Franchement, c'est bien. Est-ce que HBO est destiné à ne faire que des bonnes séries ? Sans doute. Apparemment, la série est un projet de longue date, quelque chose de prévu avant l'arrivée de James Gunn et Peter Safran chez DC. Et la stratégie de ces deux-là à la tête du studio reste assez floue. OK, on a commencé par Superman. Mais en même temps, on garde Blue Beetle. On fait une série sur Peacemaker, introduit dans l'ancien univers DC, mais qui se retrouve finalement dans le nouveau. On a eu Supergirl. Prochainement, une série sur Jimmy Olsen et un film sur un méchant obscur de Batman. Et maintenant, une série sur un Green Lantern vieillissant, sur le point de se faire remplacer par John Stewart... alors qu'on avait déjà un Green Lantern dans Superman. Difficile de trouver une véritable logique à l'univers de James Gunn.
Quoi qu'il en soit, mon simple plaisir adolescent pour les super-héros est toujours bien présent et, franchement, cette série est cool. J'étais surtout curieux parce que, dans ma tête, Green Lantern est un héros cosmique avec des enjeux intergalactiques. C'est un personnage appelé par un ordre immense, chargé de surveiller un secteur comprenant plusieurs galaxies. Il y a donc de quoi raconter des histoires vertigineuses. Sauf que cette série décide de faire tout l'inverse : une enquête façon True Detective dans un bled paumé des États-Unis. Le projet est tellement improbable qu'il en devient immédiatement intriguant.
Et en vrai, ça marche. C'est bien foutu. L'influence de James Gunn se fait ressentir. Issu du monde du nanar, il est coutumier des histoires étranges situées au fin fond des États-Unis, au milieu des ploucs et des petites communautés paumées. Le résultat est assez louable parce qu'il permet de déplacer les histoires de super-héros ailleurs que dans New York ou dans n'importe quel ersatz de ville fictive de DC Comics. Gunn a un véritable attrait pour ces petits bleds et propose finalement une représentation de l'Amérique profonde assez rafraîchissante dans une production grand public, avec une certaine tendresse. Il ne situe pas ses histoires dans ces endroits uniquement pour rendre hommage à la Trauma ou parce que c'est drôle. Il y a une vraie affection pour ces espaces et pour les gens qui y vivent.
La série peut aussi se permettre une certaine violence, qu'elle soit verbale ou physique. À un moment donné, on suit des adultes qui font des choses difficiles. Donc oui, il y a des « fuck », des os brisés, des morts et du sang. Les super-héros sont violents par essence. Ils ont des forces décuplées, des capacités surhumaines. Évidemment que cela provoque des dommages. Quand il est question d'action, la violence se mesure aussi à ce que les corps peuvent encaisser. Tout le monde s'est foutu de Captain America 4 parce qu'un humain se retrouvait à tabasser le Hulk Rouge. Ça n'avait aucune logique. Alors c'est plutôt louable de voir un projet assumer les capacités de ses personnages et les conséquences physiques qui vont avec.
La narration est également bonne. J'ai envie de suivre ce mystère qui se détricote lentement. On sent qu'il y a quelque chose de pas net dans cette histoire et la série sait suffisamment bien distiller ses informations pour donner envie de comprendre où tout cela va nous mener.
Les personnages sont eux aussi intrigants. Le parcours de John Stewart, forgé depuis son plus jeune âge pour devenir le futur Green Lantern, est particulièrement saisissant. La série assume par ailleurs certains pans du réel, notamment le racisme, dans la caractérisation de ses personnages. Je trouve ça fascinant de voir la famille Stewart, une famille noire, confrontée aux difficultés liées à sa couleur de peau. C'est un développement directement ancré dans le réel qui permet de rapprocher ces personnages du spectateur. John Stewart est particulièrement savoureux par son sang-froid et son éducation stricte. J'ai aussi trouvé intéressant d'en faire un artiste ayant suivi des cours de dessin. C'est évidemment un véritable avantage lorsqu'il s'agit d'utiliser l'anneau.
Du côté de Hal Jordan, le personnage est tout aussi fascinant avec son côté sale con arrogant qui, au final, a presque toujours raison. C'est quasiment un antihéros. Et c'est plutôt plaisant de constater qu'il n'est pas simplement un boy-scout guidé par une morale irréprochable. Avec un tel pouvoir, évidemment que tu peux te permettre de fabriquer de la fausse monnaie pour un jukebox ou de transformer ton anneau en simple décapsuleur. Ces petits détails rendent finalement le personnage beaucoup plus humain.