Derrière une série d'enquêtes sous couvert de tension romantique, formant un tout semblant banal d'apparence, Les Carnets de l'apothicaire renferment un riche témoignage historique de ce qu'était la vie à la Cour impériale en Chine médiévale. Le génie se situe alors dans une écriture rythmée, où développements de personnage, manigances et portraits d'époque se mêlent avec une grande justesse.
Ce qui m'a semblé être le défaut de cette première saison des Carnets de l'apothicaire, est ce qui a fini par en faire sa force : il s'agit du format épisodique découpé par intrigue. Dès lors, il ne s'agit pas d'arc à proprement parler, forgeant inévitablement des inégalités entre les différents contenus narratifs. Pour autant, tout fait sens lorsque toutes ces mini-enquêtes se croisent lors de twists explosifs, prouvant alors le génie scénaristique de Natsu Hyūga. Ce qui frappe ainsi, c'est la capacité à associer plusieurs investigations entre elles, non pas par petits nombres, mais par dizaines, à coups de foreshadowings particulièrement bien conçus. Lorsque les complots s'installent à la Cour (et Dieu sait que j'adore les portraits des différentes cours royales/impériales), le doute peut peser sur n'importe lequel des protagonistes, nuançant grandement les rapports entre les personnages.
Ces relations s'opèrent avec un grand sens de la poésie et du sous-entendu, strictement codifiées par les conventions de la Cour impériale. Cette écriture subtile permet avant tout, d'offrir une construction délicate à la romance de fond entre Jinshi et Mao Mao, tout en portrayant avec un grand sens du réalisme l'organisation entre les différents courtisans. D'autant plus appréciable, tout ne gravite pas autour de l'Empereur, représenté avec un chara design volontairement terne, mais plutôt autour de ses concubines à l'apparence flamboyante. Définies par leurs vertus, dépréciées par leur maternité, sans cesse épiées et visées par les manigances des envieux : tout est fait pour offrir un regard féministe sur ces femmes continuellement exposées au regard de toute une nation. Cette observation est alors menée par Mao Mao, apothicaire nonchalante et rusée, vendue comme servante, détaillant chacune de ses pensées et de ses conclusions en voix-off, comme si l'on lisait ses propres "carnets" ; cela fait d'elle une protagoniste omnisciente assurément décalée, choix surprenant mais excellent pour s'attacher à elle. La saison est alors rythmée par ses découvertes plus ou moins impactantes, complexifiant d'autant plus les relations entre les différents acteurs (et il me semble même que certains liens m'échappent encore...)
Par tous ces nœuds dont certains restent toujours emmêlés, le lancement des Carnets de l'apothicaire est une prouesse d'écriture, en plus d'être un spectacle audiovisuel subjuguant. Inévitablement, je pense aux deux openings accrocheurs, mais je revois surtout l'animation de la scène finale, accompagnée d'une OST absolument splendide. Le travail mené pour faire vivre cet univers et le rendre immersif, par une représentation culturelle pop et colorée, en fait un tableau tout bonnement impressionnant.
Forcé de commencer cette œuvre par ma meilleure amie, je ressors conquis de cette première saison. L'apport historique et la stimulation des investigations sont impressionnantes, bien que je sois plus qu'impatient d'enfin dévorer de vrais arcs proposés par l'auteur, d'autant plus qu'énormément d'éléments restent encore inexploités. Cette saison est très réussie, mais ne semble introduire qu'une infime partie des complexes manigances et relations qui caractérisent si bien les cours royales/impériales.