Le garçon du dernier rang (pour une rares fois une c'est le véritable titre) est un thriller psychologique qui va nous plonger dans une relation ambiguë entre un maitre et son élève. Mais la question à se poser dès le départ est plutôt de savoir, qui est réellement le maitre, et qui est l'élève. Très rapidement la série dépasse ce cadre initial pour devenir un thriller centré non pas sur les événements eux-mêmes, mais sur la manière dont ils sont racontés et interprétés. Vous avez reçu un carton d'invitation et c'est au spectateur de déterminer la part de vérité et de mensonges qui est livrée. Réalisé par Kim Kyu-Tae qui n'est pas le premier venu et qui offre une carte de visite solide avec des dramas comme The Trunk, Our Blues, Live et Moon Lovers: Scarlet Heart Ryeo, des œuvres qui ont marqué de leur l'empreinte, on sait déjà qu'on va avoir droit à une mise en scène efficace, ainsi qu'une immersion totale dès les premières minutes. Sans spoiler, et à moins d'être étranger au genre, un duel au sommet nous attend entre ces deux hommes.
Heo Mun-Oh(Choi Min-Sik) est professeur de littérature coréenne à l'université. Écrivain raté (il n'a publié qu'un roman), il est devenu avec le temps quelqu'un de très dur, borné, acariâtre avec son entourage, notamment avec sa femme, Jo Hyeon-Suk(Jin Kyung), une psychologue / thérapeute de talent. Ils ont plus l'air de colocataires que d'un vrai couple. Dans sa jeunesse, alors qu'il était étudiant, son rival était Kim Su-Hun(Heo Jun-Ho), devenu depuis écrivain riche et célèbre. Le pire pour Mun-Oh, c'est que ce dernier a épousé son crush, Ahn Eun-Joo(Kim Yunjin). Lors d'un cours, il va être attiré par un étudiant atypique assis au dernier rang, le jeune Lee Kang(Choi Hyun-Wook). Très vite Mun-Oh détecte du talent chez lui et en demande plus. Son intérêt pour ses dissertations va grandissant, mais quand Kang lui avoue qu'il n'invente rien, se contentant de relater ce qu'il vit en réalité, sa stupéfaction va se transformer en curiosité maladive car il va être impliqué émotionnellement.
L’intérêt principal du drama ne réside pas dans la multiplication des intrigues secondaires, mais dans la concentration sur un petit nombre de personnages. Ce choix renforce immédiatement l’immersion et nous donne le sentiment d’être enfermé dans un système clos, où chaque interaction compte. Ce qui semble logique vu le peu d’épisodes proposés. Sans vous donner d’indications particulières, il faudra faire attention à un élément essentiel, voire capital, qui va normalement vous paraître évident au fil du temps. Il ne s’agit pas seulement de repérer les faux-semblants, mais surtout de faire attention à ce qui est dit, et qui le dit. Le thriller est construit précisément sur cette confusion, en cherchant à induire en erreur et à entretenir le doute en permanence. Sa force repose sur le pouvoir de son récit et sur la manière dont il est distillé. Ce qui distingue la série, c’est son utilisation du récit lui-même comme outil dramatique. L’histoire semble filtrée, construite, parfois fragmentée, ce qui crée une tension constante entre ce qui est montré et ce qui est compris. Le spectateur n’est jamais certain d’avoir accès à une vérité objective, mais seulement à une version possible des faits. Hum...J'en ai trop dit ? :)
L'intrigue repose sur le duo (duel) Mun-Oh / Kang, qui au départ paraît limpide. Mais la relation entre les deux hommes va devenir ambiguë et va nous faire douter de tout. La confiance va se transformer en dépendance et basculer dans une forme de confusion des rôles. L'un des deux semble contrôler le récit, tandis que le second perd peu à peu sa distance critique. La série explore ainsi une dynamique où l’obsession pour une histoire peut altérer la perception de la réalité elle-même. Le garçon du dernier rang est un thriller cérébral où tout repose sur la perception et l'interprétation. Plutôt que de multiplier les rebondissements spectaculaires, la série construit son efficacité sur la remise en question constante de ce que l’on croit comprendre. Le réel, l’imagination et l’illusion s’y superposent en permanence, obligeant à reconsidérer chaque information au fur et à mesure qu’elle apparaît. Pour faire simple, ne croyez pas tout ce que vous voyez ou tout ce qui est dit. La confusion devient le maître mot du récit, et chaque nouvelle donnée oblige à reconsidérer les précédentes, renforçant l’aspect addictif de l’ensemble. On est en permanence en train d’élaborer des théories, à tel point que cela en devient presque ludique. Et le rythme effréné nous empêche parfois de trop réfléchir correctement.
Mais la série repose aussi sur une exécution très maîtrisée. En effet, elle ne pourrait pas fonctionner sans son rouage essentiel, qui repose sur les deux protagonistes principaux. Et là, je dis juste : bravo, messieurs ! D'une part, il y a l'un des tauliers du 7e art coréen, non pas par la quantité d'œuvres auxquelles il a participé, mais par leur qualité. J'ai nommé Choi Min-Sik. Cet acteur n'a pas besoin de parler, son charisme fait qu'il s'approprie le personnage comme personne. En face, l'étoile montante du K-drama, Choi Hyun-Wook, qui possède déjà un beau palmarès malgré son jeune âge, lui donne la réplique de manière convaincante et bluffante. L'alchimie entre ces deux générations d'acteurs est sublime et transcende le récit. Pour compléter, la présence de deux autres « monuments », tels que Heo Jun-Ho et Jin Kyung, fait que nous avons, au final, un carré d'As exceptionnel. Kim Kyu-Tae sait mettre en valeur ses héros de manière bluffante et crédible en usant d'une scénographie à la hauteur. L'atmosphère qui se dégage est à la fois troublante, pesante et mystérieuse, jusqu'à en devenir étouffante. Tout cela est mis en valeur par un esthétisme qui se met au service du drama et fait le contraste entre la réalité et la perception que nous en avons. Très court, il est cependant très addictif.
Si pour moi, c'est presque un sans-faute narratif, je ne vais pas cacher que j'ai été un peu déçu par le dénouement, ou du moins par certains points. Non pas parce que, à la manière de Very Bad Trip, on va nous dévoiler l'envers du décor, mais à cause du mobile et de l'élément déclencheur de ce piège machiavélique orchestré de main de maître. À l'instar de la toupie d'Inception, le final ne cherche pas seulement à apporter des réponses. Il invite le spectateur à relire tout le récit sous un autre angle et laisse planer un doute suffisamment subtil pour prolonger l'histoire une fois le générique terminé. Oui, plusieurs fois, je me suis demandé si j'avais bien compris, voire si plusieurs interprétations étaient possibles durant les dernières séquences. La bande musicale accompagne de façon judicieuse tous ces moments de tension et de doute permanent, de manière sombre et parfaitement intégrée au récit. Pour certains, une part de scepticisme pourrait dominer, mais la force de l’écriture ne pourra pas être occultée. Avant de refermer le manuscrit, il faut donc retenir une chose essentielle : c'est le spectateur lui-même qui est invité à écrire le chapitre final et à désigner un vainqueur et un vaincu. Alors, prêt à écrire une nouvelle page ?
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