The Pitt
7.9
The Pitt

Série HBO Max (2025)

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The Pitt, ou comment admirer les soignants sans vouloir en être un

- - - - - - - - - REVIEW DE LA SAISON 1 : 9/10 - - - - - - - - -


Cassant les codes frivoles de la série médicale, The Pitt s'impose comme un renouveau du genre, usant de bien plus de réalisme, d'humanisme et d'émotions pour conquérir son spectateur.


Si j'oublie l'affront imposé par l'invasion des stéthoscopes autour du cou, je suis absolument frappé par la justesse médicale des cas cliniques : que ce soit dans la représentation des pathologies, l'absence totale de musique pour faire peser la responsabilité médicale, et même dans la technique gestuelle du casting, tout porte à croire à un véritable documentaire. Pour cause, l'intégralité des acteurs s'investit pleinement dans un personnage en symbiose avec des personnalités convaincantes, que j'ai pu rencontrer au cours de mon cursus : on pense à l'étudiant timide qui ne vient pas d'une famille médicale, celui qui au contraire en provient et devient le nepo baby du service, aux arrivistes obnubilés par le succès, et j'en passe. Tout s'appuie sur une analyse pertinente du microcosme formé par une équipe médicale, tant sur le plan professionnel que relationnel.


En effet, toute bonne série médicale se doit d'user de personnalités attachantes : l'écriture de chaque membre de l'équipe, hors cadre hospitalier, est ainsi particulièrement pertinente. Tous, pour ainsi dire, sont alors réunis par une forme de PTSD de leur vie, les menant à aider autrui dans leur profession. Comment ne pas citer Mel et sa sœur autiste, ou à Robby, dévasté par l'impossibilité de soigner son mentor du Covid ? Plaçant la vocation au milieu du soin, The Pitt rappelle l'humanité du soignant et s'en sert pour portraire un système de soin fragilisé.


Dès lors, si l'équipe soignante peut vaciller au travers de ses bouleversements, elle ne peut être pleinement optimale en manque d'effectif, de lit, sous une pression de rendement plutôt que d'humanité. Le regard sur la médecine, basé vulgairement sur une croyance aux miracles et aux réussites chiffrées, est porté à l'écran avec une immense justesse, pensant alors à ce fameux épisode 8 où la gestion du décès du patient est absolument bouleversante. Sans jamais minimiser les exploits d'une équipe, jamais les patients décédés ne sont oubliés ; ils sont même valorisés dans un hommage permanent dans la mémoire du soignant, hanté par ceux qu'il n'a pu sauver.


Ces souvenirs sont alors inoubliables, marqués par une culpabilité certaine (et jamais par une responsabilité, dès qu'un soignant se donne pleinement pour ses patients !), puisqu'on associe chaque départ à une histoire. The Pitt ne cesse de rappeler que l'hôpital est un miroir permanent de la société : toute violence exacerbée se manifestera dans la patientèle, soit dans une attitude agressive, dans des patients souffrant psychologiquement, voire même détruits par une attaque de masse en public. Tous ces sujets de société sont abordés avec brio, sans pour autant alourdir de mélodrame le tout ; et pourtant, j'ai eu des craintes devant les épisodes 12 et 13, imaginant déjà un final en violon, certes mené par la performance déchirante de Noah Wyle. Cet ultime cliffhanger aurait pu sombrer dans le catalogue de patients, de blessures et d'un certain spectaculaire inhérent au genre ; mais fort heureusement, cet effet néfaste n'est que frôlé, puis finit par disparaître dans une conclusion où chaque soignant reprend son quotidien, pensant dès lors à ses problèmes plutôt qu'à ceux d'autrui.


Rares sont les séries médicales aussi pertinentes que The Pitt dans absolument tout ce qu'elles entreprennent. Tantôt se ressentent les dérives du genre, avec un léger spectaculaire assumé, mais ce bref défaut ne condamne jamais la vocation thématique de l'œuvre, ne cessant de portraire une société malade, demandant sans cesse plus de soin à un hôpital lui-même contaminé. Ce pertinent thématique se même alors au touchant narratif pour livrer une première saison frénétique, où l'équipe soignante devient une véritable famille nous ouvrant les bras.


Je reste toutefois craintif quant à la longévité de la série, qui semble complexe à renouveler ; mais je ne peux pas me plaindre quand je sais que je vais revoir ma chouchoute Mel dans la saison 2 !


- - - - - - - - - REVIEW DE LA SAISON 2 : 8/10 - - - - - - - - -


Suivre The Pitt pendant 4 mois et la voir se terminer jusqu'à janvier prochain, c'est forcément un petit pincement au cœur, encore plus lorsque les protagonistes sont encore plus travaillés dans leurs émotions et histoires au travers de cette deuxième saison !


C'est bien sur ce point que cette nouvelle saison fait mieux que les 15 premiers épisodes : l'émotion qui nous lie à l'équipe soignante de Pittsburgh est nettement plus impactante. Tous traversent leurs peines, leurs souffrances, leurs traumatismes et tentent de les gérer sans affecter la prise en charge complexe de patients, parfois entre la vie et la mort : il s'en dégage quelque chose de bouleversant autour du "doute soignant". Robby peine à sentir sa place dans un hôpital qui lui doit pourtant tout, Dana fait tout pour faire tenir un service à la dérive, Javadi a peur de ne pas avoir la vocation médicale : rater une prise en charge en passant à côté d'un élément clinique mêlé aux bouleversements personnels dévaste forcément sur le plan psychologique, et cette saison l'appuie avec un grand sens de l'émotion. Maintenant, bien que cela offre un final aux performances éblouissantes (Noah Wyle, Katherine LaNasa, et globalement tout l'ensemble du casting absolument fabuleux), je regrette le manque de répartition entre les climax. L'épisode 14 semblait vide narrativement, et le 15 se constitue d'une avalanche de révélations personnelles sur les urgentistes : je suis sûr que la répartition des épisodes clefs auraient pu mieux se faire afin de ne pas tout concentrer dans un final démesurément dense (bien que sincèrement déchirant).


Ce qui reste équivalent à la précédente saison ceci dit, c'est la pertinence des cas cliniques employés. Je pense évidemment à cette femme en phase terminale, faisant le choix de mourir, filmée au travers d'une caméra intimiste qui m'a complètement dévasté : cette séquence d'adieux, simple et loin des détours tire-larmes, m'a fendu le cœur. Au-delà de toutes émotions, les patients sont frappés par, sans compter les bêtises absurdes du 4 juillet (qui existent à la fête de la musique en France, croyez moi !), la faiblesse du système de santé américain. N'étant pas concerné, je ne me suis pas totalement investi dans ce choix de trame narrative centrale, mais j'ai pensé à de maintes reprises qu'on avait bien de la chance en France de bénéficier de la Sécurité sociale. Voir des patients prendre la décision de ne pas se soigner pour ne pas payer est particulièrement déchirant...


Reste alors un axe narratif nouveau, particulièrement saisissant : celui de l'abandon du système de soin par toute gestion politique. On pense alors à cette cyber-attaque où seul le système informatique de l'hôpital affronte les hackers, sans grande aide extérieure malgré les demandes de soutiens ; mais surtout à cette intervention de l'ICE, réelle acmé de la saison. Voir une patiente blessée (volontairement et par attaque raciste) repartir sans soin, un soignant se faire emmener car il faisait son travail : c'est un moment de tension type que je ne souhaite ne jamais voir arriver en France. La prise de position contre la politique migratoire raciste américaine est forte, et marque l'une des séquences thématiquement intenses de la saison.


C'est ainsi qu'en maintenant un concept similaire à la première saison, The Pitt parvient à maintenir en haleine de la même manière : portrait d'un système médical à la dérive, puissance des thématiques sociales pertinentes, et équipe soignante sincèrement attachante. Bien que j'y trouve plus de failles que lors de son lancement, le niveau reste particulièrement haut, avec une puissance politique et émotionnelle indéniables. Bien au-delà de la narration, des histoires que l'on dresse et des patients que l'on rencontre : c'est une réelle prouesse de réalisation que de forger 15h de série presque documentaire avec un si grand sens de la véracité. Le travail technique est impeccable, et j'en redemande déjà pour mon rendez-vous série de la semaine : vivement la saison 3, vivement janvier 2027, et vivement la révélation sur la décision finale de Robby (que je suis persuadé qu'elle sera la plus heureuse <3) !

Franchooouuuille
9

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Créée

le 17 avr. 2026

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