Ed Gein n’avait pas besoin d’être romancé. Deux meurtres confirmés, des profanations de tombes, une maison transformée en musée de l’horreur faite de peau et d’os humains — la réalité était déjà suffisamment glaçante sans rien inventer. Ryan Murphy a choisi de ne pas s’en contenter, et c’est là que la série perd pied.
Les libertés scénaristiques s’accumulent jusqu’à l’absurde — une histoire d’amour inexistante, des connexions avec d’autres tueurs fabriquées de toutes pièces, un final qui verse complètement dans la fiction. Ce parti pris aurait pu se défendre s’il servait un propos. Il sert surtout le sensationnalisme, et on sent Netflix derrière chaque excès.
L’ambiance fonctionne par intermittence. L’Amérique rurale des années 50, la psychose religieuse héritée d’une mère écrasante, la banalité glaçante du quotidien de Gein — tout ça est partiellement réussi, par éclats. Mais le rythme s’effondre régulièrement, la chronologie devient confuse, et certains épisodes tournent sérieusement à vide.
Ce qui sauve la série, c’est Charlie Hunnam. Méconnaissable, habité, il compose un Gein tour à tour fragile et terrifiant avec une sobriété qui tranche avec l’excès ambiant. Et il réussit quelque chose de particulièrement troublant — on s’attache. Malgré tout, malgré ce qu’on sait, malgré l’horreur. Cette culpabilité sourde qui monte en regardant la série est peut-être sa vraie réussite — difficile de savoir si c’est l’acteur ou la production qui l’a voulu, mais le résultat est là, et il dérange longtemps après.
Moins convaincante que Dahmer. Mêmes défauts, moins bien maîtrisés.