Le vrai titre de ce drama est " Un monde merveilleux " ou " Un monde magnifique ". Je préfère la formule de Morpheus quand il s'adresse à Neo : “Welcome to the real world.” Chez SBS, on a visiblement le sens de l’humour, ou du moins de l’ambition. Car soyons sérieux : avec un budget pareil, pourquoi confier la réalisation et le scénario à deux rookies ? Le drama oscille en permanence entre parodie involontaire et premier degré assumé, et ce cul entre deux chaises finit par laisser perplexe. Résultat : 14 épisodes au compteur (qui en valent facilement 16 tant ils s’étirent) dont plus de la moitié relève d’une catastrophe d’écriture assez spectaculaire. La série semble s’adresser à deux publics : ceux qui débarquent dans l’univers des K-dramas romantiques, et ceux prêts à tout accepter sans trop poser de questions. À vrai dire, les deux finissent par se rejoindre. Ça partait pourtant bien. Mais au fil des épisodes, le constat devient difficile à ignorer : c’est un magnifique aquaplaning narratif, un patchwork qui coche absolument tous les clichés et poncifs du K-drama de "Papa". My Royal Nemesis est une machine à recycler qui t'invite, consciemment ou pas, à voyager dans la matrice.
Alors, quelle pilule vas-t-il choisir d'avaler ? La bleue (accepter l'illusion) ou la rouge (qui va te faire voir la réalité) ?
Joseon, 1726. Kang Dan-Sim(Lim Ji-Yeon), concubine royale prise dans un complot, est condamnée à être empoisonnée. À sa plus grande stupéfaction, elle se réveille en 2026, dans le corps de Shin Seo-Ri, une actrice de seconde zone de K-drama de Sageuk Déboussolée au départ, elle ne sait pas quoi faire. Sa route va croiser celle d'un héritier chaebol (comme c'est original), Cha Se-Gye (Heo Nam-Jun), qui est aux prises avec son cousin, Choi Mun-Do(Jang Seung-Jo), un rival pour la succession du groupe. Ceux-ci s'affrontent depuis des années à travers leurs entreprises respectives. En les voyant l'un après l'autre, Dan-Sim subit un autre choc : elle reconnaît immédiatement leurs visages, car ce sont les sosies des deux hommes les plus importants de la Cour de son époque. Cha Se-Gye, personnage imbu de lui-même et arrogant, va trouver en la personne de Kang Dan-Sim une femme retorse et pleine de mordant.
Passons en revue la checklist avant le décollage vers le K-drama "à l'ancienne" :
Chaebol ? Roger. / Destin amoureux écrit dans les étoiles ? Roger. / Clichés à tire-larigot ? Roger. / Personnages inutiles occupant l'écran sans impact sur l'histoire ? Roger. / Héros monolithique incapable d'exprimer plus de trois émotions différentes ? Roger. / Grand-mère malade ? Roger. / Alchimie du couple principal en option ? Roger. / Coïncidences scénaristiques improbables ? Roger. / Échange de corps ? Roger. / Amnésie opportuniste ? Roger. / Truck of Doom ? Roger. / Kopiko ? Roger. / Comète mystérieuse ? Roger. / Éclipse lunaire ? Roger. / Twists sortis du chapeau ? Roger. / Grande chamane capable d'expliquer l'inexplicable ? Roger. / Règles du récit modifiées en cours de route ? Roger. / Pathos dégoulinant dans le dernier épisode ? Roger. / Logique interne de l'univers ? Négatif. > Cohérence du scénario ? Toujours en recherche. > Plan de vol du scénariste ? Inconnu. > Autorisation de décollage accordée ? Affirmatif. > Que Dieu protège les passagers. (Et l'Amérique ?)
My Royal Nemesis démarrait pourtant sous les meilleurs auspices. Le mélange entre Joseon, voyage temporel, romance et lutte de succession possède un véritable potentiel. Les premiers épisodes installent correctement leurs enjeux et parviennent même à susciter une certaine curiosité. Malheureusement, cette promesse initiale ne résistera pas longtemps aux ambitions démesurées du scénario, qui va se déliter progressivement. L’un des problèmes les plus frappants du récit réside dans la manière dont Dan-Sim/Seo-Ri s’adapte à son nouvel environnement. Elle est projetée de Joseon en 2026, et assimile les codes de ce monde à une vitesse presque irréaliste. Comprendre la technologie moderne, la langue, les relations sociales contemporaines ou les dynamiques du monde des chaebols se fait en quelques scènes à peine. Cette forme d’“assimilation instantanée”, que l’on pourrait presque qualifier de "Matrix upload", supprime toute phase d’apprentissage crédible et réduit considérablement l’impact du choc des cultures. Au lieu de montrer une évolution progressive (hésitations, erreurs, incompréhensions), le scénario choisit une adaptation immédiate, qui facilite l’intrigue mais affaiblit la cohérence du parcours du personnage.
Le principal problème du drama reste son écriture. Au fil des épisodes, les règles de l’univers deviennent floues, instables, parfois contradictoires. Le scénario va d'ailleurs se contredire plusieurs fois, et pour me faire perdre le fil de ce type d'histoire, il en faut. Échanges de corps, souvenirs verrouillés puis retrouvés, destin miroir entre Joseon et 2026, comète, éclipse lunaire, et surtout intervention récurrente de la Grande Chamane : chaque nouvel élément semble ajouté pour répondre à une difficulté narrative immédiate. Plutôt que de construire un système coherent, le récit ajuste ses règles en permanence. Certaines explications arrivent tardivement, d’autres sont abandonnées sans suite, et plusieurs éléments initialement présentés comme structurants finissent par disparaître du récit. Même en suspendant toute exigence de réalisme, il devient difficile de percevoir une logique stable. À ce stade, j'ai commencé à décrocher, et pourtant on n'en est qu'au... 7ème épisode (sic !). L'ensemble des personnages sont caricaturaux, reposant sur un vieil archétype complètement dépassé. À part le personnage interprété par Lim Ji-Yeon qui surnage dans cet océan de médiocrité, tous les autres jouent de manière monolithique.
Le pire, c'est que la personnalité de Dan-Sim est complètement erratique : elle passe d'une badass à une pauvresse en un claquement de doigts. Elle ne se comporte jamais comme une dame de la Cour (sauf un peu au début), on est plus souvent proche de la kaïra. Notre "bon" Cha Se-Gye se la pète un peu trop et roule des mécaniques. On ne ressent jamais le gars qui a subi une détresse psychologique depuis l'enfance. Il est indestructible devant l'adversité. Cette absence de subtilité se répercute sur la dynamique du couple principal, qui peine à trouver une véritable épaisseur dramatique. L’alchimie repose davantage sur les codes habituels du genre que sur une construction relationnelle solide. Comme si cela ne suffisait pas, le ton et le rythme, qui étaient plutôt bons au départ, vont complètement s'effondrer et les épisodes de remplissage vont apparaître. La plupart des autres personnages ont peu d'épaisseur, ou pire, font office de tapisserie : que sont venus foutre dans cette galère Kim Min-Suk, Baek Ji-Won, Jeong Jae-Kwang, Jung Young-Joo et Baek Eun-Hye ? Sérieusement, qu'on les retire du casting ne change rien, ils n'ont aucun impact sur l'histoire. Alors certes, il y a quelques moments drôles, mais si peu, et ils sont noyés dans la médiocrité ambiante.
Le final assume le côté totalement niais et mielleux de circonstances pour faire pleurer dans les chaumières. Le dernier twist est d'un ridicule qui laisse pantois. Il est saturé de clichés et de pathos, on est au bord de la rupture. Dans My Royal Nemesis, l'émotion ne vient pas naturellement, on vous force à l'accepter. Cela donne l’impression d’un récit qui ne contrôle plus totalement sa propre architecture narrative. Derrière quelques idées intéressantes, l’ensemble souffre d’une instabilité structurelle persistante, d’une logique interne fluctuante et d’un empilement de concepts qui ne trouvent jamais leur équilibre. Le plus surprenant n’est pas ce que raconte le drama, mais la conviction avec laquelle il croit encore être cohérent. Une expérience où la logique disparaît progressivement. Toute ressemblance avec un autre personnage de K-drama ayant existé ne serait que purement fortuite (Allo Mr Queen !). Pourquoi je mets quand même la moyenne ? Pour le postulat de départ, pour Lim Ji-Yeon, pour la B.O. ,et parce que j'ai avalé les deux pilules en même temps, d'où des bugs par moments.
Main Theme: Young K (DAY6) - Season of Us
Additionnel OST: Namjong - Anyway