The Crown
7.6
The Crown

Série Netflix (2016)

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De Crownton Abbey à la Reine Elisabeth Regina de Churchill

Pari réussi, The Crown arrive à dépasser le niveau de Downton Abbey après 1 seule saison.
Downton Abbey, bien que magnifique, s'enfermait dans son sujet : une peinture de moeurs du déclin du mode de vie des grandes maisons dans l'Angleterre du début XXème siècle. La série utilisait allègrement l'humour anglais pour détendre l'atmosphère face à de petites histoires de familles qui nous rappelleraient autrement trop les nôtres et en deviendraient vite lassantes. Fort plaisante, la série manquait en conséquence parfois de profondeur, les sujets sérieux se situant définitivement aux marges, les relations entre les personnes paraissaient parfois factices et bien trop lisses.
C'est pourtant précisément pour cette légèreté qu'on la regardait. Pour passer un bon moment, on pouvait se passer du reste tellement les jeux d'acteurs de la douairière ou de Carson étaient exceptionnels.


A la différence, The Crown utilise l'histoire Elisabeth II comme prétexte mais le centre du propos est l'analyse des comportements humains au sein de la famille royale et du gouvernement. Et la série réalise le tour de force de nous maintenir en haleine tout à la fois (jusqu'à nous évoquer des questions de constitutionnalité, chapeau).
Ainsi, The Crown tente de rendre compte des problématiques réelles du pouvoir dans les monarchies parlementaires :
- la maladie et la vieillesse du corps dirigeant comme force et faiblesse et ce qu'elles comportent de renoncement et de déni proprement humains via Georges VI, Winston Churchill ou encore Anthony Eden (la relation de Georges VI et de sa mère à la cigarette ; de Winston Churchill à la déchéance physique ; l'impuissance d'Anthony Eden face à Nasser comme un écho à sa propre maladie).
- l'impossibilité pour la reine de se diviser à la fois entre Elisabeth Mountbatten et Elisabeth Regina et l'hypocrisie de pouvoir utiliser l'une ou l'autre identité pour assouvir des démarches personnelles (les relations d'Elisabeth II à sa soeur, à son mari, à Peter Townsend, à Porchester, etc).
- les attitudes conservatrices des personnels de la vieille garde qui illustrent leurs propres envies de pouvoir en se cachant derrière une volonté de protection de la royauté comme institution (la question de l'arbre que Charteris a le malheur d'imaginer couper avant de vouloir rentrer en fonction, le refus d'inviter la femme d'Edouard VIII au mariage d'Elisabeth II, etc).
- la relation d'Edouard VIII à sa famille, le marchandage de son silence (la relation envieuse d'Edouard VIII et ses conseils à la reine, etc).


A un moment, The Crown nous dit en substance par la bouche de Winston Churchill qu'Elisabeth II ne doit jamais briser l'armure car la population tend à vouloir personnaliser l'idée du monarque plutôt qu'à vouloir une personne en chair et en os, en limitation de ses capacités humaines et en proie à ses petites faiblesses.
C'est à mon sens une remarque très juste. La population recherche un guide qui soit incapable des mesquineries du commun. Un idéal à suivre. Et non pas une personne ordinaire.
La série va nous rappeler à plusieurs reprises que le silence est d'or, que la monarchie doit éviter de se montrer pour survivre.
On peut dès lors se demander à quel point la série décide de briser, volontairement, l'armure, l'image construite de la royauté. Et, ce faisant, derrière une volonté d'humaniser une reine, continue le processus de déconstruction d'une monarchie anglaise qui n'est plus que protocolaire.
C'est une dualité anglaise stupéfiante (tabloïds/tradition) à nouveau mise en lumière et qui ne cache pas à mon sens la plus petite des hypocrisies.
Cette dualité laisse toutefois penser qu'il reste sur ces terres un absolu de l'idée monarchique, une idée de la norme, qui n'existe presque plus de l'autre côté de la Manche. Mais cet absolu est-il encore vraiment là, et pour combien de temps ? N'observe-t-on pas désormais tout ce décorum par l'intermédiaire de séries comme on observe les vieilles ruines de l'abbaye en se remémorant des temps anciens ? N'observe-t-on via The Crown les dernières minutes de la monarchie anglaise d'Elisabeth II - avant même son décès - comme on a décidé de se remémorer les temps anciens des grandes maisons nobles avec Downton Abbey ?

Quintus-Flavius
9
Écrit par

Créée

le 17 janv. 2017

Critique lue 3.7K fois

Quintus Flavius

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2

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