7
1389 critiques
Haut les cœurs !
Une mini-série rock'n roll islandaise qui affiche la couleur dès l'affiche ou le 1er épisode, c'est selon. Une jeune retraitée à l'instinct guerrier dézingue allègrement les pénibles de tout poil,...
le 8 févr. 2026
-
L’avis sans spoil : À voir, indubitablement. Même si je reste perplexe…
-
À partir d’ici, ça dévoile sévère.
Mon mari (enthousiaste) : Mais elle est folle !
- Mère fouettarde -
Dès le début, la série est saignante. Un air de malaise social entre John Waters et Radu Jude s’installe. C’est déjanté et transgressif mais, très vite, un doute s’insinue, le sniper est-il devenu fou ? À tirer dans tous les sens, que vise-t-il vraiment ? Créer un espace amoral est une chose, développer une ambiguïté nihiliste en est une autre. J’ai retrouvé la mauvaise vibe d’œuvres comme Yellowstone. J’aurais dû me méfier du label punk donné à tout va ces temps-ci.
Qu’un Islandais écorne son peuple, c’est de salubrité publique. Qu’il se paye l’arrogance danoise, c’est légitime. Le problème, c’est le déséquilibre des forces. Ditte, machine de guerre redoutable jusque dans la folie, n’a que des Islandais idiots et apathiques comme terrain de combat. Contrairement à un OSS 117 dont le ridicule est constamment exposé par la dignité des locaux, Ditte gagne ici par forfait.
En vidant les Islandais de toute intégrité morale, Erlingsson transforme l'indépendance en un échec comique, où l'ordre ne semble pouvoir être restauré que par l'ancienne métropole. Ditte méritait de se faire remettre à sa place, au moins à la fin. Son dernier regard aux jeunes Islandaises reste d’ailleurs une énigme. Leur intime-t-elle de prendre leur destin en main ? Mais qui aurait envie d’une leçon de vie donnée par une demi-démente ?
Je ne vais pas me faire plus Islandais qu’eux, je sais peu de leur histoire sinon qu’ils ont été colonisés et brimés trop longtemps. Ils sont réputés pour leur humour et prennent peut-être tout ça avec autodérision. Moi, ça ne me suffit pas.
Sous prétexte d’être entre pays nordiques, entre Européens, devrait-on tout accepter ? Ça me chiffonne, ayant encore en tête le mépris de la France envers ses régions. Transposons la série, peut-on imaginer une Française en Algérie rééduquant ses voisins à coups de schlague ? Une Britannique débarquant en Inde, ou pire, à Dublin pour mater des Irlandais alcooliques et désorganisés en pensant qu'ils étaient mieux tenus sous la Couronne ?!
Sur le papier, ce pitch croustillant comme du gravier dans un dessert à la crème, fait très envie. On comprend l’engouement qui a suivi, des producteurs au public. Mais la mise en forme accouche d’un monstre.
- Syndrome de Stockholm -
Il y a plusieurs Ditte dans cette histoire.
La Ditte cathartique qui nous permet d’exercer nos fantasmes de vengeance quand elle s’en prend aux nuisances de voisinage manu militari. Cette Ditte a déjà au moins deux aspects : gauchiste concernant les femmes et l’écologie, droitarde concernant les addicts qu’il faudrait secouer bandefégnants. Les deux traités sur un mode plutôt fasciste. Comme si Erlingsson voulait appuyer sur le plus de boutons possibles histoire d’être sûr d’irriter tout le monde. C’est un peu gratuit, un aspect suffisait. Même un délire de dictature écolo-woke m’aurait plu, tout écolo que je suis. Mais la série ne tranche jamais. Accumuler les dilemmes moraux tous azimuts pour nous provoquer, en prétextant ne pas vouloir décider pour nous - j’imagine que c’est sa démarche - propose surtout une absence de hiérarchie des idées. On est dans le relativisme des valeurs, si valeurs il y a !
Il y a la Ditte en métaphore de l’interventionnisme danois et occidental. Elle ne se soucie pas des désirs réels des gens et se trouve étonnée quand son action n’est pas remerciée. C’est l’aspect de la série que je préfère. Tellement vrai...
Il y a au moins une troisième Ditte, la victime de cet interventionnisme côté troupes armées. C’est étrange qu’elle soit le symbole et la victime du Danemark à la fois. Il est tout à fait possible qu’une personne porte le système qu’elle rejette si elle en est trop imprégnée. Mais c’est rentrer dans un niveau de réflexion trop alambiqué pour une satire musclée !
Il y a enfin la Ditte sous la Ditte. L’actrice qui nous fait un numéro de haut vol dès le générique. Cette proximité étrange, où l’on serait malheureux de mal juger la série par respect pour la performance, génère un attachement contraint au personnage. Et je n’aime pas me faire forcer la main.
Dans ce jeu de poupées russes, je me suis senti perdu. J’ai ri ou réagi à la plupart des situations, sans trouver de sens à tout ça.
Ou je n’ai tout simplement pas l’humour islandais.
- Chaos debout -
À mon sens, Erlingsson a trop voulu embrasser. Ditte est improbable : psychopathe, victime de traumas, mère manquée ; le tout joué par une actrice dévorant la série dès le générique. On mélange tout : les névroses individuelles, les failles des systèmes étatiques, les tensions internationales et le talent d’une actrice-monstre.
Ponctuellement, ça fait mouche. Je pense, entre autres, au running gag du Danois qui n’est plus parlé, à la réunion diplomatique dans le bâtiment perdu, à la baston nue avec la police... Mais quand ça vire à la torture d'un ado ou à la manipulation d'un immigré stressé, je deviens dubitatif.
La satire de l’interventionnisme occidental dans les pays du sud, mise en porte-à-faux avec le reste, en ressort diminuée elle aussi.
Le retour à la normale empêche une critique sur les changements à opérer pour les Islandais. La métaphore du syndic, pourtant parfaite, s’enlise. Idem pour celle de la voisine folle qui, ne comprenant rien au pays, n’apprend rien, et n’enseigne rien non plus, nous laissant à la porte de cette histoire.
J’ai fini sur une impression molle. Que manquait-il ? Une paire d’Islandais de valeur ? Plus de nuance ? Ou plus de rentre-dedans ? Un sidekick Danois ? Moins de psychologie ? Une conclusion plus claire ? En l'état, y’a malaise. Je n’ai pas été chahuté par la satire, mais par les partis pris d'une série qui ne sait pas ce qu’elle veut dénoncer.
6.25/10 (10 pour la performance d’actrice, 7 pour l’humour et 2 pour la signification)
Vu 1 fois.
_
Créée
le 20 avr. 2026
Critique lue 46 fois
7
1389 critiques
Une mini-série rock'n roll islandaise qui affiche la couleur dès l'affiche ou le 1er épisode, c'est selon. Une jeune retraitée à l'instinct guerrier dézingue allègrement les pénibles de tout poil,...
le 8 févr. 2026
8
223 critiques
Une série au nom intriguant, au générique étonnant et au positionnement singulier. « La voisine danoise » commence comme une comédie loufoque pétrie d’humour noir, presque absurde dans son décalage,...
le 20 févr. 2026
8
16 critiques
Une série qui nous vient du nord, avec comme personnage principal une quinquagénaire danoise dingue de jardinage, débarquée dans une petite résidence islandaise, qui commence par occire le gentil...
le 12 févr. 2026
6
81 critiques
- L’avis sans spoil : Un classique… à voir ? La suite aura du spoil sans balise, vous êtes prévenu-e-s. - - Trop fort ce Ford - Au plus je vois de films de John Ford, au plus je les sépare en deux...
le 23 août 2025
10
81 critiques
[Critique plus à froid]Ce disque m’a pris aux sentiments tout de suite. Difficile de comprendre ce que j’écoutais par moments mais envie d’y revenir quand même. Y a-t-il une ligne mélodique ? Un...
le 12 sept. 2025
6
81 critiques
- À réserver aux fans de la période ou des acteurs. - Aucune objectivité chez nous avec ce type de film où l’aspect documentaire fait 50 % de l’expérience. Ça rajoute vite un point ou deux à l’œuvre...
le 24 oct. 2025
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème