Dans la défaveur critique qu'a reçue The Idol, il y a sans doute une bonne part de justice. Beaucoup de ce que cette série vise, elle le rate à l'évidence. Elle veut un infâme psychopathe comme leader de sa part d'ombre, elle ne livre qu'un bien peu charismatique Abel Tesfaye, qui incarne mieux le grotesque légume qu'il finira par être que le tyran génial qu'il a voulu jouer. Elle veut un twist final machiavélique, elle ne propose qu'un long et bien peu crédible épilogue qui ne satisfait et ne surprend personne. Et dans sa volonté de baigner le spectateur dans le choc des corps et des mœurs indécentes, elle lasse et verse plus souvent dans le ridicule.
C'est cette prétention générale à en ficher plein la vue qui donne au spectateur le goût de la revanche. Non, on ne se fait pas avoir aussi facilement par des lumières qui clignotent, et, pardon aux familles, par des culs qui se trémoussent. Mais, comme dans la chute inéluctable de Tedros, il faut garder la tête froide et savoir faire la part des choses. Sur certains points, la série touche juste ! Servie par une fabuleuse photographie, elle travaille son rythme lent, jouant de scènes superposées dans un but parfois purement esthétique. Le narratif est bien souvent placé au second plan, et c'est la fièvre chorégraphique et musicale qui l'emporte. La place de la musique est à saluer, que ce soit celle, en arrière-plan, qui dramatise de son classicisme décalé chaque épisode, ou celle, de premier plan, qui interroge avec justesse les évolutions de la pop contemporaine, où il est tout autant question, comme dans toute avant-garde, d'art que de morale. La tension sexuelle permanente, que l'on trouvera excitante ou malsaine (ou les deux), écoeure jusqu'à la nausée, et exploite tout autant qu'elle déconstruit la déviance maladive de l'industrie contemporaine de l'image. La série mêle enfin, avec plus ou moins de réussite, différents genres qui font référence aussi bien à la culture des séries qu'à celle du cinéma : comédie dramatique ou burlesque, thriller psychologique et romance.
Il y a cela de paradoxal dans cette série, qui légitime parfaitement la froideur de son accueil mais ne lui rend pas, à mon avis, tout à fait justice : il faut l'aimer malgré elle.