Je dois bien l’avouer, j’ai été agréablement surpris par Mouche. Adaptée de la série britannique Fleabag, la série française avait pourtant tout pour me laisser méfiant. Les adaptations de séries étrangères sont souvent un exercice périlleux, encore plus lorsqu’elles s’attaquent à une œuvre aussi appréciée. N’ayant jamais vu Fleabag, j’ai toutefois découvert Mouche avec un regard totalement neuf, sans avoir constamment en tête la version originale pour lui reprocher ses différences. Et c’est probablement l’une des meilleures façons de l’apprécier.
Dès les premières images, on comprend que la série a bénéficié d’un véritable travail de mise en scène. Les plans sont soignés, la lumière particulièrement travaillée et la réalisation fait preuve d’une certaine inventivité. Mouche possède une identité visuelle assez forte, qui accompagne parfaitement le ton de la série. On passe constamment de l’humour à quelque chose de beaucoup plus mélancolique, parfois en l’espace de quelques secondes, sans que cela ne paraisse artificiel. Cette capacité à faire rire tout en laissant planer une forme de tristesse permanente est probablement l’une des grandes réussites de la série.
L’histoire, elle, reste finalement assez simple. Mouche est une jeune femme un peu paumée qui tente de continuer à avancer après la mort de sa meilleure amie. Entre une famille dysfonctionnelle, des relations sentimentales compliquées et un bar à thé-thé qui ne semble pas vraiment rencontrer le succès espéré, elle accumule les situations absurdes et les mauvaises décisions. Mais derrière son humour et son apparent détachement, on découvre surtout une femme qui cherche à se reconstruire et à trouver une manière de vivre avec son deuil.
C’est ce qui rend le personnage de Mouche particulièrement attachant. Elle est drôle, parfois agaçante, souvent maladroite et régulièrement incapable de prendre les bonnes décisions. Pourtant, il est difficile de ne pas s’attacher à elle. Ses faiblesses, ses contradictions et ses erreurs la rendent profondément humaine. La série ne cherche jamais à en faire un personnage parfait, bien au contraire, et c’est justement ce qui permet de se reconnaître dans certaines de ses réactions.
Mais s’il y a bien un élément qui porte Mouche, c’est son casting. Camille Cottin est tout simplement impeccable dans le rôle-titre. Elle n’a absolument pas à rougir de la comparaison avec Phoebe Waller-Bridge, même si je suis évidemment incapable de juger laquelle des deux interprétations est la meilleure puisque je n’ai pas vu Fleabag. Camille Cottin réussit surtout à faire de Mouche un personnage qui peut être tour à tour hilarant, touchant et véritablement bouleversant. Son jeu repose beaucoup sur les silences, les regards et les petits changements d’attitude, et elle parvient à faire passer énormément de choses sans avoir besoin de les expliquer.
Le reste du casting est tout aussi convaincant. Anne Dorval est particulièrement savoureuse dans le rôle de la belle-mère. Délicieusement détestable, elle accumule les petites mesquineries avec une aisance qui la rend presque immédiatement irrésistible. On adore la détester et chacune de ses apparitions apporte son lot de situations aussi gênantes que drôles. Le père, la sœur, les amis et les différents personnages qui gravitent autour de Mouche bénéficient eux aussi d’interprétations solides, ce qui contribue largement au charme de l'ensemble.
Ce qui fonctionne surtout, c’est l’équilibre entre la comédie et les sujets beaucoup plus sérieux abordés par la série. Mouche parle du deuil, de l’amitié, de la famille, de l’amour et de la solitude sans jamais avoir l’impression de vouloir donner une grande leçon de vie. Elle préfère passer par l’humour, parfois très noir ou franchement gênant, pour parler de choses finalement assez universelles. Et lorsque l’émotion arrive, elle fonctionne d’autant mieux qu’elle n’a pas été constamment annoncée.
Je peux parfaitement comprendre que les spectateurs ayant découvert Mouche après Fleabag aient davantage de réserves. Comparer une adaptation à son œuvre originale est presque inévitable et certains choix peuvent certainement sembler moins convaincants lorsqu’on connaît déjà la version britannique. Mais de mon côté, cette absence de comparaison m’a permis de profiter pleinement de la série pour ce qu’elle est.
Et ce que j’ai vu m’a franchement plu. J’ai ri, j’ai été touché et je me suis attaché à ces personnages aussi imparfaits qu’attachants. Mouche est une série drôle, piquante et mélancolique, portée par une excellente Camille Cottin et une réalisation particulièrement soignée. Elle ne cherche peut-être pas à révolutionner la comédie dramatique, mais elle réussit quelque chose de plus important : raconter une histoire humaine avec suffisamment d’humour et d’émotion pour rester en tête une fois le dernier épisode terminé.