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Bienvenue dans une chocolaterie au nom évocateur : Le Sauveur. Installez-vous, laissez-vous porter par cette coproduction coréano-japonaise, ouvrez votre boîte de chocolats et dégustez. Bonheur tranquille. Douceur réconfortante. Ne vous posez pas de questions. Juste se laisser porter. Simplement.


Hana Lee (Han Hyo-joo), chocolatière talentueuse mais incapable de soutenir un regard, rencontre Sosuke Fujiwara (Shun Oguri), riche héritier d’une confiserie prisonnier d’une phobie du contact. Deux âmes solitaires réunies par le goût du cacao, mais séparées par la peur de l’autre.


Chaque épisode s’articule comme un carré de chocolat à part entière. Le yuzu marque le départ du voyage. Le wasabi réveille, le sakura célèbre la fragilité, l’orangette adoucit l’amertume, et la confiserie en deux façons reflète leur relation : deux êtres distincts mais qui n’en forment qu’un. L’hommage rendu au chocolatier Kenji agit comme un passage de flambeau entre générations et sensibilités. Tout converge vers ce dernier symbole, évident mais magnifique : Le Sauveur. Le nom de la chocolaterie ne désigne pas seulement un lieu, mais la promesse d’une rédemption. Le chocolat n’y guérit pas les âmes, il les apaise.


Ce qui charme, c’est cette atmosphère à la fois gourmande et sensuelle, pleine de respect. Pas de sensualité torride ici, mais celle, plus rare, qui naît de la confiance. Chaque geste, chaque mot devient lien. La série respire la sincérité : elle ne triche pas, ne surjoue rien. La langue japonaise y déploie toute sa musicalité poétique, et la mise en scène, lumineuse et apaisante, flatte autant l’œil que le cœur.


Les troubles de nos deux personnages forment le cœur symbolique du récit.


La peur du regard symbolise celle d’être évalué, critiqué, rejeté ; mais aussi la peur de se dévoiler, de laisser entrevoir ses fragilités. Hana redoute autant d’être vue que de se voir elle-même à travers les yeux des autres. Dans une société où la performance et la maîtrise de soi sont des normes, l’émotion devient presque une faute.


La mysophobie de Sosuke, elle, puise dans un traumatisme d’enfance. Depuis, toucher, c’est risquer de nuire. Chaque contact réactive une faute ancienne, celle d’avoir détruit malgré lui. Muré dans la précaution, il se protège du monde derrière une perfection de façade. On ne voit jamais son logement : il vit dans les espaces de travail, vitrines impeccables, où rien ne déborde. Cette peur n’est pas un simple tic maniaque : c’est une culpabilité devenue système de défense, une propreté comme rempart contre la douleur. Et c’est ce qui rend sa relation avec Hana si belle : elle ne le soigne pas, elle lui réapprend à vivre dans l’imperfection, à accepter la trace. En l’aimant, elle lui permet d’exister autrement que dans le contrôle.


En miroir, Hiro (Jin Akanishi) et Irene (Yuri Nakamura) incarnent un autre versant de la peur. Pas celle du contact. Celle de l’attachement. Irene préfère fuir avant d’aimer. Hiro, lui, incarne l’inverse : le besoin de protéger, de chérir, même si l’autre refuse d’être aimée. Leur relation, suspendue mais vibrante, illustre ce vertige du lien affectif : vouloir aimer sans savoir comment ne pas blesser.


Leur histoire, plus discrète mais profondément humaine, apporte une nuance mélancolique à l’ensemble.


Oui, quelques clichés parsèment le récit, mais ils sont vite balayés par la sincérité de l’ensemble. Romantics Anonymous n’a rien de révolutionnaire, mais c’est une série (bien construite) qui fait du bien : apaisante, sincère et réconfortante, comme un carré d’un très bon chocolatier. Certes l’épisode du pays utopique est un peu farfelu mais il ne gâche en rien le plaisir.


Et quand la série s’achève sur une fin ouverte, promesse d’une éventuelle saison 2, on se surprend à l’espérer, non pour un rebondissement, mais pour retrouver cette bulle de tendresse, cette petite entreprise de bonheur simple.


Alors, savourez pleinement cette sympathique série tout en vous laissant bercer par cette si jolie langue qu’est le japonais. Bien entendu, prévoyez une jolie boîte de (très bons) chocolats d’un maître chocolatier.

AliceJeanne
9
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le 11 nov. 2025

Critique lue 81 fois

AliceJeanne

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5

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