Reunion
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Reunion

Série BBC One (2025)

À l'instar de Sound of Metal ou de CODA, qui avaient tous deux placé la surdité au cœur de leur dramaturgie, Reunion fait partie de ce que la BBC a produit de plus intéressant en 2025. Mais là où ces films misaient sur l'émotion cathartique, la série de William Mager et Luke Snellin emprunte au thriller de vengeance des années 70 (Point Blank, The Outfit) pour raconter ce qui commence là où la plupart des polars s'arrêtent : au moment où un homme sort de prison après dix ans pour meurtre. Ici, c'est pour Daniel Brennan, homme sourd, que tout commence, parce que personne n'a jamais écouté sa version.

La série débute sur Brennan qui arrive à son entretien de probation. Caméra fixe, lui face objectif, l'agent de dos. Pas d'interprète pour lier ceux deux personnages. L'homme en costume pose ses questions, Brennan ne répond pas : il ne peut pas, il n'entend pas. L'homme continue. La case est cochée, le formulaire est rempli, le protocole est "respecté". Ce plan de 40 secondes résume la série : le monde n'a pas besoin de t'entendre pour te gérer, il suffit qu'il ait un dossier sur toi.

Et toute la série découle de cette violence bureaucratique.

Brennan a passé dix ans en prison, mais personne ne sait ce qui s'est vraiment passé, parce qu'en garde à vue, l'interprète n'était pas là ; parce qu'à l'audience, les avocats pressés ont traduit vite ; parce qu'en cellule, les codétenus entendants ne signent pas. Le récit pénal s'est écrit sur lui, jamais avec lui. Et il y a une autre violence, plus ancienne : l'abus subi enfant dans une école pour sourds.

La série ne présente pas un seul et unique schéma victimaire. Elle se développe autour de trois personnages abusés, trois réactions divergentes : l'un veut vengeance, l'autre défend un agresseur faute de repères ailleurs, le troisième porte une culpabilité de complice. Partout l'abus contamine les décennies, infecte les réconciliations et toutes les tentatives d'apaisement se transforment en violence.

Autre point d'intérêt, le bilinguisme (BSL - British Sign Language VS anglais parlé) devient une grammaire pour la prise de vue : quand deux personnages sourds signent, la caméra les suit en plan-séquence. Quand un entendant intervient, le montage se hache, les sous-titres disparaissent une seconde. Snellin force le spectateur à vivre les ratés de traduction comme des trous dans le récit. Le sound design fait le reste : bruits étouffés, vibrations graves de la musique dans la voiture ou pendant une soirée, séquences de mutisme total lorsque la caméra se place derrière l'oreille sourde de Brennan. L'accessibilité devient une mise en scène et c'est génial.

Brennan est colérique, opaque, détestable. Matthew Gurney le joue en animal blessé (et pas comme une victime courageuse, comme on pourrait l'attendre). Reunion ne plaide pas pour l'inclusion. Elle filme la violence structurelle de ne jamais avoir eu la parole et elle te force à sentir ce que ça fait quand un système te classe, te juge, te condamne, sans jamais avoir su comment tu prononces / signes ton propre nom.

phame
7
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le 16 janv. 2026

Critique lue 21 fois

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