Rooster
6.7
Rooster

Série HBO Max (2026)

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Je souffre d’une maladie : une accoutumance aux comédies de Bill Lawrence, ainsi qu’un amour immodéré pour Steve Carrel. Et à mon grand désarroi, je ne peux rien y faire... si ce n’est succomber à ma tentation comme un diabétique devant son pot de Nutella. Alors quand la première bande annonce pour Rooster est sortie de sous les radars, lorsque j’ai vu, de mes yeux vus, qui en était le créateur et qui en serait le héros, mon cœur n’a fait qu’un bon. A ce moment, si quelqu’un avait été dans la pièce avec moi, il aurait pu assister à un spectacle digne d’un cartoon à la Tex Avery, de celui où le cœur du loup devant cette simili Jessica Rabbit se met à cogner si fort contre sa cage thoracique qu’il en dépasse comme un piston.


Naturellement, j’exagère. C’est une vilaine habitude chez moi quand j’aime quelque chose : je l’encense jusqu’à plus soif alors même que je sais pertinemment qu’elle n’est pas parfaite. Donc faisons défiler en vitesse x3 les quelques défauts que l’on peut recenser chez Rooster : contrairement à beaucoup de productions contemporaines, elle ne démarre pas sur les chapeaux de roue ; on croule sous les personnages dès l’entame sans vraiment s’attacher à aucun ; l’humour n’est pas aussi frontal que dans les précédentes créations de son showrunner… et c’est à peu près tout. Le reste est aussi agréable que d’éternuer trois fois à la suite ou de se soulager après un long trajet en bus.


Parce qu’il faut justement revenir deux secondes sur ce fameux showrunner : Bill Lawrence. Même si son nom ne vous dit rien, vous connaissez probablement déjà son travail. C’est le mec derrière Scrubs, Ted Lasso ou encore plus récemment le fantastique Shrinking. Bref, un immanquable de la comédie américaine moderne. Et depuis cinq ans, impossible de le rater tant il fait les beaux jours de Apple TV et de HBO.


Rooster s’inscrit parfaitement dans cette trajectoire-là : une future pépite. Parce que, oui, même si le début avance au ralenti - du genre en déambulateur - une fois passé le cap des trois premiers épisodes, la série atteint son rythme de croisière, ou plutôt troque son bateau à voile pour un avion sponsorisé par l'aviation japonaise avec pour cible de mission : votre cœur. Les personnages s’étoffent, se densifient, ouvrent enfin leur cœur. Les enjeux deviennent tangibles, les relations truculentes. Comme Shrinking, Rooster repose sur des tropes très soapy. Si vous êtes venus chercher de l’intrigue pure, passez votre route : ici, il est question d’humain. Ou plutôt de relations humaines.


Et c’est tellement bien écrit que j’ai du mal, contrairement à un Friends calibré autour d’intrigues A/B/C, à résumer précisément un épisode. Tout semble organique, fluide, imbriqué dans un ensemble qui, malgré les apparences, possède un véritable cap. Les angles narratifs sont moins rugueux, nettement plus souples que pour une sitcom traditionnelle. Rooster devient alors ce que raconte magnifiquement son dernier épisode : la générosité aveugle de George Bailey dans La Vie est Belle téléporter sur ce campus. Ce type dont tout le monde a besoin sans qu’il ne réalise lui-même son importance (d’où notre attachement sans faille). Chaque vie qui croise sa route finit transformée, plus épanouie que la veille. Encore cette marotte d’un naïf auteur prêchant cette satané bienveillance !


Autour de lui gravite toute une constellation de personnages hauts en couleur et en conflits : sa fille, qu’il vient exprès épauler après une rupture difficile ; un directeur un peu trop fana de Roosevelt ; une secrétaire qui n'a pas froid dans le dos ni dans la culotte ; un policier à double-moitié manchot ; un étudiant à la dérive auquel il s’attache immédiatement ; tout un microcosme qui s’entrechoque et se répond. Rooster agit comme un véritable catalyseur narratif : sa simple présence sur le campus provoque une collision permanente de particules émotionnelles. Autant le dire, ça caracole avec charme et charisme.


Et puis il y a tout le reste : cet amour du feel good, du bon mot, de la répartie, de la référence parfaite ; ce timing comique presque incomparable ; cette manière qu’a le casting entier d’évoluer à l’unisson ; ces petites leçons de vie disséminées entre deux blagues ; ces moments où le rire est à deux doigts de basculer vers des larmes de joie. Une interprétation superbe. Une mise en scène qui pèse largement son pesant de cacahuètes. Un campus en briques rouges, baigné d'une photographie légèrement délavée qui rappelle le cinéma indé américain des 90's. Une playlist savoureuse qui vous forcera à Shazam chaque épisode. En somme, quelque chose de profondément chaleureux et réconfortant. C’est un peu mes Feux de l’Amour à moi.


Et cette maturité d’écriture est à la fois fascinante et profondément frustrante. Non pas uniquement parce qu’elle donne envie d’écrire une œuvre pareille - quoiqu’un peu quand même - mais surtout parce qu’elle rappelle à quel point le système des writers’ rooms américaines reste difficile à faire émerger en France, notamment dans un registre aussi maltraité que la comédie. Pouvoir encore écrire une série comme celle-là, et surtout réussir à la faire produire et diffuser, me donne malgré tout l’impression que tout n’est peut-être pas encore foutu pour le divertissement télévisuel.


À ce rythme-là, Bill Lawrence, qui semble avoir mis le doigt sur la théorie du succès, risque fort sérieusement de grimper encore dans mon panthéon personnel des showrunners. A l'aune de cette critique, mon 7 pourra sonner un peu radin, mais attendons quand même la confirmation de l'essai lorsque la saison 2 sortira (même si j'émets peu de doute sur son indéniable qualité).

OuaZz
7
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le 13 mai 2026

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