Squid Game 3
5.9
Squid Game 3

Drama Netflix (2025)

Déçu par le traitement des élites. J’aurais préféré que l’on questionne plus frontalement le spectacle mortuaire auquel les spectateurs (fictifs comme réels) ont pu assister au cours de cette double saison. On limite la chose à quelques allusions au détour de certains dialogues, sans que le sujet ne soit véritablement traité, alors que le maître des jeux avait pourtant élaboré tout un storytelling au cours du show, épousant de surcroît l’idéologie individualiste des milliardaires et le regard condescendant que ces derniers portent sur l’ensemble des participants. Le méchant voulait en effet briser la fois indéfectible de Gi-hun dans le genre humain, afin de le faire adhérer à sa cause et potentiellement, le transformer en allié de son système, comme il l’est lui-même devenu après sa participation aux jeux.


Le parallèle avec la fin de Snowpiercer ou de Matrix Reloaded est assez évident, d’autant plus lorsque, à l’instar de ces deux œuvres, le héros brise le cercle vicieux dans lequel on tente de l’enfermer ; prouvant à ces élites qu’il est possible de traverser leur purgatoire en conservant jusqu'au bout son humanité.


Il est donc regrettable que les dites élites ne réagissent pas plus à quelque chose qui devrait pourtant sérieusement écorner leurs certitudes.


C’est d’ailleurs pour cela que, malgré la tournure dramatique des évènements, la fin m’apparaît beaucoup lumineuse que celle de la première saison. Déjà parce que, deux survivants (le bébé + N° 246 sauvé par la gardienne nord-coréenne) ça fait déjà un ratio supérieur à celui de la S1 qui n’en comptait qu’un seul. Mais surtout, si lors de la précédente édition, “les décideurs” avaient le contrôle sur le déroulé des jeux ; alternant des épreuves pour souder puis pour diviser les candidats afin de les amener progressivement à s’entre dévorer ; ici la présence de Gi-hun a suffit à perturber leurs mécaniques bien huilées.


Certes, sa participation était encadrée par le maître du jeu en personne et la révolution qu’il fomentait fut soigneusement désamorcée, mais ses actions n’ont pas été vaines pour autant. Elles ont fait naître très tôt une prise de conscience chez certains ; ont permis à des participants de survire beaucoup plus longtemps qu’ils ne l’auraient dû (y compris les pires raclures du dernier épisode) ; et ont incité les plus fragiles à s’allier les uns aux autres pour aller bout de cet enfer ensemble. La survie du bébé en fin de partie est le résultat de cette alliance. Il représente à lui seul la victoire de la solidarité, de l’entraide et du sacrifice face à la pensée individualiste, dont la défaite est symbolisée par l’échec de toutes ces fripouilles qui, à la dernière épreuve, se révèleront incapables d’avancer ensemble alors qu’ils avaient pourtant l’avantage du nombre.


A défaut d’avoir sauvé leurs vies, Gi-hun et ses alliés sont parvenus à sauver leurs âmes, ce que la gardienne nord-coréenne finira également par accomplir, elle qui s’était laissée convaincre par la vision de ses patrons, la persuadant qu’elle ne faisait qu’abréger la souffrance de miséreux sans avenir, la suite de son sauvetage lui prouva qu’il n’en était rien.


Reste à savoir si la fille de Gi-hun et le gamin de 222 sauront se montrer dignes de cet héritage ou finiront comme tous ces gosses de riche, dépensant leur capital selon leur bon vouloir, sans avoir conscience du nombre de morts sur lequel s’est bâtie leur fortune.


Aussi, mêmes si il na pas complètement répondu à mes attentes, Hwang Dong-hyeok conclut néanmoins l’arc de son personnage principal avec brio. Aboutissant à une saison tout aussi créative et maîtrisée que la précédente, il a su pousser encore plus loin les possibilités de son concept et offrir une histoire complémentaire à la première, sans jamais dénaturer la cohérence artistique de son œuvre.


Les trois saisons forment ainsi un ensemble solide se suffisant parfaitement à lui-même. Mais c’était sans compter sur l’avidité de Netflix qui tease déjà une suite avec un cameo de Cate Blanchett.


On ignore si le créateur sera associé à la suite mais, si l’action se voit délocalisé aux Etats-Unis comme la toute fin le laisse présager, alors on aura d’office une cassure nette entre les trois premières saisons et ce qu’il adviendra ensuite, de sorte à ce qu’on puisse considérer la suite comme un spin off US dispensable et, franchement, ce serait le meilleur compromis pour éviter de trop entacher l’œuvre dans son ensemble.


Critique de la S1 : https://www.senscritique.com/serie/squid_game/critique/258351748

Critique de la S2 : https://www.senscritique.com/serie/squid_game_2/critique/317217447

AlfredTordu
9
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le 13 juil. 2025

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Alfred Tordu

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