Saison 1 (8/10) :
Au vu du sujet, il m'était vraiment difficile de passer à côté de « The Good Place », série se révélant rapidement inclassable aussi bien par son étonnant mélange des genres que son décalage constant vis-à-vis de ce qu'elle raconte. Pas de fioritures : nous sommes d'emblée plongés dans ce monde très (très) coloré rappelant aisément les couleurs criardes de « Pushing Daisies » (autre série « légère » sur un thème qui l'était beaucoup moins), où les enjeux sont rapidement clairs et identifiés, ce qui n'empêche nullement la série de s'enrichir de révélations au fil des épisodes.
Nous restons souvent dans une logique très sitcom (ce qui n'est pas un reproche, ne serait-ce que par sa durée), où l'écriture est reine, avec le maximum de répliques réjouissantes à balancer par épisode, sans jamais perdre de vue ses délicieux personnages (excellemment interprétés : tous sont à saluer mais Kristen Bell et surtout Ted Danson sont irrésistibles) ou son point de départ : à ce titre, si on pouvait craindre un essoufflement, saluons le talent de Michael Schur pour se renouveler presque constamment, ne donnant presque jamais (ou alors volontairement) une impression de répétition, son affection pour les protagonistes (dont il n'a toutefois pas peur de se moquer!) étant évidente à chaque instant.
C'est drôle, (im)pertinent, parfois un poil lourd et soulevant, presque mine de rien, beaucoup de réflexions captivantes, jusqu'à ce rebondissement final (que j'avais envisagé) rebattant totalement les cartes avant la deuxième saison. D'ici là, qu'il est bon d'avoir pu faire connaissance avec cet univers et ses (anti?)-héros : en espérant que leurs futures péripéties se révéleront aussi réjouissantes (même si, malheureusement, je sais déjà que ce n'est pas le cas).
Saison 2 (6,5/10) :
Dans ma critique de la première saison, j'évoquais l'espoir d'un second volet de qualité identique au précédent, alors que je m'y étais en réalité déjà plongé, savant que celle-ci décevait quelque peu. Pourtant, on ne peut pas lui reprocher de faire la même chose : le rebondissement final change radicalement la donne, offrant une vision totalement différente de celle que nous avions précédemment. Cela fonctionne plutôt bien au début, jouant efficacement la carte de la répétition pour proposer un vaste champ des possibles et offrir des réflexions, là encore, très intéressantes.
Le problème, en plus d'un humour plus facile et un personnage auquel on donne trop d'importance (Jason, pour ne pas le citer), c'est que la machine se raye durement à mi-parcours, tournant plus qu'au ralenti plusieurs épisodes durant au point de nous ennuyer parfois sévèrement. Heureusement, alors que le constat devenait inquiétant et que l'on perdait espoir, Michael Schur parvient à repartir avec fraîcheur et dynamisme, lançant le récit dans une nouvelle direction nettement plus stimulante, notamment dans cette dernière ligne droite introduisant le personnage particulièrement réjouissant de
la juge, interprété par une Maya Rudolph en feu,
extrêmement drôle.
Encore plus « nonsense » qu'auparavant, toujours aussi bien interprété mais souffrant de faire tourner le récit presque intégralement autour de Ted Danson, vampirisant un peu tout le reste et déséquilibrant grandement le scénario, cette suite démarre et termine bien, à défaut de se montrer constante sur la durée. Reste maintenant à savoir quel chemin prendra la troisième saison, en l'espérant à la fois plus régulière et exploitant avec talent son ultime retournement. À suivre...
Saison 3 (5,5/10) :
La première saison m'avait beaucoup plu. La seconde moins mais il y avait encore de bonnes choses. Celle-ci continue de perdre en intérêt, le récit devenant de plus en plus compliqué à tenir et l'humour délirant nettement moins présent ou en tout cas beaucoup moins efficace. Il y a encore des idées, des décors, des situations savoureuses, mais on a vraiment l'impression que le point de départ qui faisait la force de « The Good Place » est désormais loin et qu'en conséquent, plus rien n'est vraiment pareil.
Reste une capacité à repartir de temps à autre vers des directions inattendues (surtout lorsqu'on s'y attend le moins) et un casting toujours aussi talentueux, mais le sentiment de répétition est beaucoup trop important (certes, c'est en partie voulu, mais ça ne justifie pas tout) pour que l'on puisse réellement se satisfaire du résultat. En espérant que Michael Schur aura le talent pour boucler avec la manière une série se révélant pour l'instant décevante sur la durée.
Saison 4 (6/10) :
Dernière saison d'une série qui battait franchement de l'aîle depuis un moment, « The Good Place » finit, presque contre toute attente, sur une note relativement positive. Sans atteindre les sommets de drôlerie et d'inventivité convoqués dans la première saison, on retrouve au moins un peu l'esprit, l'humour, les dialogues qui faisaient le charme si particulier de l'œuvre avec, ici, un soupçon de mélancolie supplémentaire, notamment à travers un (vrai) dénouement assez touchant.
Moins d'intrigues secondaires bizarres, moins de lourdeurs : cela en serait presque un peu trop sage et classique (enfin, vraiment un peu). Et si l'effet de surprise n'est évidemment plus là, il n'est clairement pas interdit d'avoir un petit pincement au cœur lorsque le dernier générique apparaît : c'est que même déçu par la tournure des derniers événements, on s'était un peu attaché, à Eleanor et sa bande... Bref, sans être une grande conclusion, ces adieux ont quelque chose de touchant, portant un regard légèrement mystérieux mais finalement apaisé sur l'au-délà : bonne route, les amis.
Note générale (6,5/10) :
On ne pourra pas dire que le ressenti aura été exactement le même durant ces quatre saisons ! Après une première à mon sens pas loin d'être culte, « The Good Place » s'est ensuite beaucoup plus reposée sur ses acquis, non sans quelques saillies, coups d'éclat et moments assez marrants, notamment grâce à un talent certain dans l'écriture des dialogues, personnages et certaines situations, mais ayant beaucoup de mal à se renouveler, n'évitant pas la répétition et certaines lourdeurs, s'embourbant presque dans un récit semblant avoir tout donné au départ et n'ayant plus vraiment de nouvelles pistes concrètes et intéressantes à offrir aux spectateurs.
C'est donc presque par fidélité et attachement aux protagonistes que l'on va jusqu'au bout... à raison, l'ultime saison revenant quelque peu aux fondamentaux tout en proposant une approche, un ton différents de ce qui avait été proposé, plus doux, presque apaisé, offrant une vraie conclusion et un regard sur la mort finalement assez touchant, presque philosophique. Sans être exceptionnelle, cette conclusion permet de terminer sur une note positive, à l'image d'une interprétation qui, elle, aura toujours été à la hauteur : mention spéciale à Kristen Bell, Ted Danson et William Jackson Harper pour des protagonistes ayant su, dans leur ensemble, marquer leur empreinte sur la série. Ça ne fait pas tout oublier, loin s'en faut, mais cela permet de se quitter en bons termes : so long, les amis.