le 29 mars 2025
prévisiblement médiocre
Je pense que Severance représente tout ce qui ne va pas avec le format sériel. On commence avec une idée sympa sur le papier (mais juste sur le papier) où des gens séparent leur vie pro et de leur...
Si Severance cummule de nombreuses tares de la série moderne, entre episodes filler interminables, un côté soap opéra qui peut être agaçant, des clifhangers systematiques destinés à rendre l'audience aussi captive de la série que les inters le sont de leur travail, etc, il n'en reste pas moins que son propos sur l'aliénation engendrée par le milieu du travail en général et dans les grandes entreprises en particulier me semble taper fort juste.
Le côté absurde des tâches demandées aux employés (et y compris le fait que ces gens passent leur temps à ne rien faire, renvoyant au grand rien à somme nulle -pour ne pas dire à somme négative- que peut revêtir une vaste majorité des activités humaines liées au "travail") et des récompenses risibles qui leur sont octroyées lorsqu'ils atteignent leurs objectifs, la dissociation plus que réelle confinant parfois à la schizophrénie entre la personna qu'on revêt au travail et celle de notre vie de tous les jours, la subordination inhumaine imposée par les contrats qui lient les employés à leurs employeurs, le veritable culte rendu aux grandes figures de l'entrepreneuriat et aux chefs d'entreprise, ainsi que le caractère carcéral des grandes structures me semblent toutes tout à fait lucides et pertinentes.
Severance fait donc partie de ces series qui tiennent surtout à travers leur propos allegorique plus qu'a travers leur intrigue. Dans un tout autre style, une série comme Squid Game fonctionne également sur le même principe.
Pour développer cette allegorie, Severance fait appel à une science-fiction dystopique qui fait son job: tendre un mirroir déformant à la société pour la forcer à voir ce qu'elle préfère nier et amener les individus qui la composent à se poser quelques questions (même si ça ne changera rien, on est d'accord).
Y-a-t-il quoi que ce soit de moins démocratique qu'une entreprise? Les dirigeants des entreprises ont-ils quoi que ce soit à envier aux cultes de la personnalité développé par tous les grands despotes? A quel point notre travail nous definit-il? Et est-ce que ça n'est pas particulièrement ridicule d'attacher une telle importance à quelque chose qui nous est imposé?
Autant de questions auxquelles la série répond par une démonstration par l'absurde pour nous forcer à contempler le désert aseptisé, régit par des commandements vides de sens profonds, qui occupe une part importante de nos vies.
En rapprochant le culte rendu à Kier de la religion, Severance nous rappelle que les principes qui régissent le travail ou l'entreprise, ne sont rien moins qu’irrationnel, mais peut-être aussi nous montre-t-elle le culte inhumain que nous rendons à un nouveau veau d'or géant triomphant.
J'ai travaillé pendant 20 ans dans un bureau, par conséquent, j'ai l'impression d'avoir un peu vécu la même expérience (toute proportion gardée) que les protagonistes de la série. Et vous savez ce qui témoigne le plus de mon aliénation la plus totale à ce système ? C'est que je fais tout en ce moment pour y retourner.
Severance est donc une série qui au delà de ses défauts cités en début de billet parvient à travers une allégorie résolument critique à dresser un tableau peu reluisant, mais assez lucide, du travail en entreprise et de ses conséquences sur nos vies fracturées.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Top Séries SF/Fantastique
Créée
le 31 juil. 2025
Critique lue 316 fois
le 29 mars 2025
Je pense que Severance représente tout ce qui ne va pas avec le format sériel. On commence avec une idée sympa sur le papier (mais juste sur le papier) où des gens séparent leur vie pro et de leur...
le 26 mai 2022
Saison 1 :Et si "Severance" (« rupture » en anglais, mais le mot est également systématiquement utilisé quand on fait référence au licenciement, au départ d’un employé, ce qui est important…) était...
le 19 nov. 2023
Cette série a tout pour plaire. Un jeu d'acteurs remarquables, une image parfaite, un fond sonore aux petits oignons. On passe de merveilleux moments dans ce monde imaginaire, entre effroi et...
le 18 déc. 2015
Divulgâchage épique dans ce billet!!! Au départ, j'avais décidé de pas intervenir. Je m'étais dis: " mon petit Sam, est-ce que ça vaut vraiment la peine de t'embarquer là dedans? Parce que tu sais...
le 8 oct. 2019
Le succès incroyable de Joker au box office ne va pas sans une certaine ironie pour un film qui s'inspire tant du Nouvel Hollywood. Le Nouvel Hollywood, c'est cette période du cinéma américain ou...
10
le 4 mars 2012
On est en 1993, j'ai 15 ans (enfin plus ou moins), et je m'ennuie un peu en cette soirée d'hiver, je déprime pas mal aussi. J'allume la télévision et je zappe d'une série B à une série française...
NOUVELLE APP MOBILE.
NOUVELLE EXPÉRIENCE.
Téléchargez l’app SensCritique, explorez, vibrez et partagez vos avis sur vos œuvres préférées.

À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2025 SensCritique