Je ne laisse jamais de commentaires sur des séries, genre que j'estime généralement peu car propre à occuper trop facilement mon temps de cerveau disponible, faute d'énergie à lui consacrer pour des stimulations plus enrichissantes. Mais cette 3ème adaptation de M. Ripley de Patricia Highsmith est un sommet du genre. Zallian assisté par son chef opérateur Robert Elswitt (habituel collaborateur de Paul Thomas Anderson) prend le parti pris du noir et blanc (alors que le spectateur est plutôt habitué avec les adaptations de René Clément et d'Anthony Minghella à une Italie solaire aux couleurs éclatantes des années 50) qu'il inscrit dans la tradition du cinéma expressionniste allemand et de la série noire. Dans cet univers sombre et hivernal (les séquences semblent se passer hors saison, le décor vide de passants et de touristes), la série restitue pleinement les enjeux posés par le roman : il s'agira de s'identifier à un personnage qui vit de petites escroqueries et devient par sa bonne fortune un héros criminel qui échappe à la punition et le spectateur de jouir au fur et à mesure qu'avance l'intrigue, des procédés par lesquels l'enquête menée par la police échoue à le confondre. L'intrigue prend son temps, exactement au rythme du roman (le climax intervenant au début alors que les deux adaptations le rejetaient au mi temps des films). Andrew Scott n'a pas le charme de Delon ou Damon mais correspond davantage au profil psychologique du personnage du roman inventé par Highsmith. Enfin, la série délivre par moments de purs instants de beauté et de grâce : une composition dont le cadre va citer René Magritte ou une séquence faisant écho au Caravage.
Ripley s'inscrit comme le modèle de l' adaptation parfaitement raccord avec les intentions d'une œuvre littéraire, alors que tant d'autres trahissent pour le pire ou le meilleur leur modèle.