Inutile de dire que j'ai regardé cette biographie en 4 volets pour la simple raison que je suis prof d'Histoire, et que je cherchais quels extraits pourraient passer auprès de mes 4e
Bon, au niveau de la forme :
- Le film a été tourné en anglais, ce qui pose des problèmes de doublage parfois grossier (c'est par contre une très bonne surprise de retrouver le doubleur de MacGyver pour Talleyrand.
- L'étalonnage des couleurs est assez bizarre, il change assez brutalement d'une scène à l'autre, surtout dans les deux premiers métrages.
- Les reconstitutions de bataille sont à pleurer. Peu de figurants, on sent que tout a été fait à la chaîne, à l'économie. On est dans l'ère pré-HBO, et ça se sent, nom de Zeus.
- La mise en scène est spectaculairement prévisible. Ne parlons pas des inserts montrant des départs de troupe avec fondu enchaîné sur une carte montrant leurs déplacements. Mais pour Austerlitz, Bonaparte en contreplongée avec des colonnes de soldats jaillissant tel un torrent, c'est des plus tartes. Et tout est à l'avenant : pour la retraite de Russie, je pouvais prévoir au plan près quand on allait voir un pauvre gars trébucher, embrasser son crucifix, etc...
- Les acteurs : Clavier, outre qu'il a des tics sarkozyens agaçants (hé oui, déjà en 2002), ne vieillit pas assez. Il est bien pour le physique de Napoléon jeune, mais il n'est pas crédible pour le Napoléon vieilli de Waterloo : pas assez d'embonpoint, pas de changement dans l'élocution, etc... Pour le reste, si le visage le plus émouvant du cinéma actuel (j'ai nommé Isabella Rossellini) semblait une bonne idée en Joséphine, Rossellini se retranche trop derrière la mise en scène plate, et c'est dommage.
Bien, maintenant sur le fond : On a là l'adaptation d'un roman de Max Gallo, qui fait de Napoléon, assez paradoxalement, un grand homme, mais qui aurait été entraîné par son entourage à devenir empereur des Français. Une thèse assez odieuse, qui dédouane l'homme du pire tout en lui accordant le meilleur. J'aurais du mal à commenter objectivement, puisque Napoléon, contrairement à beaucoup de Hugoliens et socialistes honteux, ne provoque chez moi aucune fascination. A mes yeux ce n'est pas Alexandre ; c'est un opportuniste, qui a bénéficié du meilleur de la Révolution et se l'est réapproprié.
Mais venons-en à la manière dont le film traite le personnage, cette thèse mis à part. Tout est fait pour que l'on soit en empathie (sinon en identification) avec ce foutu général. Et malheureusement, comme toujours, on ne montre pas ses ennemis prestigieux : pas de Nelson, pas de Koutouzov, pas de Wellington. Rien sur Trafalgar. On ne voit que des antagonistes fourbes : le tsar, Metternich...Dommage, car là, il aurait été possible d'être original.
Mais ce n'est pas le but de cette série. On a là l'adaptation la plus scolaire qu'il ait été possible de faire. Il n'est matériellement pas possible de l'être plus. A regarder une fois, en se moquant de certaines mimiques de Clavier. Sauf si on est prof d'Histoire en collège (priez pour moi).