On pouvait légitiment craindre une suite paresseuse, mais l’équipe a su renouveler leur série, en reprenant à leur compte tous les codes des jeux de Télé Réalité type Battle Royal. Entre le retour d’un ancien champion venu apporter son expérience du terrain aux nouveaux candidats, l’ajout de nouvelles épreuves, de nouvelles règles modifiant sensiblement la donne, un nouveau casting dans l’ère du temps dont l’addition des caractères génère de nouvelles dynamiques de groupe… Le spectateur de Koh-Lanta que je suis ne pouvait qu’être comblé.
Squid Game reste l’une des rares séries devant lesquelles je n’ai pas la sensation de regarder un téléfilm de 10 heures, ce grâce à deux éléments fondamentaux mais trop souvent négligés dans les productions télévisuelles récentes. D’une part, chaque épisode possède son propre enjeu narratif autour duquel s’articule toute son intrigue, évitant ainsi les habituels épisodes fillers où il ne se passe strictement rien ; et d’autre part, bien qu’extrêmement nombreux, la quasi totalité des personnages sont rassemblés au même endroit, poursuivent le même objectif et interagissent constamment entre eux, ce qui fait que la série ne se perd jamais dans une ribambelle de sous intrigues déconnectées de la quête principale. Ce sont ces choix narratifs qui permettent à la saison de conserver un rythme de croisière soutenu et de proposer 7 épisodes sans temps mort, où action, suspens et émotion répondent toujours présents.
La satire sociétale de la série y est aussi encore plus limpide, puisque les participants au Squid Game sont rendus responsables de leur effroyable situation par ceux-là même qui ont crées toutes les conditions de leur déchéance et qui, comble de l’hypocrisie, profitent de leur détresse pour assurer le divertissement des bourgeois. A ce titre, la place que revêt l’ancien champion dans ces nouveaux jeux est particulièrement fourbe.
Ce dernier sait désormais que la perspective du gros lot est un mirage sur lequel repose tout ce vicieux système, obligeant les prolos à s’entre dévorer pour espérer faire partie des 1% les plus riches, alors que la quasi totalité d’entre eux se condamnent juste à une mort certaine. C’est pourquoi Gi-Hun s’échinera durant toute la saison à sortir ses camardes de l’idéologie capitaliste, et fera en sorte de les unir pour renverser cet odieux système. Une révolution anticipée et même ardemment souhaitée par la direction de Squid Game, voyant là une bonne occasion de punir le dissident, en le mettant face aux funestes conséquences de ces actes.
En réprimant violemment la contestation dans le sang, la direction espère bien supprimer toutes velléités révolutionnaires chez ses participants. Un narratif savamment orchestré et qui ravira sûrement le public de mystérieux milliardaires se délectant de tout ce spectacle en toute discrétion. Mais évidemment, l’affaire n’en restera pas là et j’attends avec impatience la suite pour avoir le fin mot de l’histoire.
Vous l’aurez compris, cette seconde fournée a donc bien plus d’intérêts que ce que l’on a pu en dire ici ou ailleurs. Mais les membres de Sens Critique n’avaient déjà pas une haute opinion de la première saison, alors une saison 2 initialement non envisagée par son créateur, pensez-vous, ça ne vaut même pas la peine de s’y attarde. A moins bien sûr de la hatewatcher en une après-midi et de poster sa critique le soir même pour bien se faire mousser, en confortant son audience dans ses préjuges de départ sans chercher à élever le débat.
Malgré toutes ses qualités, les gens préféreront toujours se branlouiller devant la dernière série Apple + du moment et ce, même si elle est beaucoup moins riche sur le plan thématique et largement moins aboutie narrativement ; tant qu’elle a de la gueule et qu’elle donne la sensation d’avoir matière à réfléchir, il n’y a paradoxalement pas besoin de se poser plus de questions que ça.
Critique de la S1 : https://www.senscritique.com/serie/squid_game/critique/258351748
Critique de la S3 : https://www.senscritique.com/serie/squid_game_3/critique/326445706