excepte l'interlude Dragon Ball qui ne pouvait rivaliser en terme de noirceur et de généreuse hémoglobine balancée sur les murs. Avec le recul de mon oeil âgé de 28 ans, je me suis rendu compte que c'était bien moins sanglant que dans mes souvenirs mais si la perception d'un enfant est la même que celle d'un adulte, ça se saurait.
Hélas, j'ai supposé que cette fameuse Nuit du manga que je sois le seul dans mon entourage à avoir connu bida. Après tout, on était encore en pleine explosion de la japanimation au tout début des années 2000. Le manga commençait sa timide entrée dans les rayons et le public n'était pas encore assez drillé. Et puis, le dessin animé violent n'est pas trop dans notre culture, surtout quand il est diffusé passé 22h voire même 23h pour des cas problématiques comme Boogiepop Phantom, responsable de quelques nuits de cauchemars. Pour le coup, j'aurais bien voulu l'éviter celui-là et mon visionnage des années plus tard me faisait toujours ressentir cette ambiance désagréable, malsaine, glauque et autres qualificatifs.
Je n'ai suivi que 2 ou 3 séances de la Nuit du manga et je dus jeter mon dévolu pour voir les 13 épisodes sur l'époque Dailymotion après des recherches éprouvantes. Le torrent, je ne connaissais pas et pas sûr que le système était optimal vers 2006. En plus, acheter ça en magasin aurait été la garantie d'un potentiel refus de parents trouvant que ce n'était pas adapté pour mon petit coeur pur. Mais rien à faire, je gardais un profond attachement pour cette série que je voulus revoir à nouveau pour l'avaler en 2 jours. Il y avait toutefois un malaise. Je fais partie de ces rares spécimens qui ont aimé sur toute la durée l'anime de 2001 mais ont été agacés par la tournure du manga papier qui partait bien trop en couilles. Une sensation de shonen qui se voulait plus sombre pour prétendre au titre de seinen dans les derniers tomes, en particulier à partir du 8 dans lequel on finissait par ne plus rien comprendre. Pour le coup, je me dirigerai avec plaisir sur l'adaptation "Ultimate" qui pourra peut-être mieux retranscrire le bordel illisible. C'est même pour ça que j'ai arrêté au tome 9, alors qu'il n'en restait plus qu'un, depuis épuisé dans le commerce. Encore aujourd'hui, est-ce que ce fut une bonne ou mauvaise idée ? Seul Dieu me le dira dans l'au-delà pour autant qu'il accepte de pardonner le fait que j'ai vu cette oeuvre peu orthodoxe.
Bref, vous l'aurez compris à la date, l'anime n'a pas été créé après les 10 tomes. C'est ce qui explique pourquoi il y a pas mal de passages non repris dans le format papier, ainsi que le grand méchant Incognito que nous verrons dans les derniers épisodes. Le scénario, d'abord constitué de chapitres indépendants, est plaisant à suivre et assez culotté sur les bords, n'hésitant pas à batifoler à de rares reprises dans l'érotisme et à même approcher le snuff movie dans l'épisode 4. Oui, "Hellsing" mérite amplement son -12 ans mais ne nous étouffe pas sous une avalanche de corps réduits en chapitre balancés à tous les coins de l'écran comme c'était le cas dans le manga papier où le dérangeant s'effaça très vite pour le bourrinage (les 3 premiers tomes étant les meilleurs pour suivre une pente décroissante).
Ne réservant que peu de surprises, la trame garde en éveil notre curiosité parcourant une image sombre, un peu datée mais ayant ce cachet que nous ne retrouvons plus dans les productions actuelles. Clairement, la patte visuelle ne plaira pas à tout le monde. Ciel rouge, verres de lunettes brillants, omniprésence du noir dans l'image. Les moments "éclairés" sont peu fréquents mais aurait, en trop grande quantité, ruinés la séduisante atmosphère. C'est ça le truc avec "Hellsing", c'est une série attachante. Des personnages charismatiques (quoique un peu trop bavard pour Alucard qui se la joue souvent trop), une excellente bande-son, des situations sympathiques bien qu'un peu convenues. Certes, il n'y aura ni révolution et l'anime ne deviendra pas un référent dans son genre mais il est un chouette plaisir coupable que l'on reliera avec nostalgie aux moments borderline de notre enfance.