En 2012, ABC lançait une série aussi ambitieuse que risquée : Last Resort, un thriller politico-militaire qui osait poser une question dérangeante — que se passe-t-il lorsqu’un sous-marin nucléaire américain refuse d’obéir à un ordre de tir jugé illégitime ? Si la série n’a pas eu la longévité qu’elle méritait, elle a su marquer les esprits par la force de son concept et la tension dramatique de ses débuts. Avec une note personnelle de 7.5/10, je vous propose de revenir sur ce projet audacieux et imparfait.
Le pilote de Last Resort est sans doute l’un des plus percutants de la télévision américaine de cette décennie. Le USS Colorado, sous-marin nucléaire en patrouille, reçoit l’ordre de lancer une frappe contre le Pakistan. Le commandant Marcus Chaplin, refusant d’exécuter un ordre transmis par un canal non conventionnel, devient instantanément un ennemi de la nation. En se réfugiant sur une île du Pacifique Sud, son équipage devient le centre d’un conflit à la fois politique, militaire et moral.
Ce point de départ pose des enjeux énormes et passionnants, servis par une mise en scène tendue et un jeu d’acteurs convaincant. Andre Braugher, dans le rôle de Chaplin, incarne un leader à la fois déterminé, humain et tragique. Dès les premières minutes, la série accroche le spectateur avec un mélange de suspense et de réflexion sur la loyauté, l’obéissance et la responsabilité individuelle.
Cependant, cette intensité initiale n’est pas toujours maintenue. En voulant aborder simultanément des intrigues politiques à Washington, les tensions internes à bord du sous-marin, les relations avec les habitants de l’île et les conflits personnels des protagonistes, Last Resort se disperse. Le rythme devient inégal, et certains arcs secondaires manquent de profondeur ou de clarté. La série souffre aussi de son format contraint : annulée au bout de 13 épisodes, elle n’a pas eu le temps de développer pleinement ses promesses narratives.
Malgré cela, certains épisodes réussissent à retrouver la tension du début. La série brille particulièrement lorsqu’elle se concentre sur ses personnages principaux et sur les dilemmes moraux qu’ils traversent. Le second commandant, Sam Kendal (Scott Speedman), offre un contrepoint plus émotionnel au charisme froid de Chaplin. On regrettera que d’autres personnages, bien qu’intéressants, soient restés trop en surface.
Ce qui distingue vraiment Last Resort, c’est son propos sous-jacent : une critique du pouvoir et une interrogation profonde sur l’obéissance aveugle aux ordres. La série questionne avec acuité les fondements de l’autorité et les limites du devoir militaire. Elle n’apporte pas de réponses faciles, mais elle ouvre un espace de réflexion rare dans les séries d’action.
C’est précisément cette tension entre divertissement et conscience politique qui fait de Last Resort une œuvre à part. Même si elle n’a pas eu le temps de déployer tout son potentiel, elle laisse une impression durable, à la manière d’un cri interrompu.
Avec une réalisation solide, une idée de départ percutante et un casting impliqué, Last Resort est une série qui mérite d’être (re)découverte. Elle n’est pas exempte de défauts — en particulier dans son rythme et ses intrigues secondaires — mais elle parvient à poser des questions puissantes, trop rarement abordées à la télévision.
À mes yeux, Last Resort est une série frustrante, mais nécessaire. Frustrante par son inachèvement, mais nécessaire par son regard lucide sur la guerre, la politique et le prix du courage. Une œuvre imparfaite, certes, mais profondément digne d’intérêt.