Passionnée par l’histoire des crimes célèbres, j’attendais avec impatience cette nouvelle déclinaison de la saga Monster.
Donc, je me lance : si la série brille par la qualité du jeu de ses acteurs (notamment Charlie Hunnam et Suzanna Son), ses décors, ses maquillages, etc.. elle pèche lourdement sur la fidélité historique et la cohérence narrative et morale.
Dès les premiers épisodes, les anachronismes sautent aux yeux.
Le scénario s'est accordé bien des libertés, parfois au détriment de la vérité.
Pourquoi tant romancer une histoire qui, à elle seule, dépasse déjà la fiction ?
Exemples (non exhaustifs) :
- le personnage d’Adeline, n’a jamais existé. Son ajout n’a pour but que d’apporter une dimension émotionnelle et psychologique plus accessible au spectateur.
- la supposée collaboration de Gein avec la police ou le FBI. Historiquement, cela n’a jamais eu lieu. Or, cet élément, en humanisant le personnage, le rend presque sympathique : il cherche à se racheter une conduite, "Oh qu'il est gentil en fait"
- ses échanges épistolaires avec Speck
Ce ne sont ni plus ni moins que des manipulations narratives assez dérangeantes, car elles conduisent le spectateur à tolérer l'intolérable.
Je comprends l’envie de susciter de l’empathie. Mais pas à n'importe quel prix.
Il faut garder en tête que ces "monstres" sont avant tout des humains.
Les appeler ainsi nous rassure : cela met à distance ce qu’il y a de plus terrifiant en eux (et par effet de miroir en nous).
Il faut s'atteler à se rappeler que seul l’humain peut être véritablement inhumain.
Et c’est bien là que la série échoue à maintenir son équilibre : à trop vouloir rendre Gein "regardable", elle finit par le glamouriser.
Certaines scènes, en revanche, sont à la hauteur de l’horreur du personnage : la mise en scène y frôle le malaise absolu (cf la scène de la danse dans la neige), traduisant parfaitement la psyché de cet homme dément, prisonnier de ses obsessions.
Mais globalement, je reste perplexe : pourquoi ne pas avoir plongé plus profondément dans les abîmes de sa folie, plutôt que d’en polir la surface ?
Aussi, la série rappelle avec insistance l’empreinte qu’a laissée ce personnage sur l’histoire du crime et sur la pop culture : films, livres, chansons, figures de fiction (de Norman Bates à Leatherface), figures réelles...
Peut-être un peu trop, d’ailleurs : elle tombe parfois dans une surenchère de références, là où un recentrage sur Gein lui-même aurait été bienvenu et apprécié.
Cette approche aurait permit un focus sur sa mécanique mentale et ses zones d’ombre, plutôt qu’une fresque éclatée qui finit, selon moi, par diluer son propos. Et, qui plus est, mystifie encore plus le personnage.
En somme, Monstre : Ed Gein est une série soignée, parfois puissante et belle, mais qui cède trop souvent à la tentation du mainstream.
Un beau produit Netflix, certes, mais une vérité bien édulcorée (ceci dit, c'était tout pareil pour Dahmer ou les frères Menéndez). Donc on regarde mais avec une focale large ;)