Love and Death se déploie en sept épisodes, inscrivant son récit dans l’Amérique suburbain des années 70, à l’orée des années 80. Dans ce décor de lotissements paisibles et de communautés religieuses soudées, la série installe d’emblée une tension feutrée, presque imperceptible. Sous la surface lisse des façades et des bonnes mœurs, quelque chose affleure — un trouble, un manque.
Son héroïne, figure de « desperate housewife » avant l’heure, étouffe dans une existence trop bien réglée auprès d’un mari scientifique, rationnel jusqu’à l’effacement. Le désir d’écart, d’aventure, la pousse vers une transgression presque banale : elle jette son dévolu sur le mari de son amie. Rien ici de spectaculaire — et c’est précisément là que réside la force du récit.
Inspirée d’un fait divers américain, la série refuse le sensationnalisme pour mieux ausculter la banalité du mal et les failles de l’ordinaire. Elle capte ce moment fragile où des individus sans histoire basculent, dépassés par leurs propres élans. On pense inévitablement à Madame Bovary : même frustration intime, même quête d’intensité dans un monde trop étroit. Cette filiation littéraire confère à l’ensemble une profondeur inattendue, rendant le récit aussi fascinant qu’addictif.
Au centre, Elizabeth Olsen porte la série avec une justesse troublante. Elle compose un personnage à la fois irritant et profondément vulnérable, oscillant entre contrôle et débordement. Face à elle, Jesse Plemons incarne une forme de lâcheté ordinaire avec une précision presque dérangeante.
Au fil de ses sept épisodes, Love and Death ne cherche jamais à divertir à tout prix, mais à disséquer — avec une minutie presque clinique — un univers à la fois lointain et étrangement familier. Une série qui capte, avec une acuité rare, la part d’ombre tapie au cœur de la normalité.