Le Nom de la Rose
6.5
Le Nom de la Rose

Série Rai 1 (2019)

Cette série germanico-italienne de 2019 est inspirée du roman gigantesque et d’une extrême richesse d’Umberto Eco dont Jean-Jacques Annaud a fait une adaptation cinématographique brillante en 1986 (avec Sean Connery dans le rôle de Guillaume de Baskerville). Elle est composée de 8 épisodes d’une heure chacun avec une distribution internationale : John Turturro devient Frère Guillaume, menant l’enquête dans ce monastère du Nord de l’Italie en 1327 (sans la pointe d’humour et le sourire en coin que pouvait avoir Connery malheureusement), accompagné par Damian Hardung (son disciple Adso de Melk), Rupert Everett (Bernardo Gui, le grand inquisiteur), Michael Emerson (un des méchants de Lost, très bon), Richard Sammel (le frère bibliothécaire, vu dans Un village français) ou encore, côté français, Tchéky Karyo dans le rôle du pape. Un bon casting, le problème n’est pas là. Le problème vient que, pour tenir 8h, il a fallu délayer de manière exagérée les intrigues d’Eco. Bien sûr, le centre de cette histoire est celle de la série de meurtres survenus dans le monastère et dont les victimes ont toutes un lien avec l’immense et inquiétante bibliothèque-labyrinthe (merci les effets spéciaux numériques). Tant qu’on reste dans le registre de l’intrigue policière, la série se regarde plutôt avec plaisir même si l’ambiance y est bien moins sombre et angoissante que celle d’Annaud (dans le film, les moines avaient tous des mines patibulaires !).

C’est le contexte politique de l’époque qui a par contre été très développé avec l’affrontement entre les partisans du pape et ceux de l’empereur germanique, affrontement qui se traduit aussi dans le monastère, au détriment des enjeux philosophiques de cette enquête, avec Aristote et son ouvrage perdu sur la comédie (essentiels dans le roman et le film, évacués ici assez rapidement). Bien sûr, l'arrière-plan historique sert à des clins d'œil pas très légers au monde contemporain sur l'obscurantisme religieux, les migrants ou encore les droits des femmes. Pour parvenir à tenir 8h, il a fallu « rallonger la sauce » pour rester dans la métaphore culinaire ou « meubler » ce qui n’est jamais bon, afin de s'écarter du chef d'oeuvre d'Annaud (certains plans sont tout de même calqués, par exemple la découverte du corps du moine plongé dans la bassine de sang de cochon par exemple). Pour cela, 2 solutions : d’abord raconter plus précisément l’histoire des personnages du roman comme Bernardo Gui ou Salvatore. On rentre dans les détails de l’histoire des Dolciniens dont Salvatore ainsi que Rémigio de Varragine ont fait partie. On connait aussi l’histoire de Adso et la haine qu’il voue à son père. 2e solution : inventer de nouveaux personnages, absolument pas présents chez Eco (Anna la dolcinienne…) mais ils ne sont qu’esquissés et n’apportent pas grand-chose voire rien à l’intrigue, logique car ce ne sont pas des personnages originaux. La relation entre Adso et la fille belle comme le jour devient une jolie romance pleine de poésie et de charme là où elle était une simple relation charnelle assez brute et glauque dans le roman et le film. Leur étreinte a lieu en pleine forêt au soleil, au milieu des oiseaux, c’est peut-être romantique mais c’est un contre-sens total ! Au final, une série pour presque rien et il était difficile d’envisager mieux après un roman aussi vaste et un film fabuleux. La comparaison est inévitable et elle n’est pas en faveur de la série.

JOE-ROBERTS
4
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le 9 déc. 2024

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