La plupart des critiques se bornent à dire que Lain fait réfléchir, en évoquant les différents thèmes. L'œuvre est bien trop dense pour être épuisée par une seule critique, aussi vais-je me contenter d'approfondir la dichotomie matière / esprit.
Lain découvre qu'une forme de conscience peut subsister dans le Wired, internet, et que Dieu s'y trouverait. Elle décide alors d'enquêter et finit par rencontrer ce Dieu qui est grosso modo la somme totale des données du Wired prenant conscience.
Selon lui, internet est une couche supérieure de la réalité, et il a pour but de télécharger toutes les consciences dans cet espace informatique afin qu'elles puissent devenir immortelles, sans subir les vicissitudes du corps dont elles seraient débarrassé.
Lain va progressivement croire à la supériorité ontologique du Wired dans lequel elle s'engouffre de jour en jour, tandis que l'importance de son existence matérielle s'amoindrit. Elle ne devient plus qu'un esprit qui prend de l'envergure au sein du Wired : son corps devient quant à lui un simple réceptacle branché de toute part au réseau.
Mais Lain est traversée d'une fulgurance, et une idée cruciale lui vient : en quoi ce Dieu serait t-il le maître d'une réalité supérieure alors que l'existence même du Wired dépend de tout un tas d'appareils servant à la communication ? Il a bien fallut inventer ces appareils, puis internet. Elle comprend que ce monde virtuel, les informations qui y affluent, les consciences qui y restent et le Dieu qui est l'entité de ce tout ne sont en fait qu'une réalité subsidiaire et dérivée de la matière dont elle dépend.
L'idée principale est la suivante : si internet se développait suffisamment pour développer une conscience, alors cette conscience serait strictement dérivée de la matière qui la génère. Autrement dit, il suffit de débrancher le réseau global pour que cette conscience cesse d'exister. Tandis que les hommes, eux, pleinement vivants, continueront d'être : ils ne dérivent pas d'internet.
Je pense que nous pouvons étendre cette idée et la pousser jusqu'à son terme. Au fond, si internet dérive de la matière, que la conscience d'internet considéré comme une entité dérive également de la matière, alors notre propre conscience dérive aussi de la matière : c'est le réseau neuronal qui génère la conscience et non l'inverse.
Un pur idéaliste considérerait en effet qu'internet est l'invention idéale pour stocker la conscience et vivre dans une réalité supposée supérieure et préférable. Certains en rêvent. Mais tout dans Lain prend le parti inverse : c'est la chair qui est vivante, la matière dont tout dérive, qui compte. Vivre comme pure conscience dans un monde informatique, ou bien vivre comme pure conscience dans son monastère, c'est au fond la même erreur : l'oubli de la réalité d'où provient la vie