Il y a des séries qui marquent. Pas forcément parce qu’elles enchaînent les rebondissements, ni parce qu’elles explosent les codes, mais parce qu’elles creusent profondément dans l’âme humaine. The Hollow Crown, adaptation magistrale des pièces historiques de Shakespeare par la BBC (diffusée en 2012), fait exactement cela. Et plus encore.
Je l’ai découverte un peu par hasard, mais ce fut un choc. Un choc lent, subtil, qui s’infiltre épisode après épisode, porté par une esthétique soignée, des performances d’acteurs bouleversantes, et une parole shakespearienne miraculeusement vivante. Je lui ai mis 9.5/10. Et franchement, c’est presque trop peu.
La série adapte quatre pièces majeures de Shakespeare : Richard II, Henry IV Part 1 & 2 et Henry V. On pourrait s’attendre à une œuvre austère, figée, réservée aux érudits. C’est tout le contraire. The Hollow Crown réussit un tour de force rare : rendre ce théâtre classique profondément accessible sans jamais le simplifier.
La langue est respectée, sublime, mais portée avec une telle émotion qu’elle devient limpide. On est emporté, pris dans les luttes de pouvoir, les dilemmes moraux, les chutes et les élévations de ces rois aussi humains que tragiques.
C’est impossible de parler de cette série sans évoquer les performances d’acteurs. Ben Whishaw en Richard II est littéralement habité. Sa fragilité, sa vanité, sa chute… il est fascinant. Jeremy Irons donne une gravité bouleversante à Henry IV, tandis que Tom Hiddleston, dans le rôle d’Henry V, est tout simplement exceptionnel. Il incarne la transition de prince frivole à roi stratège avec une justesse remarquable.
Chaque regard, chaque silence, chaque mot est chargé d’émotion, de tension, de sens. Ce n’est pas juste bien joué — c’est vécu.
Visuellement, la série est un régal. Pas d’esbroufe, pas de débauche d’effets. Une esthétique sobre, élégante, parfois mélancolique, qui épouse parfaitement le ton des tragédies. Les décors naturels, la lumière tamisée, les intérieurs austères... tout concourt à créer une atmosphère unique.
La mise en scène ne vole jamais la vedette au texte ou aux acteurs. Elle les met en valeur, comme un écrin met en lumière un joyau.
Ce que j’ai trouvé le plus fort, c’est la façon dont The Hollow Crown questionne le pouvoir. Pas comme une conquête, mais comme un fardeau. La couronne est omniprésente, mais elle est souvent vide de sens, lourde à porter, source de solitude et de tragédies. Le titre de la série — la couronne creuse — est bien plus qu’une image : c’est tout le propos.
Shakespeare écrivait il y a 400 ans, mais il parle encore du monde d’aujourd’hui. De ces figures de pouvoir qui doutent, se déchirent, et parfois s’effondrent sous le poids des attentes.
Alors pourquoi pas un 10/10 ? Simplement parce que certains passages, notamment dans Henry IV Part 2, ralentissent un peu le rythme. Mais ces moments de pause permettent aussi de mieux comprendre les personnages, de les voir dans leurs failles et leurs silences. Ce sont des respirations, pas des longueurs.
The Hollow Crown est une série qui se mérite. Ce n’est pas du binge-watching facile. C’est un voyage, une expérience intime et théâtrale, qui laisse une empreinte durable. Elle m’a rappelé pourquoi j’aimais tant Shakespeare : pour ses mots, oui, mais surtout pour sa façon de révéler l’âme humaine.
Si vous aimez les récits puissants, les drames psychologiques, ou simplement les belles choses, ne passez pas à côté. Et si vous ne connaissez pas Shakespeare ? C’est peut-être l’occasion rêvée de le découvrir autrement.