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I Remember damage …
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le 9 févr. 2022
Ce qui plaît, normalement, dans une série apocalyptique, c’est la terreur.
La vraie.
Celle qui te prend à la gorge et te fait te demander, très concrètement : je fais quoi ?
Où je vais ? Qui je protège ? Qui je laisse crever ? Est-ce que je deviens un salaud ou est-ce que je meurs propre ?
Une pandémie qui tue 99 % de l’humanité en quarante-huit heures, ce n’est pas un décor poétique.
C’est la fin de tout :
– plus d’électricité,
– plus de chaînes logistiques,
– plus de médicaments,
– plus d’agriculture organisée,
– plus d’hôpitaux,
– plus de contraception,
– plus d’État.
C’est un nouveau Moyen Âge, mais sans clergé, sans savoir-faire, sans transmission.
Les centrales nucléaires explosent parce que plus personne ne les entretient.
Les villes deviennent des pièges.
La famine revient.
La violence devient une compétence sociale.
La propreté cesse d’exister.
Les femmes meurent en couche.
Les faibles crèvent.
Bref : l’horreur.
Et Station Eleven raconte quoi, avec ce point de départ ?
Une troupe de comédiens itinérants qui jouent Shakespeare. Pendant dix épisodes. On est censé être après l’effondrement de la civilisation industrielle, et la série nous propose un road movie de bohèmes sensibles, qui traversent un monde vidé… de tout ce qui fait normalement un monde post-apocalyptique.
Pas de famine.
Pas de misère.
Pas de pénurie.
Pas de maladies persistantes.
Pas de travail écrasant pour survivre.
Personne ne cultive vraiment.
Personne ne crève vraiment.
Les gens sont là, disponibles, oisifs, propres, polis — comme si l’apocalypse avait surtout supprimé les embouteillages et LinkedIn.
Même le handicap devient une abstraction morale :
un homme sans bras, incapable de produire quoi que ce soit dans une économie de survie, est tranquillement entretenu par la communauté.
Dans un monde où, historiquement, ne pas pouvoir travailler douze heures par jour signifiait mourir.
Mais non : ici, tout va bien. L’humanisme tient sans calories.
Et les enfants ?
Pas traumatisés.
Pas affamés.
Pas violents.
Juste un peu mystiques.
Le seul seigneur de guerre est un type vaguement dérangé qui cite la Bible et enlève des enfants — histoire de cocher la case « noirceur » sans salir l’ambiance.
En réalité, Station Eleven n’est pas une série post-apocalyptique.
C’est une fantaisie bourgeoise post-effondrement.
Un monde où la civilisation disparaît, mais où les valeurs culturelles des classes supérieures survivent intactes :
l’art, la sensibilité, la mémoire, la douceur, Shakespeare au coin du feu.
C’est une apocalypse sans laideur.
Sans sueur.
Sans merde.
Une apocalypse Instagram.
Au fond, la série raconte une chose très simple — et très gênante :
que peut-être, finalement, on serait mieux sans civilisation.
Sans masses.
Sans industrie.
Sans trop de monde.
Une apocalypse malthusienne, douce, presque souhaitable.
99 % de l’humanité exterminée… et soudain, tout devient plus calme, plus humain, plus poétique.
Créée
le 18 janv. 2026
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