Pluribus
7.5
Pluribus

Série Apple TV (2025)

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J'avais lu partout que du lourd. Génie, révolution, Vince Gilligan Can't Miss... Gros fan de Breaking Bad, donc forcément, je me suis préparé à prendre ma gifle. J'attends encore. Ouais, la DA est pas mal, au point qu'on pourrait encadrer certains plans dans un salon de bobos sous anxiolytiques. Le concept, une apocalypse où tout le monde devient gentil, bienveillant, heureux... c'est une idée bien cool, et c'est précisément ça qui me fout la haine. Parce qu'avec un point de départ pareil, on peux faire une série qui retourne le cerveau. Tu peux explorer le libre arbitre, la nature humaine, la peur du bonheur imposé, la disparition des conflits, les conséquences politiques, sociales et morales d'un monde où plus personne ne veut faire de mal. On tiens un concept qui peut devenir un monument de la science-fiction moderne. Mais la série passe son temps à contempler son idée au lieu de l'exploiter. Elle préfère tourner autour de son concept plutôt que de le pousser dans ses retranchements. Chaque épisode donne l'impression de repousser le moment où les choses vont enfin décoller.

À un moment, j'ai arrêté d'attendre des réponses. Pas parce que j'ai besoin qu'on m'explique tout, mais parce que j'avais surtout l'impression que le scénario refusait volontairement d'avancer. Un bon mystère, c'est un équilibre : on répond à certaines questions pour en faire naître d'autres, ici, les questions remplacent les questions. Le mystère devient une excuse pour retarder l'histoire. J'ai même vu certains appeler ça une œuvre contemplative. Non mais la blague les gars... une œuvre contemplashit pour le coup.

Et le vrai problème, c'est que cette lenteur ne construit presque rien. Better Call Saul est lente aussi. Sauf que chaque épisode fait évoluer ses personnages, modifie les rapports de force, installe une tension. Ici, j'ai souvent eu l'impression que la lenteur était une fin en soi. Les conflits sont étonnamment mous pour un concept aussi explosif. Une apocalypse où toute l'humanité devient bienveillante, c'est censé être un cauchemar philosophique. Tu attends des affrontements idéologiques, des personnages qui remettent en cause cette nouvelle société, des dilemmes impossibles, des choix déchirants. Au lieu de ça, les confrontations restent souvent très sages. Les scènes s'étirent, les personnages discutent, observent, se déplacent... mais il se passe rarement quelque chose qui bouleverse réellement l'histoire. Beaucoup de séquences donnent davantage l'impression de maintenir une ambiance que de raconter un récit. Et ça se ressent énormément sur les personnages.

Rhea Seehorn fait le taff. Elle réussit à rendre son personnage crédible même quand le scénario lui demande surtout de regarder, réfléchir ou rester silencieuse. Mais même une immense actrice ne peut pas créer des enjeux que l'écriture ne lui donne pas. Le reste du casting est solide, le problème ne vient pas d'eux. Le problème, c'est que beaucoup de personnages existent davantage pour représenter une idée que comme de véritables êtres humains. Ils servent le concept avant de servir l'histoire. Ils parlent souvent comme des porte-parole du thème principal plutôt que comme des individus avec des contradictions, des obsessions ou des objectifs clairs.

Quand je repense à Breaking Bad, je peux résumer Walter White, Jesse Pinkman, Saul Goodman, Hank Schrader ou Gus Fring en quelques phrases tellement chacun possédait une identité forte. Ici, plusieurs épisodes plus tard, j'ai encore du mal à dire ce qui rend certains personnages vraiment mémorables en dehors de leur rôle dans le concept.

Même les dialogues m'ont laissé sur ma faim.

Chez Gilligan, les dialogues étaient autrefois des combats. Chaque conversation cachait une manipulation, une menace, un mensonge ou un rapport de force. Dans Pluribus, beaucoup de dialogues servent surtout à nourrir le mystère ou à développer la réflexion philosophique. Ils échangent des idées plus qu'ils ne s'affrontent réellement. J'ai rarement senti cette tension permanente qui faisait la force de ses précédentes séries. Et ce qui me fait doucement marrer, c'est qu'on sent pourtant le totem d'immunité "créateur de Breaking Bad". J'ai la conviction que si cette série était signée par un parfait inconnu, la moitié des critiques qui parlent aujourd'hui de chef-d'œuvre philosophique ne serait pas aussi enthousiaste. Parce que oui, c'est joli. Un aquarium aussi.

Et cette espèce de prétention permanente... Comme si la série elle-même balançait des Si tu t'ennuies, c'est que t'as pas compris. TG j'ai ai compris.

J'ai compris que Pluribus confond le mystère avec la rétention d'information. Qu'elle confond la lenteur avec la profondeur. Qu'elle confond le minimalisme avec l'ambition. Techniquement, il n'y a presque rien à dire. La mise en scène est ok. La photographie est ok. Le sound design est ok. Chaque plan respire la maîtrise. On sent l'expérience de Vince Gilligan derrière la caméra et les moyens mis à disposition. Mais à un moment, la forme ne peut plus masquer le fond. Parce qu'une série, ce n'est pas une succession de beaux plans. Ce n'est pas seulement une ambiance. Ce n'est pas juste un concept brillant. Ce doit être une histoire.

Et après une saison entière, j'ai surtout eu l'impression d'avoir regardé une immense introduction. Comme si on passait neuf épisodes à installer les pièces d'un jeu d'échecs sans jamais commencer la partie.C'est une série en fait passionnante à imaginer, mais d'une lenteur presque obscène à subir. Je ne sors pas de Pluribus en me disant que j'ai vu une mauvaise idée. Au contraire. J'ai l'impression d'avoir vu l'un des concepts de science-fiction les plus excitants de ces dernières années... traité de manière amorphe faisant de Pluribus le porte étendard de l'inertie collective.

bloodborne
3
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le 26 juil. 2026

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