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Mc Do-lgogi
Les productions NETFLIX laissent-elles paraître les premiers signes des vraies limites de l’univers NETFLIX et – surtout – du cahier de charges imposé pour « universaliser » toutes ses productions...
le 13 sept. 2022
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Basé sur l'histoire vraie du trafiquant Cho Bong-haeng, Narco-Saints est de ces œuvres qui semblent s'inscrire dans la digne lignée des thrillers mafieux internationaux. Le plus frappant avec ce drama, c’est sa capacité à cocher toutes les cases du blockbuster d'action à l'américaine sans jamais vraiment en revendiquer l’héritage : des infiltrations à haut risque, des fusillades de cartel et des retournements de situation permanents. On pourrait presque parler de « faux thriller géopolitique parfait ». Mais derrière cette structure, on sent une autre filiation : celle des récits de sectes et de gourous à la Waco, où la religion devient une couverture pour le crime organisé et une emprise psychologique sur les fidèles. Ici, les bureaux de vote et les institutions légales du Suriname ont été remplacés par la loi d'un pasteur fantoche. Pour apprécier Narco-Saints, il faut faire abstraction du réel : c'est un film d'action hollywoodien des années 90 déguisé en série pour satisfaire les caprices de Netflix.
Kang In-gu(Ha Jung-woo) est un père de famille ordinaire, un civil débrouillard qui a passé sa vie à trimer pour s'en sortir. Issu d'un milieu modeste où il s'est fait tout seul, il décide de tenter le tout pour le tout en partant au Suriname pour monter un business d'importation de raies publiques. Mais sa vie bascule lorsque son associé et lui se font piéger, leur cargaison de poisson dissimulant de la cocaïne à leur insu. Arrêté et envoyé en prison, In-gu reçoit alors la visite d'un agent du NIS (services secrets coréens), Choi Chang-ho(Park Hae-soo). Ce dernier lui propose un marché : infiltrer le cartel de Jeon Yo-hwan(Hwang Jung-min), un pasteur coréen intouchable devenu le roi de la drogue au Suriname, et qui est le véritable responsable de ses malheurs. Prenant son courage à deux mains, In-gu accepts de servir d'appât contre remboursements. Ce civil, armé de sa seule tchatche et d'un vieux background de judoka, va devoir manipuler un psychopathe ultra-violent et s'allier avec des agents secrets pour faire tomber l'empire de ce prophète autoproclamé.
La série touche à quelque chose de profondément ancré dans le genre : le récit d'un homme ordinaire livré à lui-même dans une zone grise où les règles sont dictées par la force et la paranoïa. Les personnages évoluent dans un espace autonome où la police et l'armée sont corrompues jusqu'à la moelle et où le moindre faux pas signifie la mort. Narco-Saints est une série 100 % adrénaline avec des teintes sombres et dramatiques. Sous la baston, le drama aborde, certes de manière succincte, des thèmes durs comme l'emprise religieuse, la survie économique, la manipulation étatique et la corruption systémique. Le récit oscille constamment entre le huis clos étouffant du cartel et les scènes d'action pure. Le mariage est plutôt réussi dans l'ensemble, le rythme restant percutant. Mais le gros problème qui apparaît comme une évidence, c'est que le réalisateur travaille sous contrainte : résultat, les épisodes 3 et 4 sont très poussifs, c'est souvent du blabla inutile pour justifier un remplissage de circonstances. Comme on est sur un format de mini-série, l'histoire s'étend officiellement sur moins d'un an, ce qui est très dommageable pour la crédibilité. Le calendrier défile à toute vitesse : boucler une incarcération, monter une infiltration internationale, faire tomber un cartel et obtenir un procès complet en moins de douze mois, ça relève du miracle.
La structure de progression reste maîtrisée, même si l'histoire est simple et semble se complaire dans une attitude manichéenne à l'américaine. La présence du personnage de Byun Ki-tae(Jo Woo-jin) a aussi son importance : l'acteur crève l'écran, volant la vedette à tout le monde avec son mandarin impeccable et son double jeu fascinant (mention spéciale à son carnage à la machette qui réveille la série). Chaque épisode fonctionne comme un palier de négociation. Mais ce schéma pose aussi une question : jusqu’où le scénario peut-il pousser les ficelles sans perdre le spectateur ? Le point fort du drama est son esthétisme et le boulot opéré en post-production pour nous faire croire que l'action se déroule réellement au Suriname, alors qu'elle a été tournée en République Dominicaine, sur Jeju en Corée et sur les îles avoisinantes. Certes ce n'est pas parfait, ça manque de saris dans les rues, le Suriname étant composé d'une communauté indienne très importante. Idem pour les Javanais, inexistants. Si l'implication du cartel de drogue de Cali est mal amenée, celle du gang chinois apporte un contrepoids efficace dans l'histoire. Le casting est de qualité, et le duo principal composé de deux monstres sacrés du cinéma coréen fait des étincelles.
Le final revendiqué 100 % défouloir, avec l'affrontement opposant les mercenaires diligentés par la DEA et les hommes du Pasteur, nous fait irrémédiablement penser à des films d'action américains des années 90, notamment Commando avec Schwarzy. C'est ultra-classique, sans surprise, mais d'une efficacité redoutable pour qui aime voir la poudre parler. Il faut prendre ce drama pour ce qu'il est, mais je pense sincèrement qu'un film aurait eu plus d'impact car, en optant pour une série qui tient sur 5h30, beaucoup de scènes semblent répétitives et cassent inutilement le rythme. De plus, l'histoire est romancée, donc il faut aussi accepter le fait que Kang In-gu est un civil dont les capacités d'adaptation en milieu hostile dépassent parfois l'entendement : le gars est stoïque, faisant preuve d'un calme olympien, même dans la pire des situations. C'est un peu too much, on ne le sent jamais en danger. Paradoxalement, c'est Jeon Yo-hwan qui a l'air d'être impressionné devant lui : combien de fois il aurait dû le " fumer " avant la conclusion...On retiendra cet affrontement entre ces deux hommes dont le point commun est la survie à tout prix. Si je devais avoir des réserves, ce serait pour le dernier épisode, un peu trop rapidement emballé et qui déballe son lot de stupidités et de CGI complètement loupés :
Comment peut-on valider un avion et un hangar en 3D aussi lisses et artificiels, moins bien modélisés que dans Flight Simulator 2024 ? Sans parler de ces hélicoptères qui flottent sur le décor comme dans une cinématique de jeu vidéo des années 2000, et de ces deux Mirage supersoniques attribués à l'armée du Suriname (qui ne possède que trois hélicos légers dans la réalité). Et que dire de ce pare-brise qui encaisse douze impacts de fusil d'assaut sans s'effondrer pour que les acteurs restent visibles ? Ça pique les yeux.
Au final, ce Narco-Saints est un divertissement sympa, doté d'une mise en scène efficace, mais qui repose sur une frustration paradoxale. On prend un plaisir immense devant la confrontation des acteurs et la dernière scène d'assaut, très classique mais redoutablement efficace. On est dans le grand spectacle, mais le formatage industriel et le manque de budget VFX sur la fin sabotent le potentiel immersif du drama. Les dernières scènes "Come to home" sont bâclées et on a l'impression qu'on nous pousse à coups de pompes dans le cul vers la sortie tellement c'est brutal. Il n'y a absolument rien de révolutionnaire ni de vraiment excitant dans ce récit autour d'un trafiquant de drogue et d'un homme à qui on a fait un chantage assez honteux. Et entre cet agent du NIS et notre héros, cette entente forcée qui glisse presque vers de l'amitié ne repose sur rien de tangible. Crédible sur le fond, sincère dans les propos, non. A voir une fois, mais pas deux.
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le 15 juin 2026
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