Napoléon
6.1
Napoléon

Série France 2 (2002)

Quand l’Empereur domine l’Histoire... mais pas forcément le petit écran

Napoléon, diffusée sur France 2 en 2002, c’est un peu comme si on avait décidé de transformer la vie trépidante de l’un des plus grands stratèges de l’histoire en une série épique... mais que quelque chose s’était perdu en cours de route, comme une bataille mal préparée. L’idée de départ est ambitieuse : retracer l’ascension fulgurante de Napoléon Bonaparte, de jeune officier corse à empereur de la France, avec ses victoires, ses défaites, ses amours tumultueuses, et ses chapeaux ridiculement iconiques. Bref, tout ce qu’il faut pour une série historique captivante. Sauf que dans ce cas, la poudre n’a pas vraiment pris, et la charge a manqué un peu de panache.


Le problème principal de Napoléon, c’est qu’on a l’impression que la série se bat avec deux fronts à la fois : d’un côté, elle veut être une fresque historique grandiose, et de l’autre, elle se perd dans des intrigues romantiques et des monologues intérieurs qui n’en finissent plus. Au lieu de nous plonger dans l’intensité des champs de bataille ou de nous faire ressentir les enjeux politiques gigantesques de l’époque, on passe parfois plus de temps à écouter Napoléon (Christian Clavier, oui, oui) ruminer sur sa vie amoureuse ou ses rêves de grandeur, comme s’il s’agissait d’un épisode de L’amour est dans le pré version Empire.


Le casting, lui, est un peu déroutant. Christian Clavier dans le rôle de Napoléon, c’est un choix qui continue de faire débat. Autant Clavier est brillant dans des rôles comiques, autant le voir dans la peau de l’empereur à cheval est, disons... particulier. Il joue Napoléon avec beaucoup de conviction, mais parfois un peu trop, comme s'il essayait de conquérir la France à coup de répliques théâtrales. On se demande parfois si c’est vraiment Napoléon Bonaparte qu’on regarde, ou une version d’Astérix qui aurait changé de camp. Bien sûr, Clavier fait de son mieux pour incarner la complexité du personnage, mais il y a toujours cette petite dissonance qui nous empêche de totalement plonger dans son interprétation.


Les scènes de bataille, quant à elles, oscillent entre l’épique et le minimaliste. On sent que la production a essayé de recréer des moments historiques marquants, mais avec un budget qui semble parfois avoir été mangé par les costumes. On n’a pas vraiment droit à des batailles aussi monumentales qu’on pourrait s’y attendre pour un sujet aussi colossal que Napoléon. Au lieu de Waterloo, on a parfois l’impression de regarder une reconstitution de la fête du village de Sainte-Hélène. Cela manque un peu d’ampleur, et c’est dommage, car les rares moments où l’action prend de l’ampleur sont vraiment plaisants, mais ils sont trop peu nombreux pour maintenir une tension constante.


La série se rattrape un peu avec ses décors et ses costumes. Visuellement, Napoléon a ce petit côté « belle époque » qui fait plaisir à l’œil, avec des uniformes impeccables, des palais somptueux et des intérieurs dignes des manuels d’histoire. On s’y croirait presque, même si l’aspect parfois figé des scènes donne l’impression que les personnages posent plus pour un tableau vivant que pour une série pleine de vie.


Le rythme de la série est également sujet à débat. Pour une série qui traite de la vie d’un homme dont la devise aurait pu être "vite et bien", Napoléon prend son temps, parfois un peu trop. On a droit à de longues scènes où les personnages se regardent intensément, échangent des politesses ou des répliques dignes d’un drame romantique, alors qu’on attend désespérément que l’action redémarre. Les moments forts, comme la campagne d’Égypte, la montée au pouvoir ou encore les guerres napoléoniennes, sont là, mais dilués dans des passages plus contemplatifs qui ralentissent l’ensemble.


Côté intrigue sentimentale, la relation de Napoléon avec Joséphine (Isabella Rossellini) est omniprésente. Si l’on ne peut pas nier l’importance de Joséphine dans la vie de Napoléon, la série semble parfois basculer dans le feuilleton sentimental, oubliant presque les grandes manœuvres politiques et militaires pour se concentrer sur leurs échanges amoureux. Alors oui, c’est mignon de voir Napoléon en amoureux transi, mais à force, on se demande quand est-ce qu’il va retourner à ce qu’il fait de mieux : conquérir l’Europe (ou au moins essayer).


En résumé, Napoléon est une série ambitieuse qui tente de raconter la vie fascinante de l’un des plus grands personnages de l’histoire, mais qui se prend parfois les pieds dans le tapis. Entre un Christian Clavier un peu trop solennel, des scènes de batailles qui manquent de souffle et un trop-plein de drames sentimentaux, on passe plus de temps à regarder Napoléon se questionner qu’à vivre les moments clés de son règne. Si vous êtes fan d’histoire et que vous aimez les récits de grands personnages, la série a son charme, mais il faut accepter de faire avec ses longueurs et son ton parfois trop théâtral. Bref, une mini-série qui n’est pas à la hauteur de son sujet, mais qui offre tout de même quelques moments dignes de l'Empereur... à condition d’aimer les dialogues plus que les canons.

CinephageAiguise
6

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Créée

le 5 nov. 2024

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