Après quatre épisodes, Lanterns est en train de devenir un vrai coup de cœur.
J'avais apprécié le premier épisode sans prendre non plus une claque absolue.
J'aimais déjà son parti pris très terre à terre, son ambiance, son rythme posé et cette espèce de True Detective sous lumière verte (comparaison que je suis obligé d'utiliser alors que je n'ai même pas vu True Detective 😅🤣 tellement elle a été rabâchée jusqu'à la nausée). Difficile néanmoins d'y échapper puisque DC Studios présentait déjà le projet de cette manière et que Chris Mundy, showrunner de Lanterns, a lui même travaillé sur True Detective: Night Country.
Mais c'est vraiment avec le deuxième épisode que la série m'a embarqué. Depuis, je n'arrive plus à décrocher.
J'aime énormément le contraste entre l'immensité potentielle de l'univers Green Lantern et une histoire qui reste pour l'instant très humaine, presque intime. Hal Jordan et John Stewart sont très loin des superhéros parfaitement accomplis. Ce sont deux hommes solitaires, cabossés, pas vraiment heureux, avec leurs failles, leurs frustrations et surtout deux manières très différentes d'affronter la peur.
Et plus la série avance, plus leur relation devient intéressante.
L'épisode 3 est visiblement celui qui cristallise le plus de critiques, notamment autour du fameux « wokisme ». Pourtant, je ne l'ai absolument pas compris comme un tract politique.
Ce que je trouve beaucoup plus intéressant, c'est ce qu'il raconte des Guardians. Ils appliquent aux humains des critères qu'ils pensent universels alors qu'ils comprennent très mal notre psychologie, la famille, les rapports sociaux, les discriminations et même la manière dont la peur peut naître de l'histoire personnelle ou de l'environnement de chacun.
Le père de John est confronté à leur sélection sans que les Guardians semblent réellement comprendre ce qui nourrit sa peur. Ses parents vont ensuite transformer cet échec en obsession et préparer leur fils à devenir quelqu'un qui ne devra jamais avoir peur. Sauf que cette éducation est clairement excessive et malsaine, et surtout elle n'est absolument pas glorifiée par la série. John adulte est incroyablement solide et compétent, mais il porte également les conséquences de ce conditionnement absurde.
Les auteurs ont d'ailleurs évoqué Richard Williams, Earl Woods ou encore la famille Jackson pour cette idée de parents préparant leurs enfants très tôt à atteindre l'excellence. Cela ne signifie évidemment pas que ce genre de pression serait réservé aux familles noires. N'importe qui peut connaître une enfance difficile, la pauvreté, la violence ou des parents obsessionnels.
Mais l'inverse est tout aussi vrai. L'existence d'un président noir, d'acteurs oscarisés ou de sportifs et artistes noirs devenus immensément célèbres ne signifie pas que toute discrimination a disparu. Reconnaître que certaines personnes peuvent rencontrer davantage certains obstacles ne veut pas davantage dire que tous les autres auraient une vie facile. La réalité est simplement beaucoup plus complexe que ça.
Et c'est justement là que le mot « woke » finit souvent par ne plus vouloir dire grand chose.
Si par « woke » on entend simplement une œuvre qui parle explicitement de racisme, de discriminations et d'inégalités sociales, alors oui, cet épisode entre dans cette définition.
Si on entend une œuvre qui réduit ses personnages à une leçon idéologique simpliste, présente les minorités comme moralement irréprochables et cherche à dicter au spectateur ce qu'il doit penser, je ne retrouve pas vraiment ça ici.
Les parents de John prennent des décisions profondément discutables, John lui même est loin d'être parfait et Hal n'est pas davantage présenté comme un homme heureux, équilibré et parfaitement adapté à la société.
C'est même ce qui me paraît être l'une des pistes les plus intéressantes de la série. Et si le problème venait aussi du système des Guardians ? Peut on vraiment mesurer la capacité d'un humain à dépasser sa peur sans comprendre ce que chacun a vécu (que ça soit hal ou? Et surtout, peut on appliquer les mêmes critères à des milliards d'individus issus de cultures, de familles et de situations radicalement différentes ?
On peut parfaitement trouver certains dialogues de l'épisode 3 trop démonstratifs. C'est une critique d'écriture que je peux comprendre. Mais réduire immédiatement tout cela à de la « propagande woke » me paraît passer à côté d'un thème de science fiction beaucoup plus passionnant : que se passe t il lorsqu'une civilisation extraterrestre extrêmement avancée applique des critères qu'elle pense universels à des êtres dont elle comprend finalement très mal les différences, l'histoire et tout ce qui façonne chacun d'eux ?
Et c'est exactement ce que j'aime dans Lanterns après quatre épisodes. Derrière son enquête et son apparence de polar très terrestre, la série commence à utiliser tout ce que l'univers Green Lantern permet pour parler de peur, de conditionnement, de différences humaines et du regard complètement extérieur que les Guardians portent sur nous.
Le premier épisode m'avait intéressé.
Le deuxième m'a vraiment accroché.
Les troisième et quatrième m'ont complètement embarqué.
Maintenant, je n'ai plus vraiment envie de décrocher.