Petit aparté

Ça faisait une éternité que je devais m'y mettre, mais j'avais un vrai blocage avec Game of Thrones et tout son empire. Soyons honnêtes : l'hystérie collective autour de cet univers finissait par me saouler profondément. Je sais que c'est absurde de râler contre le succès populaire et la « hype » (j’aurais aimé que certaines séries aient ce niveau de popularité), car c'est ce qui apporte les gros budgets. Mais voir la Terre entière débarquer en masse sur des sites de streaming douteux le lundi matin pour hurler au chef-d'œuvre, ça me fatiguait (eh oui, parce qu'à l'époque les services de SVOD n’étaient pas encore au point, ou alors il fallait être connaisseur pour avoir de la qualité !). À la fin, j'ai maté la dernière saison par pure obligation sociale, fatigué que les gens connaissent le dénouement et pas moi. Bref, l'overdose était totale. (J'avais même un camarade de classe qui pendant la pause méridienne dans la salle de classe regardait ça sur son ordi tout claqué, avec des écouteurs tout claqué avec tout le boucan derrière...)

Pourtant, mon histoire avec Westeros avait démarré par un vrai coup de foudre. À la sortie de la toute première saison, le choc avait été tel que j'avais coupé ma télé en plein épisode pour courir à la Fnac acheter l'intégrale des bouquins, et je les avais tous dévorés ! Sans jouer au geek prétentieux qui « était là avant », j’avoue que voir mon bouquin de fantasy devenir un produit de pop culture jetable et agressif m’avait saoulé. Là où je trouve qu’un Seigneur des Anneaux, par exemple, avait (et a encore) beaucoup moins ce côté agressif dans sa promo et sa résonance. Voir que, du jour au lendemain, les dragons et la magie n'étaient plus un truc de geek ringard mais devenaient soudainement « trop cool » était le move pop culture le plus hypocrite et désespérant des années 2010.

Aujourd’hui, je pense (et je peux me tromper) qu’il ne reste sur ces séries dérivées que ceux qui apprécient réellement cet univers, et moins la foule qui prenait juste le train Game of Thrones en marche. En tout cas personnellement, je n’ai pas vu un énorme battage médiatique autour de cette série.

Mon venin de vieux grincheux qui veut être tout seul dans sa grotte étant maintenant évacué, on va pouvoir parler de House of the Dragon ! Oh, et dernière chose avant de commencer : bien que j’aie lu les livres de George R.R. Martin et que j’aie Feu et Sang dans ma bibliothèque (que je n’ai pas encore lu), je ne me prétends pas non plus grand spécialiste du lore.

La critique sera sans doute assez longue, car a posteriori, j’ai estimé que la série le méritait amplement et surtout qu’elle couvre les 3 saisons.


Les intrigues, l’univers, les personnages… La maîtrise est toujours là

J’ai été, dès le premier épisode, totalement pris par la série, je dois bien l’avouer. J’ai immédiatement retrouvé ce qui faisait le sel de Game of Thrones, à savoir tous ces jeux politiques et de pouvoir. Le leitmotiv n’a pas changé, mais il reste terriblement efficace. D’une certaine manière, j’avais l’impression d’être chez moi, dans un endroit familier. J’étais un peu comme Leonardo DiCaprio sur son canapé qui pointe l'écran du doigt à chaque élément faisant écho à mon passé sur GoT, que ce soit le concept et le visuel d’éléments comme la Main du Roi, Port-Réal, Peyredragon, ou encore les dragons.

On va faire un arrêt au stand très rapide pour parler vite fait de « lore » ou du moins préciser un peu de quoi parle la série. Dans House of the Dragon, on y suit la maison Targaryen à partir de 112 ap., soit 186 ans avant le début de GoT. Évidemment, on va retrouver quelques éléments auxquels on est habitués, mais il faut comprendre qu’on est bien avant la série centrale. D’ailleurs, la grosse différence avec la série originale est qu’elle se rapproche davantage de la fresque familiale que de la fresque mondiale. Je m’explique : Game of Thrones avait finalement pour personnage principal le continent de Westeros lui-même, où l'on suivait l’accession au Trône de Fer à travers des guerres lointaines et une multitude de factions. House of the Dragon, de son côté, propose un regard beaucoup plus resserré sur la dynastie Targaryen, notamment à travers le personnage de Rhaenyra et celui de Daemon.

Rhaenyra est littéralement mon coup de cœur de cette série (ma crush au même titre que pouvait l'être Galadriel dans Les Anneaux de Pouvoir). Le plus fou dans l’histoire, c’est que j’ai autant accroché au personnage quand il est incarné par Milly Alcock que par Emma D'Arcy, avec tout de même une préférence pour la première (elle avait ce côté plus « doux »). Ce changement d’actrice, d'ailleurs, parlons-en : je le trouve déstabilisant mais intelligent. Le saut dans le temps effectué en plein milieu de la saison 1 est une prise de risque très courageuse, d’un point de vue scénaristique comme logistique. Certains personnages subissent un simple recast et sont remplacés par d’autres acteurs, tandis que d’autres conservent leur rôle. C’était une mécanique qui avait parfois essuyé des critiques dans une série comme For All Mankind sur l’aspect disons « technique », mais ici, le piège ne se referme pas… Viserys en plus vieux, ça fonctionne tout à fait bien.

Daemon est aussi un personnage fascinant. Dès qu'il apparaissait à l’écran, il me procurait un sentiment de protection assez dingue : quand Daemon était dans une scène, j’étais persuadé que ça ne partirait pas en couille, que toute l'effervescence ambiante était sous contrôle. C’est aussi un personnage qui entretient une relation complexe avec sa femme/nièce (ouais, c’est les Targaryen, cherchez pas !), où les chamailleries permanentes n'empêchent pas un immense respect mutuel.

Tous les autres personnages ne sont pas en reste, et c’est l'une des plus grandes forces de la série : rendre ses figures politiques aussi fascinantes que tragiques. Viserys (incroyable Paddy Considine) m'a particulièrement pris aux tripes ; ce bon gars dépassé par la bonté se fait ronger et dévorer (littéralement) par le Trône de Fer au fil des ans, jusqu'à cette marche ultime mémorable vers son siège avec son masque d'or. Face à lui, Alicent (Olivia Cooke) évite le piège de la simple rivale aigrie : c'est la tragédie incarnée d'une femme qui a tout sacrifié pour le devoir et la piété, et dont la guerre froide avec Rhaenyra alimente tout le brasier. Quant à Aemond (Ewan Mitchell), avec son charisme froid, sa dégaine sombre et son cache-œil, il s'impose en monstre fascinant, le pur produit du harcèlement de son enfance qui a compensé ses fêlures en domptant quelque chose...de très grand.


Une série décomplexée, hors des clous mais toujours hors catégorie

Il n'y a pas à dire, House of the Dragon ne prend pas de pincettes sur ce qu’elle veut raconter. Exit tous les moyens scénaristiques et autres « hors-champ » pour présenter des événements : ici, tout est montré. Je trouve personnellement que cela est intéressant car ça permet d’être vraiment immergé dans un quotidien et une continuité. Les séries du GoT-verse sont peut-être les séries les moins pudiques de tout le médium : là où d’autres tentent de lisser les angles, eux les cornent. Inceste, démembrement, torture, nudité, sexualité : tous ces éléments qu’on pourrait qualifier de sauvages sont ici montrés sans aucune retenue. GoT est l'une des premières séries à grande échelle qui a commencé à exposer tout ça. D’aussi loin que je me souvienne, l'une des premières séries à aborder ces thèmes était Les Tudors, sauf qu’ici, des séries comme GoT et HOTD ne sont pas autant nichées. Elles ont un totem d’immunité car ce sont plus ou moins elles qui en ont inventé les codes.

Même les scènes d’accouchement (très nombreuses dans la série) sont présentées sans retenue, graphiquement et en termes d’acting. Mais le pire, c’est que ces scènes servent directement le déroulement de la trame scénaristique : la succession et l’héritage sont des thèmes majeurs, et tout part d’un accouchement, c’est la logique de la vie. C’est d’autant plus marquant quand il est possible de voir ces nouveaux-nés devenir plus tard des personnages clés de Westeros.

Je le disais aussi, HOTD est une série que je qualifierais de hors catégorie, c'est l’OVNI du médium, le GTA du monde des séries. Je suis toujours impressionné par le fait que cet univers serve de pépinière à toute une flopée d’acteurs. Sérieusement, pour GoT, on peut parler de Peter Dinklage, Emilia Clarke, Pedro Pascal, Gwendoline Christie, Kit Harington, Jason Momoa... Je suis sûr que HOTD suivra la même voie, et cela a déjà commencé avec Milly Alcock. Suivre la suite de carrière d'Emma D’Arcy, Olivia Cooke ou Phia Saban n’est clairement pas un mauvais investissement.


  • « Pour moi, House of the Dragon possède les meilleurs dragons de l’histoire de la pop culture. »

J’arrive maintenant à un moment où j’aimerais faire ma petite lettre d’amour. Je suis extrêmement sérieux : je n’ai pas le souvenir d’avoir vu des dragons aussi bien exécutés, que ce soit en termes d’animation, de caractérisation et de conception. Ils sont magnifiques, reconnaissables, uniques, et la comparaison avec beaucoup d’autres dragons de la pop culture est abyssale. Ils représentent une qualité énorme et constituent le porte-étendard du show. La série n’hésite pas à faire des scènes où ce sont eux qui drivent l’action. Je me souviendrai longtemps de cet épisode 7 de la saison 3 où quatre dragons se font face et commencent à se bastonner : c’est d’une puissance brute, et le spectateur devant sa télévision commence à se demander où il est et ce qu’il regarde… J’ai eu un énorme faible pour Caraxes (je suis amoureux), Feux-du-Soleil et Fumée des Mers. Parce que oui, on arrive à un point où ces bêtes sont aussi bien caractérisées que les humains. Elles arrivent même parfois à nous faire pleurer…

Meleys et Vermax, je vous aime.

Je repense aussi à l’épisode 7 de la saison 2, un épisode qui m’a beaucoup marqué. Ces keyframes de deux dragons se faisant face, tout cet arc autour du nouveau dragonnier de Fumée des Mers... Il y a ce côté Star Wars-esque et presque (oui, oui) très Pokémon, où la bête choisit son cavalier. Le message derrière est d’autant plus beau. Ce moment où les deux dragons se font face, bien que court, est l'une des plus belles séquences, toutes séries GoT confondues.


L’Hiver vient ?

Loin de moi l’idée de démonter tous les éloges que je viens de faire au show, mais j’aimerais tout de même apporter une légère antithèse. House of the Dragon est un grand show, aucun doute là-dessus. En revanche, impossible de fermer les yeux sur un détail : la série n’est-elle pas, par moments, un simple Game of Thrones bis ?

J'ai ressenti au fil des saisons une corrélation presque trop évidente avec la série mère. Le symbole parfait reste ce tout premier épisode : tu es excité comme jamais, tu lances le show, et paf, la musique mythique du générique de GoT retentit. Tu te demandes deux secondes si tu as cliqué au bon endroit ! Ce petit détail prouve bien que HOTD peine parfois à sortir de l’ombre de son aînée. Si quelqu’un ne connaissait pas du tout Westeros et me demandait par quoi commencer, je lui conseillerais sans hésiter Game of Thrones. La série rejoue parfois les mêmes schémas et recrée des dynamiques très similaires : Alicent emprunte pas mal de traits à Cersei, Aegon fait penser à un petit con tyrannique à la Joffrey... Rien de rédhibitoire en soi, mais c'est un penchant à surveiller. C'est d'ailleurs pour ça que je vais probablement enchaîner très vite avec A Knight of the Seven Kingdoms, qui promet de proposer quelque chose de radicalement différent dans sa tonalité.

House of the Dragon reste sans conteste une grande série, de celles qui réussissent à marquer leur époque. Le terme est peut-être fort, mais je trouve ce show totalement « hors catégorie » dans le paysage télévisuel mondial. J’ai beau réfléchir, je ne vois aucune autre série qui atteigne cette grandiloquence et qui dépeigne un univers avec des enjeux à une telle échelle (sur bien des aspects, Les Anneaux de Pouvoir ne lui arrive pas à la cheville).

Encore aujourd’hui, je ne sais pas comment le GoT-verse arrive à me tenir autant en alerte. Je ne comprends pas comment je peux, à chaque fois, rester captivé pendant une heure devant des épisodes composés majoritairement de longs dialogues, entrecoupés de quelques immenses moments de télévision. Je dois bien l’avouer : je n’avais pas été accro à un show à ce point depuis très longtemps. Je ne lançais pas les épisodes par habitude ou routine, mais par pur plaisir. J'étais toujours impatient de cliquer sur le suivant, porté par cette envie dévorante de voir l’intrigue et la géopolitique évoluer. C’est cette impression fascinante de voir une fresque vivante se déployer sous nos yeux, comme si l'on assistait à un véritable moment d'Histoire en train de s'écrire.

House of the Dragon propose quelque chose de rare, d'intense et d'exigeant. Une véritable masterclass visuelle et politique, qui prouve qu'au sommet des cieux comme au creux des couloirs du pouvoir, la danse est loin d'être terminée.



Jyjy-La-Sauce
9
Écrit par

Créée

le 31 août 2026

Critique lue 18 fois

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