On peut faire bien des reproches à Durendal, mais on ne peut pas lui retirer d'avoir un regard éclairé, construit et argumenté. Qu'on partage ou pas, c'est un autre problème. Et si ses détracteurs pouvaient en faire autant et sans véhémence et/ou condescendance, ça pourrait être un bon point de départ. Mais déjà, quand on voit les volées de bois verts acerbes qu'il se prend de la part de gens qui s'autoproclament plus malins alors qu'ils s'obstinent à prendre au premier degré et avec bien peu d'à-propos le titre de sa rubrique phare ("Pourquoi j'ai raison et vous avez tord"), c'est assez mal barré ! La réalité est que Durendal propose des formats où il prend le temps d'aller au fond des choses, avec son regard, ses compétences, sa sensibilité et son opinion. Comme tout critique digne de ce nom, il n'a jamais prétendu être une sorte d'oracle dont le poids des mots serait paroles d'évangile. Mais à nouveau, l'évidence du second degré, qu'il soit bien ou mal fait, ne semble pas à la portée de tout le monde. On ne reproche pas à V-Sauce de poser délibérément des questions stupides pour susciter la curiosité et amener des gens à s'instruire... Alors oui, de "mon" point de vue, éminemment subjectif, et passé le cap de la qualité argumentative indéniable et rare du garçon, il lui arrive de dire des choses intéressantes, passionnantes et/ou instructives, comme il peut aussi lui arriver de dire de la merde. Comme il peut arriver à tous, moi y compris, d'en dire.
Il peut m'arriver donc d'être en total accord ou en total désaccord ou d'avoir un regard plus nuancé dans un sens comme dans l'autre avec Durendal. Y compris vis-à-vis de films ou de réalisateurs encensés par une certaine cinéphilie élitiste (française ou pas d'ailleurs) qui accorde/accorderait parfois les mêmes égards, la même respectabilité, la même profondeur d'esprit voire le même génie à cette frange de "l'Art (dit) contemporain" consistant à faire, entre autres choses, tâches et autres gribouillis sur une toile blanche.
Certains, vis-à-vis des Arts en général, et du 7ème en particulier, semblent confondre, par diverses formes de snobisme, égocentrisme et autre clanisme, écriture habile avec paresses d'écriture, mise en scène volontairement maladroite et signifiante avec lacunes de savoir-faire et indolence. Pourtant, le sous-entendu perçu, le non-dit perçu, l'impalpable perçu, n'est pas toujours gage d'intelligence ou de profondeur du propos, n'est pas toujours une invitation à la cogitation la plus noble et métaphysique qui soit. Il est parfois simplement le signe patent d'une grande vacuité de son auteur aussi "reconnu" soit-il, voire d'une escroquerie insultante et indigente plus ou moins bien vendue.
Mais comme certains esprits refusent, avec un narcissisme faussement intellectualisé, de s'être fait berner, ils crient au génie, au chef d'œuvre. Ils refusent qu'il n'y ait rien à voir, donc ils voient ce que d'autres ne voient pas. Tel le croyant face au septique, ils ont eu la révélation, donc eux savent. Ils ne savent pas pourquoi ils savent, mais comme ils croient, ils savent. Ils sont les gardiens du temple, les gardiens de la pensée et des bonnes mœurs, ceux qui aussi sont les seuls autorisés à distribuer les bons et les mauvais points. Et dans cette conception fumeuse et condescendante, parfois faussement bienveillante, non-seulement on ne touche pas aux icônes, mais on ne tolère pas les divergences. Une approche différente de la leur est forcément signe d'incompétences ou d'erreurs de la part de brebis égarées à qui ils font l'injonction de se questionner. Mais se questionnent-ils seulement eux-mêmes ?
Oh, je ne nie pas qu'ils peuvent avoir parfaitement raison à certains moments, et moi parfaitement tord, puissent-ils seulement faire preuve de la même reconnaissance chez les autres, à commencer chez Durendal. En sont-ils seulement capables ?